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Compte rendu de la soirée organisée par Démocratie et spiritualité en hommage à Patrick Brun le 12 novembre 2018

Table des matières

Introduction par Jean-Claude Devèze. 1

Vidéo. 1

Témoignages de Traces d’avenir. 2

Témoignage d’Agnes Le Grix. 2

Témoignage de Jorge MUNERA GARCES. 2

Témoignage de Hassane Hacini 3

Témoignage de Florence Davy. 5

Lecture du témoignage de Michel Rival 6

Lecture d’extraits de texte envoyés par des compagnons de route. 7

Un témoignage pour le groupe Cheminement de D&S, Eliane Fremann. 8

Un essai de dialogue sur «Démocratie et spiritualité en question », Jean-Claude Devèze. 9

Patrick Brun, le Pacte civique et D&S, Jean-Baptiste de Foucauld. 11

Témoignage de participants. 11

 

 

Introduction par Jean-Claude Devèze

 

Que soient remerciés tous ceux qui sont venus participer à cette soirée organisée pour nous retrouver autour de Patrick, qui nous a quittés il y a près d’un an. Nous vous proposons de témoigner que son souvenir est toujours vivant, lui qui continue à nous accompagner sur des chemins qu’il avait défrichés et explorés en nous proposant de précieux repères.

Vidéo

Une vidéo est projetée. Patrick Brun expose ses conceptions en matière de formation : elle doit aider à être l’auteur de sa propre vie.

 

 

 

Témoignages de Traces d’avenir

Témoignage d’Agnès Legrix

Comme un écho à cet enregistrement, Patrick a été, plusieurs années, Président de Traces d’Avenir que nous avons créée ensemble en 2007. Cette association a pour objectif de faire connaitre la démarche des histoires de vie, démarche que nous formulons brièvement en disant «  Savoir d’où je viens pour décider où je vais ».

L’interlocuteur de Patrick est Gaston Pineau, un Franco-québécois qui nous a mis en liens avec André Vidricaire de l’Université de Montréal (l’Uqam). Chaque année, à l’automne, un symposium des histoires de vie a lieu. L’ouverture et la créativité de ce qui s’y passe aura été déterminant pour la naissance de Traces d’avenir.

Cette vidéo que nous venons de voir a 25 ans et pourtant elle n’a pas vieilli. Patrick se sait filmé, mais cela ne le dérange pas. Il est présent à l’instant/ soucieux du mot juste/ attentif à être au plus près de ce qu’il veut faire passer.

Que ce soit avec nous ou dans le cadre de ses autres engagements, ce qui frappait chez lui, c’est sa capacité d’analyse et de synthèse- y compris lorsqu’un groupe avait travaillé dans le plus grand désordre ! Sa sensibilité le positionnait au service de ses interlocuteurs, jamais dans une attitude de supériorité ou une autorité plombante.

Les derniers mois, nos réunions se déroulaient à son domicile : il savait prendre le temps de l’amitié et le rituel du café, qui se prolongeait pour le plaisir de tous, était un incontournable.

Qu’Annie soit remerciée pour la chaleur de l’accueil qu’ils nous réservaient tous les deux.

Jorge Munera, que vous allez entendre maintenant, est un fidèle de la première heure. Je voudrais juste ajouter une chose : Si j’ai insisté sur l’influence du Québec dans la naissance de Traces d’Avenir, je tiens à dire celle de Ricœur tout au long de notre cheminement : Jorge a fait à Louvain une thèse de philosophie sur Ricœur et il nous est précieux quand il nous rappelle- entre autres- le fameux « Parcours de la reconnaissance ».

Témoignage de Jorge MUNERA GARCES

Pour moi Patrick a été doublement un personnage fondamental :

D’abord, parce qu’il a été membre de l’équipe pédagogique en tant qu’évaluateur de la recherche « Le croisement des savoirs et des pratiques » réalisée par ATD Quart Monde.

J’ai connu le Mouvement ATD Quart Monde en mars 2003, en France quand j’habitais encore en Colombie, par des amies colombiennes qui faisaient partie d’une équipe ATD et accompagnaient des familles roms, la plupart roumaines, équipe que j’ai rejointe quand je suis rentré en France au mois de septembre de la même année.

Cette année 2003, je travaillais encore dans une institution qui était l’autorité environnementale de la région de Cali sur la côte du Pacifique.

A ce moment-là, je faisais partie d’une équipe interdisciplinaire qui était en train de faire la restructuration de l’institution.

Je me suis rendu compte qu’une des difficultés de compréhension entre l’autorité environnementale et les institutions de la société civile était le manque d’une espèce de dialogue entre les savoirs des techniciens et ingénieurs et les gens de la communauté. Cherchant par internet le sujet des dialogues de savoirs, j’ai trouvé une page sur l’expérience d’ATD de croisement de savoirs qui m’a éclairci le chemin. Plus tard, quand on a fondé Traces d’Avenir, j’ai fait la connaissance de Patrick et, le sachant membre de l’équipe pédagogique de croisement des savoirs, pour moi cela a été la connaissance d’un « grand personnage ».

C’est lui qui a proposé mon nom à l’équipe ATD pour faire la traduction en espagnol de l’ouvrage Croisement des savoirs et des pratiques qui a été publiée par l’Editorial Popular de Madrid en deux volumes.

En faisant cette traduction, je me suis rendu compte de l’immense travail et des difficultés que cette équipe a surmontées pour arriver à son but de faire penser et de se former ensemble des personnes en situation de pauvreté, avec des universitaires et des professionnels.

  1. Parce que lui (comme toute l’équipe de Traces d’Avenir) m’a encouragé pour écrire l’histoire de vie de mes expériences interculturelles.

Quand, dans une soirée organisée par Traces d’Avenir, j’ai raconté quelques cinq expériences de ma vie, je n’étais pas convaincu que cela pourrait intéresser quelqu’un. Patrick, comme président, et l’équipe de Traces m’ont encouragé à écrire ces expériences. J’ai commencé à écrire en espagnol et c’est Annie, ma première lectrice et ma fille qui ont traduit la première partie en français.

Patrick pensait que cela deviendrait un livre, moi je disais qu’à la limite cela serait un cahier. La dernière fois qu’on a parlé du texte, Patrick m’a dit que faire le récit de mes expériences était la première étape d’une histoire de vie. L’étape suivante est de trouver le sens de ces expériences et c’est cela que je suis en train de travailler en ce moment.

Que le résultat soit un livre ou un cahier, que cela soit publié ou non, je continue cette tâche d’écriture comme un « deber de honor » (devoir d’honneur) et ce travail sera dédié à la mémoire de notre cher Patrick.

Témoignage de Hassane Hacini

 

Je m’appelle Hassane Hacini, je suis auteur d’un livre qui a été publié en janvier 2018 aux éditions l’Harmattan dans la collection histoire de vie et formations dirigé par Gaston Pineau[1].

Je tiens à remercier l’association Traces d’avenir, de m’avoir demandé de prendre la parole pour dire quelques mots à l’occasion de cette soirée en la mémoire de Patrick Brun.

Pour commencer, je vais vous décrire comment j’ai été amené à rencontrer Patrick à l’association « Traces d’avenir », ensuite le moment majeur qui m’a permis de m’autoriser à écrire un livre entre accompagnement singulier et séminaire collectif et enfin le partenariat tout au long du trajet d’écriture :

 

  1. Le hasard de la rencontre

Fin octobre 2013, j’ai rencontré deux jeunes étudiants de l’Université de Paris 8 fondateurs de l’association « Passerelles extra-muros » de Saint Denis et partenaire de Traces d’avenir. Ils distribuaient des tracts annonçant un festival qu’ils organisaient les 9 et 10 novembre 2013 à la bourse du travail de Saint-Denis : Festival « Être en Arts : entre interculturalité et citoyenneté : un mariage possible ? »

Lors de cet évènement, j’ai assisté à un atelier d’écriture, conduit par Edmée Touton et Jorge Munera, qui m’a amené à découvrir l’association Traces d’avenir. J’ai tenté une expérience d’écriture sur la thématique de l’interculturalité. Cette première rencontre satisfaisante m’a conduit à l’Assemblée générale de Traces d’avenir où Patrick présentait l’association.

  1. Rencontre et auteurisation

Novembre 2013 à l’Assemblée générale, Patrick s’est exprimé sur les objectifs de l’association et avant de poursuivre, a demandé à chacun de se présenter. Lorsque mon tour est arrivé, je me suis surpris à raconter une partie de mon parcours de vie assez longuement. Patrick me dira que ma présentation est un récit de vie et que le contenu extraordinaire pouvait faire l’objet d’un livre. J’ai été assez décontenancé et agréablement surpris de cet éloge. Il avait perçu dès le départ mon désir inavoué d’écrire un livre pour témoigner de mes découvertes. . Je suis resté en contact avec Patrick et les membres de cette association et j’ai participé à des séminaires de groupe sur plusieurs thématiques tout au long de l’année 2013. Ces approches m’ont encouragé à poursuivre mon travail d’écriture, à découvrir la littérature sur les histoires de vie. Je m’étais plongé dans quelques ouvrages. Ce que j’y avais trouvé m’avait fait comprendre que j’étais légitime à poursuivre dans cet élan de désir de graver dans un livre la trace d’une mémoire collective niée et/ou stigmatisée.

  1. Le trajet d’écriture avec Patrick

Patrick était un pédagogue, un intellectuel hors pair, sa posture pédagogique était à l’opposé des approches classiques que j’ai pu rencontrer dans mon parcours d’apprentissage formel et informel. C’est-à-dire qu’il renversait la position du rapport maitre/élève, éduquant/éduqué en intégrant l’attitude et l’idée que l’un et l’autre peuvent s’apprendre ensemble. Il n’a pas été un pédagogue qui déverse un savoir à des élèves ignorants, à la manière d’une « éducation bancaire » tant critiquée par Paulo Freire. Il a été présent tout au long du trajet d’écriture. À l’écoute, toujours disponible, il a su m’apporter des conseils, des suggestions, des recommandations à chaque fois que cela a été nécessaire.

« Café des dames » et « L’Unisson », deux brasseries place du Colonel Fabien, dans le 10eme arrondissement de Paris. Lors de nos rencontres individuelles et nos échanges autour de mon livre en devenir, il était à l’écoute de ce que je racontais et me disait « je ne sais pas grand chose de ce que tu racontes, j’apprends beaucoup de l’histoire de l’immigration kabyle, de la guerre d’indépendance algérienne, du monde ouvrier dont tu parles ». Il me posait des questions, il était intéressé. Sa posture me permettait de penser avec lui et non de penser pour lui ou contre moi. Je vivais ces situations comme des échanges horizontaux.

Lors des formations qu’il conduisait à Traces d’avenir, sa posture que je nommerai « posture de non-savoir » permettait aux participants de s’autoriser à exprimer leurs savoirs particuliers. Elle permettait à chacun d’ouvrir un espace d’expression de soi, donnant la possibilité à chacun de se réapproprier des bribes de son histoire et parcours de vie, leur savoir d’expériences dans le respect des différences de chacun. Cela donnait lieu à accepter l’autre avec ses différences grâce à l’échange de la parole qui vient se substituer aux traditionnels échanges de discours imprégnés d’idéologies que nous retrouvons dans les espaces habituels de socialisation.

Je rends hommage à Patrick pour son ouverture d’esprit exceptionnelle, sa rigueur intellectuelle et son sens de la justice sociale. Sa modestie et sa discrétion forçait le respect. Il a su mettre en valeur mes propos quels qu’ils aient été. Ce qui m’a permis de m’autoriser à légitimer et valoriser mon histoire en m’encourageant, toujours avec bienveillance, à publier un livre. Patrick nous a quittés, son enseignement est toujours présent.

 

Témoignage de Florence Davy

 

Mon nom est Florence Davy. Je tiens tout d’abord à remercier Agnès Legrix de la Salle pour la confiance qu’elle m’a accordée en me proposant si chaleureusement d’évoquer avec vous ce soir le souvenir d’un homme que j’ai pourtant très peu connu.

Car mon chemin n’a croisé celui de Patrick Brun que pendant deux courtes années : 2016 et 2017. J’étais alors étudiante à la Faculté de Nantes dans le cadre du DU Histoires de vie en formation dirigé par Martine Lani Bayle et pour lequel Patrick m’accompagnait dans mon travail de recherche en tant que Directeur de mémoire. Ce fut court, bien trop court, mais ce que Patrick m’a enseigné et les souvenirs qu’il m’a laissés sont et resteront à jamais ancrés dans mon histoire de vie.

Par sa finesse intellectuelle, Patrick m’a d’abord appris à questionner et requestionner sans cesse mes questions jusqu’à ce que j’identifie clairement ma problématique, mes concepts de recherche, ce que je souhaitai mettre en lumière, et surtout le sens que j’y donnais ; car Patrick était un homme qui accordait beaucoup d’importance au sens.

Grâce à sa vision, son recul et sa critique constructive, Patrick m’a appris à me distancier de ma propre histoire dans le travail que j’avais choisi de mener avec une jeune adulte, qui se demandait en quoi son histoire personnelle l’avait formée et pouvait l’aider à s’émanciper ; Il m’a appris à prendre la nécessaire distance réflexive pour gérer cette difficile dialectique entre ce qui raisonnait en moi de l’histoire de cette jeune adulte par rapport à ma propre histoire, et ce que cette histoire me révélait par rapport à ma recherche ;

Par sa culture et ses connaissances il m’a inspirée, il a éveillé mes idées en m’orientant dans mes choix biographiques.

Son écoute, son empathie, sa rigueur incisive mais toujours bienveillante sur mon travail, m’ont permis de garder le cap avec détermination. Sans lui, j’aurai peut-être abandonné car cumuler une vie professionnelle chargée et un travail d’étude se révéla plus difficile que je ne l’avais anticipé.

Patrick était à mes yeux un grand homme, tant par son intelligence et sa modestie que par son humanité. Il est parti trop tôt.

Le lendemain de ma soutenance à Nantes, alors que je l’appelai pour le remercier de m’avoir accompagnée jusqu’au bout, il m’exprima son regret d’avoir oublié mon mémoire dans la salle. Une de ses dernières phrases à mon égard a été, je le cite : « Florence, s’il y avait un mémoire que je ne souhaitais pas oublier, c’était bien le vôtre ».

Cher Patrick, je m’adresse surtout à vous ce soir. Je suis triste car j’ai perdu un Mentor. Là où vous êtes, si vous m’entendez, soyez rassuré, votre mémoire, vos enseignements, la qualité de votre accompagnement pendant ces deux années, je ne les oublierai pas, ils font désormais partie de mon chemin de vie. Ils laissent des traces et du sens à mon avenir.

 

Lecture du témoignage de Michel Rival

 

Patrick Brun ou la visée émancipatrice au cœur !

Je m’appelle Michel Rival, j’ai 58 ans. Je suis entré dans les histoires de vie il y a bientôt 7 ans. Le 13 Février 2012, je rencontre Patrick dans le cadre de la formation au Diplôme Universitaire des Histoires de vie en formation, formation que j’ai suivie à l’université de Nantes de 2011 à 2013. Ce jour-là, son intervention s’intitule: « la connaissance émancipatrice ».

Lors de cette journée, Patrick nous transporte dans les champs de ses recherches, dans ce qui le passionne : le récit de formation, l’expérience réfléchie, l’autoformation, le savoir collectif, l’herméneutique du soi, l’identité narrative, … la visée émancipatrice ! A cette première journée, il convoque différent.e.s auteur.e.s : René Barbier, Gaston Pineau, Martine Lani-Bayle, Jürgen Habermas, Pascal Galvany, Paolo Freire, Jacques Rancière, Pierre Dominicé, Emmanuel Kant, Charles Péguy … sans oublier, bien évidemment : Paul Ricœur.

A cette première journée de formation, en tant que pédagogue avisé, Patrick éclaire ses apports théoriques par l’illustration de ses expériences de terrain, en prenant soin d’articuler pratique et méthode en recherche –action. Il nous expose son travail entrepris avec ATD Quart Monde sur les questions des niveaux du savoir ; ce jour-là, je suis impressionné par l’homme car je l’ai choisi comme accompagnateur à ma recherche. Pendant un an et demi de menée de recherche, avec rigueur, Patrick m’écoute, lit mes écrits, me demande des précisions et face à mes questions, mes doutes, mes avancées tatillonnes, il m’encourage à faire des choix, me renvoie à moi-même : « et vous qu’est-ce que vous en pensez ? Qu’est-ce que vous avez à en dire ? ».

Très vite, je sens son enthousiasme pour l’objet de la recherche qui m’anime : « la construction identitaire et l’engagement militant dans un parcours de vie », et pour le public visé : les anciens ouvriers des chantiers navals de Nantes. Par le dialogue qui s’établit entre nous, il me permet d’appliquer cette devise des lumières qu’il affectionne et qui le guide dans son travail d’accompagnement: « Aie le courage de te servir de ton propre entendement » ; et comme dans la recherche en histoires de vie, il m’offre le soin de restaurer mon libre arbitre.

Parler d’accompagnement de recherche avec Patrick, c’est pour moi, parler de partage : à la fois sur des auteurs, des idées, mais aussi sur des moments d’humanités, et au-delà, sur nos métiers, sur des questions sociétales, des valeurs humaines… Parler de son accompagnement c’est suivre ses conseils et entrer dans les œuvres de Paul Ricœur pour en sortir plus grand ! Parler de son accompagnement c’est, comme il aime à le dire : « devenir producteur de savoirs par réciprocité » ! C’est pour moi, partager nos humanités, devenir des partenaires et goûter à de savoureux savoirs !

Aujourd’hui, je mesure combien le titre à cette première journée « connaissance émancipatrice » résonne dans le partage des idées, des questionnements et des écrits de Patrick, comment cette dénomination s’offre comme synthèse de son parcours d’homme, de compagnon de recherche.

En 2015, je rejoins l’équipe pédagogique du DUHIVIF et nous poursuivons notre coopération amicale ; nous continuons à communiquer de façon épisodique nous offrant un temps de déjeuner lors de ses passages à Nantes. A ces rencontres, Patrick s’intéresse à mes activités professionnelles, m’encourage à écrire sur ma recherche et à poursuivre ma thèse. Mon engagement dans la recherche en sciences humaines et sociales m’incite à poursuivre sur le chemin des histoires de vie et à m’approprier l’audace de penser, avec une pensée critique, une pensée complexe, une pensée émancipatrice ! A travers ses interventions, ses conférences et ses écrits, Patrick continue d’affirmer avec conviction que chacun est appelé à se former tout au long de sa vie en faisant de son expérience de vie et de travail, le lieu-même de son autoformation en réfléchissant sa propre histoire pour construire du sens. De cette expérience d’amitié, de façon incarnée, je garde en mémoire ses paroles fécondes, les paroles d’une figure marquante dans le champ de la formation tout au long de la vie. Aujourd’hui, Patrick reste bien présent et continue d’exister dans cette histoire collective des histoires de vie ! Par nos pensées, nos récits, nos réflexions, Patrick demeure dans cette épopée en sciences humaines, une aventure à prolonger et à sauvegarder !

Lecture d’extraits de texte envoyés par des compagnons de route

 

Giusi Lumare, Gaston Pineau et Pascal Galvani qui ont travaillé avec Patick dans le cadre du Graf (Groupes de recherche action-formation), du groupe de travail Spiritualité et Education (SPED) ou dans l’équipe d’animation des programmes de recherche-action ATD quart monde université et partenaires, ont envoyé des témoignages pour notre soirée, dont voici des extraits :

 

Giusi Lumare, italienne, témoigne d’une rencontre avec Patrick, il y a trois ans, lors d’une réunion du Graf en Bretagne sur l’autoformation et la spiritualité. La troisième journée, le dernier exercice à accomplir était de présenter au groupe la bioscopie de son partenaire d’exercice.

Mon partenaire dans cet exercice a été Patrick Brun ; ensemble, on a choisi de se placer sur la plage, assis sur le sable, sous ce soleil tiède et aimable d’un après-midi de mai. Patrick a parcouru son existence, son histoire de vie  en s’arrêtant sur les kairos, les éclairages existentiels de sa vie et j’ai connu ses joies et ses douleurs dans le temps d’une heure. J’étais ravie de rentrer dans le monde intime et social d’un être qui s’ouvrait à mon écoute. J’ai apprécié (ensuite) sa capacité de parler au groupe de mon parcours existentiel et de montrer aux autres et à moi aussi, car je ne les avais jamais objectivés à ce point, les aspects plus intéressants de ma personne et de mes attitudes.

C’est comme ça que je me souviens de Patrick, assis sur le sable, souriant sous le soleil…

 

Gaston Pineau, du Québec

De toutes les valeurs dont témoigne la vie de Patrick, c’est peut-être celles de l’alliance entre démocratie et spiritualité qui ont rendu sa vie si créative. Patrick était à la fois un grand démocrate spirituel et un grand spirituel démocrate. L’alliance entre les deux n’est pas si évidente, malheureusement. Elle a besoin de toute une dynamique associative pour s’incarner dans le quotidien du cours de la vie.

Cette dynamique semble bien être celle d’une nouvelle alliance, au cœur palpitant mais souvent caché de la bonne nouvelle évangélique. Patrick a travaillé toute sa vie à la réaliser, de façon discrète mais combien tenace, originale et créative.

 

Pascal Galvani, du Québec

Son sérieux, sa rigueur intellectuelle et éthique, son ouverture au dialogue, et une forme de douce stabilité, tout cela contribuait au « je-ne-sais-quoi » de sa manière singulière dans l’action qui donnait confiance et nous a permis de traverser bien des difficultés dans nos programmes (de travail) très intenses.

 

Un témoignage pour le groupe Cheminement de D&S, Eliane Fremann

 

J’ai côtoyé Patrick d’abord au sein du bureau de D&S où j’ai été touchée par sa qualité de présence, sa dignité, son élégance naturelle, son intelligence fine. Il savait au besoin exprimer avec force ses désaccords, manifestant une sensibilité aigüe à l’injustice.

C’est surtout dans le groupe Cheminements que j’ai appris à mieux le connaitre.

J’ai été frappée par la singularité de son chemin personnel, la cohérence de son parcours professionnel, son questionnement toujours en alerte sur son rôle de passeur entre les personnes démunies et les autres. Pour moi qui avais été enseignante, il a révélé une manière de concevoir l’éducation où le savoir n’est pas une mise à distance de l’autre, dans un processus hiérarchique, mais une réciprocité.

Cette réciprocité, le groupe Cheminements la favorise et l’encourage, en nous permettant de nous montrer tels que nous sommes, dans nos forces et nos faiblesses, nos questionnements, dans notre humanité commune.

Pendant la maladie de Patrick, j’ai pu à travers des échanges réguliers de mails, instaurer avec lui une autre manière d’être en relation, plus chaleureuse et plus authentique, au-delà de notre engagement commun à D&S.

Il accueillait cette parole de soutien, partageait son vécu du moment, ses traitements, la fatigue, les incertitudes, avec bien sûr sa discrétion, sa réserve naturelles, en même temps qu’il continuait à proposer des contacts pour l’UE 2017(il nous a fait rencontrer Florent Pasquier et Giusi Lumare du groupe Sped) et se positionnait sur l’avenir de D&S.

 

Un essai de dialogue sur «Démocratie et spiritualité en question », Jean-Claude Devèze

 

La dernière fois que j’ai vu Patrick à Jeanne Garnier, il m’a fait part de son projet d’approfondir comment D&S pouvait aider à faire face aux choix qu’exige un monde en mutation. Je vous propose de poursuivre mon dialogue avec Patrick sur ce sujet en repartant de six des questions qu’il posait dans le dernier document qu’il nous a laissé en héritage, « Démocratie et spiritualité en questions ».

Sa première question portait sur l’intérêt « d’intégrer une dimension spirituelle non confessionnelle aux réflexions sur une nouvelle société » alors que notre société est malade du non-sens ou, au moins, d’un manque de sens. Face à ceux qui proclament la fin des utopies, Patrick répondait en exprimant sa conviction de l’importance d’utopies mobilisatrices reposant sur des vies « sensées », « orientées » par la réalisation d’une vocation altruiste.

J’aurais aimé approfondir avec Patrick le diagnostic sur le lien entre crise spirituelle, qu’il qualifiait de « mère de toutes les crises », et la crise de nos sociétés occidentales : ces dernières sont-elles décadentes, en voie d’effondrement faute de personnes s’impliquant continument pour accomplir leur vocation sur terre ? Quelle vision commune ? Quel projet de civilisation et d’humanisation mobilisant nos forces vitales, spirituelles et civiques ? Nous travaillons sur ce sujet en préparant un appel pour le vingt -cinquième anniversaire de D&S

Sa seconde question portait sur la nature des liens, des rapports, des fécondations, des synergies entre démocratie et spiritualité. Il percevait la spiritualité comme une puissance d’engagement et la démocratie comme une valeur spirituelle qui doit habiter « la forteresse vide de la démocratie ».

Reprenant notre conviction de l’importance des forces spirituelles pour donner sens à notre civilisation, j’aurais aimé approfondir avec Patrick la façon dont « la politique doit s’exercer au risque de la spiritualité’ » en s’appuyant sur des démocrates-spirituels.

Sa troisième question portait sur la place respective de la construction du sujet et de celle de l’acteur. Patrick liait la construction du sujet à celle de la personne agissant après avoir discerné pour donner sens à sa démarche, à sa vocation.

J’aurais aimé approfondir avec Patrick comment la formation de l’acteur se fait à travers la personne en relation avec autrui et donc grâce au discernement collectif qui contribue à cheminer en vérité. Nous le faisions dans le cadre de notre groupe cheminement de la région parisienne auquel participait Patrick.

Sa quatrième question, sous-jacente, est le lien entre démocratie, spiritualité et culture. Patrick s’est demandé comment à la fois repérer les éléments positifs de la culture émergente et faire le lien avec ce qui est essentiel dans notre héritage culturel, dans nos racines.

J’aurais aimé approfondir avec lui ce qui permet de construire un socle culturel partagé pour penser, vivre et agir ensemble en démocratie, lui qui privilégiait une anthropologie mobilisant « toute l’histoire culturelle et religieuse de l’humanité ».

Patrick a abordé largement une cinquième question, celle des rapports entre D&S et le Pacte civique. Dans le chapitre qu’il avait intitulé « De la spiritualité à l’action politique dans le Pacte civique », il notait que le Pacte civique ne reliait pas nettement l’idée de qualité démocratique à la spiritualité. Patrick, qui a contribué à la fondation du Pacte civique, puis à la mise au point de la méthodologie de l’Observatoire citoyen de la qualité démocratique, était persuadé que « D&S et le PC sont non seulement complémentaires mais nécessaires l’un à l’autre» ; pour lui, l’incertitude sur leur avenir respectif « peut être un élément fort pour renforcer leur coopération ».

Je continue à travailler sur la consolidation des rapports et coopérations entre D&S et le Pacte civique dans deux directions :

  • En reposant la question de la place de la spiritualité dans le Pacte civique ;
  • En creusant les coopérations amorcées en matière de formation à l’éthique du débat et aux méthodes démocratiques entre PC et DS, ce qui devrait permettre d’«ensemencer de nouveaux projets portés par une génération plus jeune» comme le souhaitait Patrick qui avait animé le groupe formation au début du Pacte civique, avec des amies qui ont créé ensuite le Printemps de l’éducation.

En conclusion, abordons sa dernière question : « quel avenir pour D&S » ? Il y répondait en définissant D&S comme « une école de discernement démocratique et spirituel qui permet à chacun de donner sens à sa propre démarche et de construire collectivement des propositions pour le bien commun ».

J’aime cette approche de Patrick, y ajoutant deux nuances : D&S « une école de discernement démocratique et spirituel qui permet à chacun de donner sens à sa propre démarche en lien avec celle des autres et de construire collectivement des prises de position et des propositions pour le bien commun ».

A nous maintenant d’approfondir à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire la vocation de D&S en nous appuyant sur les réponses de Patrick aux questions essentielles qu’il nous a aidés à nous poser. Répondons à sa demande que son travail « suscite d’autres écritures et d’autres recherches sur les liens et les sources des relations entre démocratie et spiritualité ».

Patrick reste parmi nous avec ses questions et ses intuitions secrètes qu’il nous a confiées. Comme le disait François Cheng dans Enfin le royaume :

Les morts sont parmi nous, plus vifs que les vivants, nous intimant d’être à l’écoute. Initiés par-delà douceur et douleur au grand secret, ils n’auront de cesse qu’ils ne nous l’aient confiés.

 

 Patrick Brun, le Pacte civique et D&S, Jean-Baptiste de Foucauld

JB de Foucauld conclut les témoignages par un rappel de ses riches rapports avec Patrick durant toutes les années où il a été à D&S, en devenant secrétaire général durant deux ans.

Témoignage de participants

 

Témoignage d’Odile Guillaud.

 

Pour moi, Patrick Brun, c’était  « l’homme de l’Education ».

Et tous les témoignages précédents le confirment.

Il y a une dizaine d’années, dans le cadre des ateliers préparatoires du  Pacte civique, il animait un groupe « éducation » dont une partie des membres fut à l’origine du « Printemps de l’éducation » (pour une école émancipatrice).

A cette occasion, il nous avait signalé (et fortement incités à nous y rendre) un forum sur l’école organisé à Lyon par ATD quart monde dont il était fervent militant !

Bien sûr, je me suis inscrite à l’atelier « Orientation ». C’était mon métier au sein de l’Education nationale …

Pour moi, ce fut une vraie rencontre avec des élèves et leur parents  qui, venant de milieux très défavorisés, osaient prendre la parole !

J’ai mesuré à quel point ils pouvaient se sentir malmenés par un système scolaire complexe, une sélection  sans appel, une mauvaise connaissance des cursus et des codes …

Se sentant exclus, ils  exprimaient  leur révolte !

Tout cela, je le savais.   Mais à Lyon, ce jour-là, je l’ai vécu avec eux. Je l’ai partagé grâce à Patrick Brun !

MERCI  PATRICK !

 

[1] Hassane Hacini, 2018, Traces de migrations interculturelles, Kabylie, Haucourt-Saint-Charles, Gambie. Paris, Ed Harmattan, col Histoire de vie et formation.

A propos Régis Moreira

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