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Anthropologie spirituelle, spiritualité et sens de la vie

Conférence de Michel FROMAGET, anthropologue

Organisée par l’Association La Traversée, partenaire de Démocratie & Spiritualité

Au « Forum 104 » – Lundi 19 juin 2017.  Texte établi par Jean-Marie Bouclet, président de l’association La Traversée

Nous allons donc nous entretenir d’anthropologie, de spiritualité tout en nous attachant à éclairer d’une lumière plus précise et exigeante la grande « question du sens ». Celle du « sens de la vie » bien sûr, celle dont une certaine anthropologie, dont nous reparlerons bientôt, affirme très fort que de la poser est déjà en soi-même un « non-sens ». Mais peut-être est-il bon, qu’avant de pénétrer dans le vif du sujet, je vous présente brièvement la trajectoire qui m’amène à vous parler aujourd’hui de ces questions d’anthropologie fondamentale.

Primitivement assistant universitaire en Sciences économiques mais rapidement lassé par l’enseignement de ces dernières, je me suis ensuite consacré à différentes études et diplômes de sociologie, de psychologie, enfin de psychologie sociale et d’anthropologie. Dans le cadre de ces dernières, sous la houlette d’un africaniste renommé, initiateur d’une nouvelle discipline, la thanatologie, j’ai pendant dix ans étudié, dans une perspective tout à la fois différentielle et comparée, différents types de conception de la mort forgés par l’humanité. Ceci jusqu’au jour où j’ai pris conscience que la manière dont l’homme conçoit sa mort est le reflet de celle dont il conçoit sa vie et que cette dernière est le reflet de celle dont il se conçoit lui-même. Je veux dire : de son discours sur lui-même en tant qu’homme. Je dirais : de son « anthropologie » personnelle. Ce jour remonte à 1985.

Depuis lors, je consacre la quasi-totalité de mes recherches à étudier différents « paradigmes anthropologiques », à savoir différentes conceptions, différentes représentations que l’homme, au fil de l’histoire et des différentes cultures, s’est forgé de lui-même. Or, parmi celles-ci, à partir de 1987 environ, un de ces paradigmes a particulièrement retenu mon attention : le paradigme « ternaire » ou encore « spirituel » dont le propre est de distinguer avec soin l’esprit de l’âme et de concevoir par suite l’être humain total, achevé comme un être simultanément tissé de corps, d’âme et d’esprit. Autrement dit comme un être à trois dimensions : physique, psychique et spirituelle.

Or, l’expérience nous enseigne que non seulement la manière dont un individu conçoit la mort et sa mort dépend du paradigme anthropologique qu’il a reçu de sa culture mais aussi sa manière de vivre et mourir, sa manière de désirer et souffrir. C’est là pourquoi, vous pouvez le deviner, lorsque Jean-Marie Bouclet m’a présenté La Traversée, je me suis tout de suite senti en phase avec cette association dont l’humanisme ouvert reconnait la dimension spirituelle comme « part incontournable de la dignité et du mystère de l’homme » (cf. site internet de La Traversée). Dont l’esprit de fraternité lui demande « une écoute inconditionnelle de la personne dans toutes ses dimensions « corporelle, psychique, relationnelle et spirituelle ». Dont la Charte lui fixe de favoriser prioritairement « l’autonomie et la réflexion ». Une association qui enfin ne répugne pas à « questionner » les différentes spiritualités.

Compte tenu de mes options heuristiques, un tel esprit, vous le comprenez aisément, me convient parfaitement. C’est donc dans cet esprit « d’authentification de la dimension spirituelle », « d’écoute inconditionnelle de la personne totale » et « de questionnement des spiritualités » que je vous propose aujourd’hui d’affiner notre compréhension de deux paradigmes anthropologiques fondamentaux. Soit le paradigme binaire « corps et âme » qui est celui élu par la civilisation occidentale et qui est en passe d’inonder la planète entière. Et le fameux paradigme ternaire « corps, âme, esprit » dans la mise en acte duquel je vois la seule vraie mesure permettant d’écarter durablement le désastre civilisationnel qui vient. Cependant, il n’est guère pensable de réfléchir intelligemment sur ces deux paradigmes sans avoir les idées claires sur ce que représente un « paradigme anthropologique ». D’où la première partie de cet exposé. La seconde campera le paradigme binaire et la troisième le ternaire. Enfin, éclairé par ce qui aura été dit précédemment, peut-être aurons-nous le temps de présenter quelques suggestions – quatrième partie – permettant de penser avec plus de perspicacité la « question du sens » ainsi que celle d’une spiritualité qui serait « réaliste et efficace ».

 

I – Qu’est-ce qu’un paradigme anthropologique ?[1]

Le mot « paradigme » vient du grec paradigma qui signifie : « modèle, exemple ».

Une définition courante du paradigme en sciences humaines est la suivante :

«Un paradigme est un système de représentations communément acceptées, système formé de présupposés conceptuels et théoriques qui, en assurant la cohésion d’une vision du monde propre à une culture, permet à cette dernière de vivre dans l’environnement qui est le sien, ainsi que de le définir et de communiquer à son sujet. »

Ainsi, on parle des paradigmes cosmologiques et, notamment, celui des paradigmes « géocentrique » de Ptolémée et « héliocentrique » de Copernic, celui des paradigmes de « la gravitation universelle » de Newton, de « la relativité générale » d’Einstein, et de bien d’autres encore dont celui  du « Big Bang » qui, depuis 1930 environ, a pris le relais des paradigmes stationnaires.

Quant aux paradigmes anthropologiques, ils entendent répondre à la triple question suivante :

« Quel est le nombre, quelle est la nature, quelles sont les rapports des composantes essentielles ou ontologiques, substantielles ou fondamentales, qui constituent l’homme adulte ou achevé ? »

Mais comprenons bien cette réponse : elle est, certes, une conception, une théorie de l’homme. Mais elle n’est pas cela seulement : elle est aussi une pratique, un vécu, une mise en actes.

Un tel paradigme n’est en aucun cas une image objective, produite par un regard impartial portant sur un objet – l’homme – lequel serait insensible à ce regard et comme extérieur à lui. Car, en fait, à la différence des paradigmes cosmologiques – qui conditionnent la perception et le vécu de l’univers sans nullement influencer ce dernier – les paradigmes anthropologiques, eux, façonnent et formatent l’homme lui-même dans le sens où ils le conçoivent.

« Un paradigme anthropologique ne décrit pas l’homme tel qu’il est fait, mais il fait l’homme tel qu’il le décrit ».

Il faut aussi clairement concevoir qu’aucune culture n’est concevable sans référence à un paradigme anthropologique tel qu’il vient d’être défini (…) L’humanité du petit de l’homme ne se construit et se dessine qu’autour, et à proportion, du canevas anthropologique véhiculé et imposé par sa culture.

Par exemple, si nous nous vivons comme des personnes, seulement tissées de corps et de mental, ce n’est pas, – comme nous le croyons benoîtement et sans y réfléchir -, parce que nous sommes ainsi faits. Mais c’est parce que nous nous pensons ainsi, et que nous sommes devenus cela-même que nous pensons.

 

II – La paradigme binaire « corps et âme »

 Nous reviendrons tout à l’heure, comme il convient, sur les notions d’âme et d’esprit, telles qu’elles sont entendues classiquement dans l’anthropologie ternaire. Mais, concernant ces deux modalités de l’être humain je désire, dès à présent, lever une double équivoque fondamentale qui, peut-être, déjà grève notre communication.

En premier lieu, il convient que vous n’accordiez au mot « âme » – contrairement à l’habitude – aucune signification religieuse, spirituelle, ou bien affective et romantique. Le mot « âme » compris dans son étymologie signifie simplement : le mental, la part psychique de l’être et c’est en ce sens que nous l’entendrons. Quant à l’esprit, à l’inverse, gardez-vous bien de l’assaisonner à la sauce cartésienne en l’assimilant à des qualités ou fonctions psychiques telles : la pensée, la raison, l’intelligence. Ou bien comme désignant l’ensemble du psychisme. Car l’esprit dont nous parlons est une réalité mystérieuse, spécifiquement religieuse, spirituelle ou transcendante. Nous y reviendrons.

Il faut aussi avoir présent à l’esprit, je le redis, que la compréhension anthropologique binaire ou dualiste, disons depuis la Renaissance, tend à dominer entièrement la civilisation occidentale, que ce soit dans ses pratiques et institutions scolaires, universitaires, scientifiques, laïques, ou bien confessionnelles et religieuses. De vous remémorer votre éducation familiale, ou vos années de lycée, suffira d’ailleurs à vous en convaincre. Mais vous pourrez aussi vérifier aisément que tous les grands noms des sciences humaines, et notamment de l’anthropologie, tels Claude Lévi-Strauss, Marcel Mauss, Emile Durkheim, Sigmund Freud,…, tous ramènent le « fait humain total » aux deux seules dimensions qu’ils sont capables d’en apercevoir : soit les dimensions physique et psychique, matérielle et mentale. Ceci dit, considérons le corps tout d’abord.

Le corps. Eh ! bien, le corps ouvre précisément sur le premier ordre de réalité, soit le monde physique, sensible. Par ses cinq sens, il ouvre sur l’ordre de réalité matériel, on dit encore le monde des objets. Mais le corps n’est pas seulement « ouverture » et « sensation » : il est aussi « mouvement » et « action ». Par ses membres et organes, il me permet de vivre dans le monde physique et d’agir sur lui. Le corps est, pour la personne, son interface avec le monde extérieur : par lui elle peut s’exprimer dans ce monde, par lui encore ce dernier peut s’imprimer en elle. Par bien des côtés, le corps peut être valablement comparé à un scaphandre adapté au milieu où il a à évoluer. Dans notre milieu physique, le corps est pondéral, matériel. L’expérience commune montre qu’il n’est de corps vivant qu’appartenant à un sujet. D’où il vient qu’une fonction essentielle du corps, qu’il ne faut pas oublier, est de permettre de localiser et d’identifier le sujet dont il manifeste la présence. C’est pourquoi les cartes d’identité comportent toujours une photographie.

L’âme maintenant. Vous l’avez compris, le corps dont on vient de parler ne pourrait remplir la moindre de ses fonctions s’il n’était vivant. Autrement dit : s’il n’était animé, c’est-à-dire encore ayant part à une âme dont il bénéficie. Car âme, en latin, se dit anima. Etymologie qui suffit d’ailleurs à prouver que, par définition, et par excellence, l’animal a une âme. Mais l’étymologie grecque est ici aussi riche d’enseignement. Car « âme » en grec se dit psykhe. L’âme, en ce sens, qui est son sens originel, n’est donc autre que cette part de l’homme qu’étudie la « psychologie ». Autrement dit, et ainsi que je l’ai déjà annoncé elle n’est autre que la psyché, le psychisme, le mental. Vous le voyez, nous sommes loin de l’acception romanesque, sentimentale et dénaturée du mot. Loin aussi de son acception cléricale, dévote et pieuse. Ceci remarqué, nous retiendrons utilement de l’âme humaine les quatre traits que voici.

1 – De même que le corps est fait d’organes et qu’il exerce différentes fonctions, l’âme, pour sa part, est composée de différentes instances psychiques (Ca, Moi, Soi, Surmoi, inconscient, etc.). Et elle se définit aussi par ses différentes facultés : cognitives, affectives, volitives, instinctives, etc.

2 – Il n’existe pas plus d’âme sans corps, que de corps sans âme. Celle-ci forme, avec celui-là, une « uni-totalité ». Ce qui, nonobstant, ne les empêche nullement d’être par essence irréductibles l’un à l’autre : le monde des os, des cartilages, des viscères, des liquides physiologiques n’est certainement pas celui des pensées, des souvenirs, des idées, des rêves. Une preuve : les yeux du corps ne voient pas les idées et celles-ci n’en existent pas moins. Le corps et l’âme sont parfaitement unis, mais sans nulle confusion. Et en même temps, ils sont parfaitement distincts, mais sans nulle séparation.

3 – De même que le corps, l’âme est aussi « ouverture » et « action », mais sur un monde particulier : à savoir le monde des sujets, le monde des réalités intelligibles. En effet, seule mon âme peut m’ouvrir sur la votre, sur votre personne, et me permettre de « l’intelliger » de la « lire de l’intérieur ». Mais mon âme peut aussi, si elle le désire, « agir » sur la vôtre. Ceci par l’intermédiaire du langage, parlé ou non. Elle n’est pas seulement « intellection », elle est aussi « action ».

4 – On considèrera, enfin, que l’âme est le lieu (ou la substance) de notre intériorité, de notre moi, de notre personne, ou ce qui est dire encore une même chose : le lieu de notre conscience, de notre conscience réflexive, de notre intelligence et de notre liberté. L’histoire de l’évolution naturelle situe l’apparition de l’homme, plus précisément celle de l’homo sapiens, au moment de l’émergence de d’une telle âme dotée d’une telle intelligence réflexive, il y a quelques 70 000 ans. Cette histoire montre que l’homo sapiens fit le choix de développer cette intelligence en vue de garantir la survie de son espèce, donc d’assurer la sécurité et le confort de ses individus et par suite de toujours mieux exploiter et dominer le monde. Ce faisant, il donnera progressivement à cette intelligence le tour rationnel, conceptuel et logique, dont nous sommes si fiers, mais qui a pour inéluctable et déplorable effet de nous couper toujours plus de l’autre et du monde. On retiendra, enfin, de ce bref aperçu quasi préhistorique sur l’âme que la vocation première de l’intelligence psychique n’est donc pas tant d’informer sur la vérité des choses que d’assurer la sécurité au milieu des choses.

Ceci noté, il convient maintenant de dire quelques mots sur l’âme et le corps considérés non plus dans une perspective structurale mais dynamique ou génétique.

A croire ce que nos familles et l’université nous ont enseigné selon donc le paradigme dualiste ou binaire : nous sommes nés le jour où nous sommes sortis du ventre de notre mère biologique et nous sommes définitivement, et seulement, celui-là qui en est sorti. Il n’y a, à ce sujet, aucune ambiguïté : chacun connaît la date et le lieu de naissance inscrits sur sa carte d’identité. Et de même, chacun se confond avec celui ou celle qu’il voit sur sa photo d’identité. Il n’y a là aucun doute et, suivant l’anthropologie seulement binaire, il ne peut y en avoir. En effet, si l’homme en tant que tel se définit par l’heureuse conjonction de son corps et de son âme, si son être réside dans cette conjonction, alors il est certain que le bébé qui apparaît entre les cuisses de sa mère est déjà homme et déjà existe en tant que tel. Il est même, sur le plan de l’essentiel, du définitionnel, un homme complet, achevé, puisque l’évidence est qu’il possède déjà un corps et une âme actuels, je veux dire en actes, vivants. Il les possède d’ailleurs dès avant sa naissance. Et ceci quand bien même – cela ne change rien sur le plan de l’essence – le corps et l’âme du jeune enfant sont d’évidence immatures et devront par la suite se développer pour se réaliser et devenir adultes. La vie sociale sert d’ailleurs à cela. C’est là du moins une tâche qui lui fait honneur et qui lui donne du sens.

On remarquera, au passage, que la quasi-totalité des institutions laïques et civiles a précisément pour objet de collaborer à cette tâche en aidant les individus tant à développer et cultiver leurs facultés psychologiques (intelligence, sensibilité, mémoire, etc.) que leurs possibilités physiques et corporelles. On notera aussi que, parce que le paradigme binaire ne sait pas assigner à l’existence humaine d’autres buts louables que ces deux là, un inconvénient majeur de la société dualiste est d’engendrer des individus qui – une fois atteint le plafond de leurs possibilités psychiques et physiques (et cette échéance vient toujours très vite) – pensent avoir alors accompli leur dû et qu’en conséquence, à partir de maintenant, le reste du monde entier leur est dû. Et c’est alors le spectacle navrant que nous connaissons tous, celui de ces gens qui n’ont plus d’autre idéal que de consommer et de consommer toujours plus : plus de pizzas, de matchs de foot, de séries télévisées, d’électroménager, de voiture, de sexe, de voyages, d’art, d’ informations, de choucroute, de vin d’alsace,…

Spectacle de personnes qui, en outre, sont tétanisées jusqu’à la moelle par la perspective de la mort puisque l’anthropologie dualiste leur a enseigné à s’identifier pleinement avec la part naturelle de leur être, part dont une composante ontologique, essentielle, définitionnelle – donc vitale, j’ai nommé le corps physique – est manifestement vouée à la décomposition. Saint Bernard aimait à évoquer cet avenir implacable en des termes corrosifs, mais salutaires. Il disait : « Post hominem, vermis. Post vermis, foetor et horror », soit : « Après l’homme, le ver. Après le ver, la puanteur et l’horreur ». Et c’est alors le spectacle consternant d’une civilisation qui s’engouffre dans une révolution scientifique dont le projet maintenant avéré n’est autre que d’apporter à l’humanité la vie éternelle ici-bas, ceci grâce aux prouesses de l’intelligence artificielle et aux exploits du transhumanisme. Vous connaissez tous le célèbre tableau, intitulé « Le cri », du peintre norvégien Edward Munch (1863-1944) : je le crois très fermement c’est de voir, sous le coup d’une intuition brutale, ce que le paradigme dualiste est en train de faire de l’humanité qui fait hurler d’épouvante l’homme peint sur la toile.

Nous retiendrons enfin du paradigme binaire ceci qui est capital. Il n’authentifie de l’homme qu’une naissance, une vie et une mort. Ce paradigme que l’Université a principalement hérité de Descartes et l’Eglise de saint Thomas d’Aquin connaît deux formes : une laïque qui tend à considérer cette vie unique comme s’arrêtant à la mort biologique, elle aussi unique. L’autre religieuse croyant qu’elle la traverse. Mais, dans les deux cas, cette vie s’avère obligée, partielle et relative. « Obligée » parce que personne n’a demandé à venir, « partielle » parce que, comme nous allons le comprendre, ne donnant vie qu’à une partie de l’être, « relative » parce que dépendante de multiples conditions. A quoi s’ajoute que, sous sa forme la plus achevée, la laïque, le paradigme binaire accrédite une vie non seulement obligée, partielle et relative, mais aussi éphémère, temporaire puisque anéantie par la mort.

 

III – Le paradigme ternaire « corps, âme, esprit »

 

Comme nous allons le constater, l’univers propre à ce paradigme est radicalement différent de l’univers binaire ou dualiste. Mais avant d’y pénétrer, je crois important d’insister sur le fait suivant. La tripartition anthropologique « corps, âme, esprit » se retrouve, pratiquement en tout temps et en tout lieu, à toutes les époques et sous toutes les latitudes. Elle n’est la propriété d’aucune période historique, d’aucune tradition, d’aucune religion, d’aucune philosophie, d’aucun auteur. Elle se déploie bellement dans l’Égypte ancienne dès la fin du Moyen Empire. En Grèce, elle se dessine déjà chez les Présocratiques pour informer ensuite les conceptions anthropologiques de Platon, d’Aristote, de Plutarque. Elle est à la clé des Mystères d’Éleusis, ainsi que de la philosophie de Philon d’Alexandrie. À Rome, nous la retrouvons au cœur du stoïcisme, notamment chez Épictète et Sénèque, chez les gnostiques, tels Valentin et aussi, bien sûr, chez Plotin. Au fil des deux premiers siècles après J.C. elle est au fondement de l’anthropologie du christianisme originel qui en approfondira et explicitera les arcanes de la manière la plus lumineuse qui soit. C’est d’ailleurs en me référant prioritairement aux enseignements de cette tradition que je vais vous exposer ce qui suit. Non sans vous avoir affirmé au préalable que la marque de l’anthropologie ternaire est aussi imprimée dans le judaïsme et l’islam, en particulier dans le soufisme, et plus encore en Extrême Orient dans l’hindouisme, le taoïsme et le bouddhisme.

La tripartition « corps, âme, esprit » donc ! Commençons par remarquer que le mot « tripartition » pourtant si souvent requis pour parler de l’anthropologie ternaire est fort mal choisi. Car en aucun cas le corps, l’âme et l’esprit n’ont de réalité en eux-mêmes. Ils ne sont pas les parties d’un tout. Pas plus la forme, la couleur et la saveur d’un citron ou d’une orange ne sont des parties du fruit qu’elles caractérisent. Elles en sont trois dimensions, trois modalités, trois manifestations. Ceci noté, le regard posé par l’anthropologie ternaire ou tripartite sur le corps et l’âme est-il très différent du regard binaire ou dualiste ? Oui, mais pas essentiellement. Quant au corps, la différence réside en ceci qu’elle ne le réduit pas à la modalité physique et matérielle que nous en expérimentons ici-bas. Cette conception voit le corps comme une forme, une figure qui, suivant le milieu où le sujet a à vivre, est susceptible de différents degrés de matérialité. Lors de la mort biologique le corps ne disparaît pas, il se défait seulement, dans les organes qu’il laisse, de sa matérialité actuelle.

Quant à l’âme, elle demeure le siège de la conscience, du moi, des facultés psychiques, etc. La conception fondamentale ne change pas. Cependant, alors qu’à la suite de Platon, d’Aristote, de saint Thomas et du funeste Descartes, l’anthropologie binaire survalorise l’âme et la place sans hésiter au sommet du composé humain « corps et âme », tel n’est plus le cas de l’anthropologie ternaire qui place l’âme non plus à la cime, mais au milieu de la séquence définitionnelle qui est maintenant « corps, âme, esprit ». D’où la valeur très relative de l’âme dans l’anthropologie ternaire, quand bien même serait-elle ornée des capacités d’Einstein et de J.S. Bach réunies. Les paroles du Christ à l’endroit de l’âme sont à cet égard révélatrices : s’attacher à elle, s’attacher à soi est un piège mortel. Dans l’optique ternaire chrétienne, certes l’âme transmet la vie au corps, mais elle ne la possède pas la vie en propre, elle la reçoit seulement. Une autre différence tient au fait que l’âme ternaire traverse la mort biologique, alors que l’âme binaire, dans sa version athée, y meurt avec le corps. Quant au reste l’anthropologie ternaire comme la binaire considère que l’âme et le corps forment une « uni-totalité » indissociable, tout en demeurant irréductibles l’un à l’autre. La « distance ontologique » qui sépare l’âme du corps, la pensée du cerveau ou des intestins, le rêve de la bile ou de l’urine, reste sans mesure.

Or donc, qu’en est-il de la troisième et mystérieuse dimension spirituelle ? Qu’en est-il de « l’esprit » ? Où le situer ? Quelle « distance ontologique », pour reprendre ces mots, le sépare-t-il de notre expérience quotidienne, autrement dit de l’âme ? Blaise Pascal qui distingue soigneusement les trois « ordres de réalité » qui sont ceux du corps, de l’âme et de l’esprit écrit en toutes lettres, dans la Pensée 793, que la distance séparant l’ordre spirituel de l’ordre psychique est « infiniment plus infinie » que celle séparant ce dernier de l’ordre physique et corporel. Pouvons-nous entendre cela ? Du moins le pressentir ? Si oui, quel mystère doit être celui de l’esprit, quelle merveille doit être la sienne ! Et combien l’on pressent déjà qu’il doit être difficile, voire impossible de le « définir », de l’enfermer dans des limites circonscrites par des mots ! Ce que confirment tous les mystiques, je veux dire les hommes qui en ont l’expérience. Voici par exemple, en Inde, Shankara qui, au VIIIe siècle de notre ère, disait de l’esprit qu’il est « ce devant quoi les mots reculent ». Plus près de nous, voici Maître Eckhart (1260-1327), le plus grand des mystiques rhéno-flamands, qui affirmait de l’esprit que « nul ne comprend ce que l’on en dit qui ne le connaît déjà ». Oui, l’esprit qui est infini ne peut par définition se définir. Reste cependant qu’il peut se pressentir et qu’à partir de ce pressentiment de grands philosophes ouverts à l’esprit ont su en donner des formulations susceptibles de nous guider. Tel par exemple, l’éminent philosophe russe, Nicolas Berdiaev (1874-1948), qui, dans Esprit et Liberté, l’un des ses principaux ouvrages, écrit : « L’esprit est précisément le lieu de rencontre de la nature divine et de la nature humaine. Cette rencontre est le phénomène originel (…). Il n’existe pas de vie spirituelle sans Dieu, avec la seule nature humaine. » (p. 55) Toutes affirmations du plus haut intérêt, sous réserve toutefois de pas mettre sous le mot Dieu les représentations convenues et infantiles qui sont si souvent les nôtres.

Cependant, pour être irréductible à l’âme et d’elle si « éloigné », l’esprit ne s’en laisse pas moins envisager sous de mêmes angles. En effet, si l’âme, à la manière du corps, est d’un côté « ouverture » ou « fenêtre », et de l’autre « activité » et « action », comme nous l’avons dit précédemment, il en va exactement de même de l’esprit. Et l’on peut dire que si le corps ouvre sur le monde physique par la sensation, si l’âme ouvre sur le monde psychique par l’intellection, l’esprit, lui, ouvre sur le monde spirituel, – entendons le monde réel, total, à trois dimensions -, par la contemplation. Cette symétrie des fonctions du corps et de l’esprit, qui est d’ouvrir l’âme sur des mondes différents du sien, sensibilise notamment à cette grande vérité : savoir que, sous l’angle non de l’apparence, mais de l’essence, ceux qui nient l’existence de l’esprit de l’homme sont, au fond, aussi pathétiques et incongrus, et plus encore, que le seraient des médecins niant l’existence du corps en tant qu’entité régie par des lois propres.

Suivant les époques et les courants de pensée, le monde spirituel est revêtu de noms différents. Pour les philosophes, il est le monde des essences et non plus des seules apparences. Il est le monde de l’Un de Plotin, celui des Idées de Platon. En bref il s’agit du monde des « réalités en soi » (ce monde que Nietzche avait en horreur). Qui le voit, connaît plus clairement la raison ultime des choses, leur début et leur fin. Contrairement au monde ordinaire, ce monde est : non–local, atemporel, immatériel et, par suite, acausal. D’où l’étonnement, voire la stupeur, mais aussi le ravissement de ceux auxquels il se laisse parfois aimablement entrevoir. Suivant les religions, suivant les auteurs inspirés, il sera : le « Royaume des Cieux » de saint Matthieu, le « Royaume de Dieu » de Marc, Luc et Jean, le « troisième ciel » de saint Paul, le « Brahman » de l’hindouisme, le « Nirvana » du bouddhisme, le « Tao » du taoïsme, la « Terre pure » de l’amidisme, etc. Mais il faut en être certain : ce monde spirituel n’est pas un « au-delà » de notre monde. Il ne fait pas nombre avec ce dernier. Permettez-moi d’insister sur ce point cardinal : les mondes corporel, psychique et spirituel ne sont pas trois mondes différents. Ils sont le même monde, mais perçu à des profondeurs différentes, le même mais vécu différemment. Ou, plutôt, comme nous allons mieux le comprendre dans un instant : le même, mais vécu par un être qui n’est plus le même.

Je suggérais plus haut que l’esprit est non seulement « perception », mais aussi « action ». Le corps agit mécaniquement par ses gestes. L’âme, nous l’avons vu, par le langage. Le mode d’action de l’esprit est lui plus subtil. Il semble parfois ne nécessiter aucune médiation. Il peut agir comme par simple présence, par émanation, par rayonnement. Qui a côtoyé des saints, ou de vrais mystiques, connaît cette impression. Mais peut être l’avez-vous déjà éprouvée.

De même que l’âme et le corps, l’esprit se laisse aussi questionner avec fruit sous l’angle de sa genèse. Afin de se faire de celle-ci une idée qui soit la plus juste possible, nous commencerons par noter deux enseignements essentiels et permanents de la mystique comparée. Nous allons le faire en faisant appel aux notions en usage dans la spiritualité chrétienne, mais nous aurions pu procéder différemment. Le premier enseignement dit qu’au moment où le sujet s’éveille à son esprit, au moment où il le libère, au moment où il passe de l’état « corps et âme » à l’état « corps, âme, esprit », il parvient à son achèvement, il devient un être complet, «  parfait », c’est-à-dire « totalement fait ». Il existe maintenant en plénitude. Il est maintenant «  homme » au sens vrai du terme. Il a ainsi accompli le sens de sa vie, la tâche pour laquelle il est venu au monde. C’est là le « sens ontogénique » de l’éveil spirituel. Mais cet éveil a aussi un « sens phylogénique » et c’est là le deuxième enseignement. A savoir que dans cet éveil et par lui, non seulement le destin de l’individu humain culmine, mais aussi l’évolution de l’espèce humaine. Dans un premier temps celle-ci a été d’abord naturelle : c’est-à-dire corporelle ou physique (phase d’hominisation), puis mentale ou psychique (phase d’humanisation). Dans un second temps, elle sera spirituelle ce qui est dire, non plus soumise au déterminisme des lois naturelles, mais à notre liberté, ce que nous allons mieux comprendre dans un instant. Dans cette perspective, l’apparition de l’homme dans l’univers est à placer au terme de cette évolution et non pas, comme le font les évolutionnistes universitaires, il y a environ 70000 ans, au moment de l’apparition de l’homo sapiens.

Mais redescendons à l’étage de l’individu. Là apparaît cette donnée capitale : comme nous y avons insisté, la naissance biologique, dote effectivement le nouveau-né d’un corps et d’une âme. Mais, dans la perspective de l’anthropologie ternaire, elle ne lui confère ainsi qu’une « part seulement de son humanité », puisque, selon elle, l’homme, l’homme véritable, complet, réalisé, achevé est indissociablement «  corps, âme et esprit ». Or il est patent que la première naissance ne pourvoit pas l’enfant d’un esprit « actuel ». Ce dernier est, au mieux, seulement latent, seulement possible, seulement en germe, seulement virtuel. En outre, la réalisation de cette possibilité, l’actualisation de cette virtualité, entraine sur le plan ontologique, sur le plan de l’être, un bouleversement si profond que les mystiques en parlent volontiers en termes de « métamorphose », de « seconde naissance », de « nouvelle naissance ». Arrêtons-nous un instant sur ces expressions de métamorphose et de seconde naissance. Car pour mieux comprendre l’esprit, elles sont excellentes sans pour autant être parfaites.

Le mot « métamorphose » renvoie bien sûr aux métamorphoses animales. Par exemple, celles du têtard en grenouille ou salamandres, de la chenille en papillon. De manière générale, que ces métamorphoses passent, ou non, par une chrysalide, elles transforment une larve, c’est-à-dire un être caché, en un imago, qui est l’être pleinement manifesté. Suivant cette analogie, l’homme « corps et âme » demande donc à être envisagé comme une larve, seulement une larve, par exemple une chenille, et l’homme tridimensionnel « corps, âme, esprit », comme un papillon. La méditation de cette analogie est particulièrement féconde. Elle est toutefois doublement imparfaite. En ce que les métamorphoses animales sont des évènements déterminés, des évènements obligés, des évènements momentanés. Ceci alors qu’il n’y a pas d’actualisation véritable de l’esprit qui ne soit totalement libre et parfaitement consentie. En outre, si cette actualisation a bien un début dans le temps, elle n’y a pas de fin, contrairement aux métamorphoses animales. A quoi s’ajoute que ces dernières sont par essence « brusques », ce qui est loin d’être toujours le cas de l’éveil à l’esprit qui se présente souvent sous forme d’un cheminement. Un cheminement inchoatif, itératif et qui peut accuser des retours en arrière.

De même l’analogie portée par la notion de « nouvelle naissance » est excellente, notamment par la mise en perspective qu’elle suscite avec la « première naissance ». Mais il reste qu’une naissance, au sens ordinaire du mot, est un évènement déterminé et momentané ce qui n’est pas le cas de la « seconde naissance ». Et si la première, comme nous l’avons vu, ouvre sur une vie obligée, partielle, relative et momentanée, la seconde – si nous nous fions à ceux qui ici-bas en ont exploré les prémisses – ouvre, quant à elle, sur une vie libre, totale, absolue et immortelle Il serait bien sûr intéressant d’approfondir le sens de ces quatre adjectifs. Mais vu le temps restreint qui nous reste je crois plus important d’insister sur ce qui suit.

Et premier lieu, sur le fait que l’esprit et l’amour total, l’amour inconditionnel et inconditionné, sont une seule et même chose. Il s’en suit donc que la « seconde naissance » et la « naissance à l’amour » sont une seule et même chose. Saint Paul, d’ailleurs, lui-même l’enseigne dans sa lettre aux Galates, où il écrit des trois premiers fruits de l’esprit qu’ils sont : « Amour, Joie, Paix » (Gal 5,22). Mais soyons attentifs à cet amour : il ne s’adresse pas à la chenille, mais au papillon. C’est un amour qui aime l’autre, non pas dans ses deux dimensions, mais dans ses trois. Il n’enferme pas l’autre dans sa problématique, mais au contraire il veut l’en libérer. Cet amour ne veut que la seconde naissance et il tend toujours à elle : celle de soi, celle de l’autre, celle de l’humanité. A défaut, comme le dit si bien Maurice Zundel, à défaut d’aimer l’autre dans ses trois dimensions, l’amour « efface le bien qu’il fait par le bien qu’il ne fait pas ». Voilà qui demande à être médité !

En second lieu, il faut se convaincre que l’éveil à l’esprit dont nous parlons est un processus existentiel, réel, effectif, efficace, un processus aussi concret que celui des transitions de phase faisant que la matière est susceptible de passer de l’état solide à l’état liquide et à d’autres encore. Si vous en doutez, le mieux que je puisse vous conseiller est d’étudie comment l’Amour, la Joie et la Paix ont saisi la jeune juive hollandaise Etty Hillesum au cœur de la persécution nazie, peu avant son assassinat à Auschwitz.

En troisième et dernier lieu, il importe au plus haut point de comprendre que l’éveil à l’esprit, la « nouvelle naissance », ne peut en aucun cas se provoquer. Elle appartient à un ordre de réalité où les rapports « de cause à effet », les rapports « de moyen à fin » n’ont plus cours. Mais il reste qu’on peut la faciliter, l’aider à advenir. La fréquentation de la Beauté est ici une voie excellente. Mais la voie la plus féconde et la plus simple à mettre en œuvre est certainement celle du silence, celle du silence intérieur. Entendons le silence du corps et celui de l’âme, celui des pensées et des sentiments, celui des concepts et des affects. Cette voie, vous l’avez compris, n’est autre que celle de la méditation. Que celle-ci soit hindouiste, bouddhique ou chrétienne importe peu quant au fond.

 

IV – La « question du sens » et d’une spiritualité qui serait « réaliste et efficace »

 J’évoquais en introduction le sujet du « sens », ainsi que celui d’une « spiritualité réaliste et efficace ». Quant à la question du sens, vous avez certainement déjà compris que, par elle-même, l’anthropologie dualiste ne peut concevoir le sens que dans le registre de l’avoir, de la multiplication et de l’exploitation matérielle. Il s’agit alors d’avoir, d’avoir autant que l’autre, d’avoir plus que l’autre. Il s’agit de désir d’avoir, et de peur de ne plus avoir, ou de moins avoir. Non pas que les questions d’avoir, ainsi que celles de savoir et de pouvoir qui lui sont connexes, soient sans importance. Dans le monde actuel elles sont cruciales et nous ne pouvons les négliger. S’y consacrer, toutefois, ne donne pas sens à la vie. C’est même là le meilleur moyen de ne pas honorer le sens de la vie. Sur ce sujet, le témoignage des personnes en fin de vie est toujours instructif. Instructif et poignant. A l’individu qui, à l’inverse, aperçoit et admet qu’il n’est pas encore humain,  mais qu’il a à le devenir, alors tous les espoirs sont permis. Et en premier lieu celui de trouver, avec ou sans aide, le chemin de son humanité dans l’environnement qui est actuellement le sien.

Une « spiritualité réaliste et efficace » disais-je ? Nicolas Berdiaev que je tiens pour l’un des plus grands penseurs de notre temps disait qu’il ne pouvait concevoir la spiritualité autrement qu’ouverte sur autrui et donc sur les problèmes de société. Zundel pensait de même : là est la clé de leur « réalisme mystique » et je fais mien aussi ce réalisme. Quant à promouvoir la spiritualité dans cet esprit de réalisme mais aussi avec efficacité, sans doute les mesures à prendre sont-elles diverses. Mais parmi elles deux me paraissent particulièrement urgentes et nécessaires : l’une de discipline personnelle, l’autre d’action sociale.

La première demande à chacun de ne plus se confondre avec l’homme extérieur, avec ce personnage à deux dimensions qu’il a hérité de ses gènes et de son milieu. De ne plus se confondre avec celui qu’il croit être, mais qu’il n’est pas. Ceci pour que puisse enfin commencer à s’actualiser en lui l’homme intérieur, la personne à trois dimensions, écrin de son identité véritable. Mais pour que l’homme intérieur puisse naître et parler, il faut que l’homme extérieur se taise. Ce qui n’est possible que par la recherche régulière, patiente et fidèle du plus grand silence intérieur. Il y a là, du moins pour nous occidentaux de ce siècle, une exigence absolue. Selon mon expérience tout le reste n’est que littérature et bulles de savon.

La seconde mesure vise la transformation de la société en faisant tout ce qui est possible pour qu’elle offre enfin, à chaque enfant, un cadre favorable à l’éclosion et à l’envol de l’imago qu’il porte en lui et qui n’est autre que lui-même. Ce qui de mon point de vue ne saurait être sans une politique d’éducation se concrétisant dans un projet éducatif fondé sur une anthropologie ternaire et, par suite, dans des programmes pédagogiques répartissant la scolarité en trois temps égaux : un centré sur l’éducation du corps, un sur l’éducation de l’âme, un sur l’éducation de l’esprit. Mais, le réalisme commande de ne pas nous leurrer : la généralisation de tels principes n’est pas encore pour demain.

[1] Cette partie a été résumée par Marcel Lepetit en une page au lieu de deux dans le texte de Jean-Marie Bouclet

 

A propos Régis Moreira

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