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Visuels des livres "C'est maintenant, 3 ans pour sauver le monde" de JM Jancovici et A. Grandjean et "CO2, un mythe planétaire" de C. Gerondeau

Astérix et le CO2

Jancovici-Gerondeau

Deux livres et deux points de vue opposés sur le réchauffement climatique

Jean-Marc Jancovici est ingénieur, diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale des Télécommunications de Paris. Il a travaillé avec Nicolas Hulot, à la Fondation qui porte son nom. Il nous interpelle au quotidien, individuellement et collectivement, sur l’avenir de notre Terre, notamment sur les questions liées aux changements climatiques.

Christian Gerondeau, ingénieur, Polytechnicien, spécialiste des questions de transports,  a déjà, dans de précédents ouvrages, dénoncé le terrorisme intellectuel du politiquement correct en matière d’écologie. Son livre s’intitule CO2, un mythe planétaire (2009).    

Malgré leur opposition déclarée, les deux hommes se rejoignent parfois.

 

Présentation d’Eric Lombard

Jean-Marc Jancovici a un petit côté Astérix. Dans le livre coécrit avec Alain Grandjean, C’est maintenant, 3 ans pour sauver le monde (éditions du Seuil, 2009), il empile les casques : ceux des énarques (Jacques Attali, et « ceux qui savent compter »), ceux des élus, qui ne connaissent rien aux questions d’énergie, ceux des écolos, adeptes du ni …ni. A ces trophées, il aurait pu ajouter celui de Christian Gerondeau, polytechnicien comme lui, si son livre, CO2, un mythe planétaire, n’était sorti après le sien.

Car Christian Gerondeau défend l’empire, l’Occident développé et son mode de vie que le reste du monde lui envie. D’autant que, pour le président de la Fédération française des automobiles clubs, le réchauffement climatique et ses conséquences apocalyptiques sont loin d’être prouvées. Son raisonnement est simple : tout ce que la terre recèle d’énergies fossiles sera consommé jusqu’à la dernière molécule, parce qu’il n’y a pas d’autre alternative. Ce que nous n’utiliserons pas le sera par la Chine, l’Inde et les autres. On ne pourra pas éviter les émissions de CO2, car la technologie de capture et de séquestration de ce gaz est loin d’être démontrée et coûte trop cher. Tenter de freiner la consommation des énergies fossiles ne ferait que retarder de quelques années l’émission d’un CO2 qui aboutira de toute façon dans l’atmosphère. Les dépenses engagées par les gouvernements pour lutter contre le réchauffement sont donc inutiles. Il en veut pour preuve que tous les gouvernements continuent par ailleurs d’encourager l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements.

Pour Jean-Marc Jancovici, il y a bien un gros problème, deux, même : le pic pétrolier et le réchauffement climatique. « Les signaux avant-coureurs se multiplient qui devraient nous inciter à affaler les voiles : quand l’ouragan sera là, il sera trop tard. Or le baromètre continue à descendre à vitesse accélérée… ». Après avoir passé en revue toutes nos bonnes raisons pour ne rien faire et fustigé la politique européenne, il montre, en s’appuyant sur des exemples de l’histoire récente, voire très récente, que quand on veut, on peut, et qu’il n’est point besoin d’accroître nos connaissances pour agir. « Y’a plus qu’à ! », nous exhorte-t-il en détaillant un programme en 13 points. Mais pour nous mobiliser, il faudrait un nouveau de Gaulle et une bonne rasade de potion magique (la taxe carbone).

Au volontarisme à toute épreuve de l’un, s’opposent un scepticisme et un fatalisme fondé sur l’ampleur du problème posé par la Chine et les autres pays en développement. J-M. Jancovici a en effet beau dire que le droit au développement invoqué par C. Gerondeau n’est qu’un « cache-sexe pour justifier que l’on ne souhaite pas soi-même renoncer au superflu », ce dernier lui oppose les plans d’électrification à marche forcée de la Chine et de l’Inde qui passent par la construction de centrales au charbon : une centrale de 1000 MW par semaine pendant 20 ans en Chine. En 2006, la Chine a même fait mieux, puisque 102 000 MW ont été mis en service, « soit plus que la totalité de la puissance électrique installée depuis plus d’un siècle en France ». Dans ces conditions, il est effectivement difficile d’imaginer que le gouvernement chinois supprime toutes ces centrales dans les 20 ans qui viennent, comme le préconise Jean-Marc Jancovici, ou leur adjoigne des installations de capture du CO2. Car même si le coût invoqué par C. Gerondeau n’est pas aussi insupportable qu’il  le dit (de 30 à 60€ par tonne de CO2, soit environ 15 à 30$ le baril), la technologie n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Le principe de précaution n’est étrangement mentionné par aucun des deux auteurs. Sans doute parce qu’il va de soi chez l’un pour qui les fortes irréversibilités engendrées par l’accumulation des gaz à effet de serre ne permettent pas de tergiverser ; et qu’il est tabou pour celui qui fait « confiance au progrès et à l’imagination humaine » pour trouver des solutions.

Malgré leur opposition déclarée, les deux hommes se rejoignent parfois. Par exemple pour fustiger les Allemands qui, derrière une forêt d’éoliennes, camouflent des politiques parfaitement antiécologiques : constitution d’un important parc de centrales à charbon et défense à tout crin de leur industrie automobile. Automobile qu’eux voient évoluer vers des véhicules continuant à brûler du carbone, mais dont la consommation tomberait sous les 3 litres/100km en réduisant poids et puissance, puis aux environs d’1 litre/100km avec les hybrides. Tous deux sont pronucléaires par raison et s’opposent au développement irrationnel des énergies renouvelables. Ils pensent en effet qu’elles contribuent trop peu à la solution et qu’il y a mieux à faire avec tout cet argent. Enfin, ils soulignent en chœur que réduire notre consommation de viande rouge serait efficace et facile à mettre en œuvre. Une vache émet en moyenne plus de gaz à effets de serre qu’une voiture !

On a souvent tendance à ne lire que les auteurs qui confortent ce que l’on pense déjà. Le sujet du réchauffement climatique est trop important pour que l’on n’écoute pas d’autres points de vue que le sien, ne serait-ce que pour être capable de les réfuter. Que vous fassiez partie de ceux qui comme Jean-Marc Jancovici pensent que la situation est grave, mais pas désespérée ou de ceux qui comme Christian Gerondeau pensent qu’elle n’est pas grave, mais désespérée, lisez donc les deux livres, même si l’un des deux vous donnera forcément des boutons.

 

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