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  Mardi 20 octobre : Le travail social au risque de la spiritualité, quelles implications pour D&S ? avec Jean-Marie Gourvil

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Mardi 20 octobre 18h : Le travail social au risque de la spiritualité, quelles implications pour D&S ? avec Jean-Marie Gourvil sur la place de la spiritualité et de la mystique à D&S, se tiendra en visioconférence et sera animée par Jean-Baptiste de Foucauld

Conviviale 20 10 2020

Jean-Marie Gourvil

 

  • MA COLLABORATION AVEC D&S, LA QUESTION DE JEAN-BAPTISTE DE FOUCAULD

Il y a un peu plus d’une dizaine d’années que je collabore avec D&S avec des fluctuations dans cette collaboration liées à mon éloignement provincial, à des engagements locaux sur Caen et à la dynamique de D&S. C’est Jean-Claude Sommaire qui m’avait invité à participer à D&S, nous avions collaboré dans le cadre de l’ODAS autour des questions du travail social communautaire et de développement social local. J’ai toujours eu un grand plaisir à participer aux activités de D&S.

J’avais pris un peu de distance avec D&S en raison du flou qui caractérisait l’usage du concept de spiritualité à D&S. C’est en fait mon ami Jean-Marie Bouclet qui assez récemment, m’a ramené au bercail. J’ai fait part de mes interrogations sur le rapport de D&S à la spiritualité à Michel Ray, Daniel Lenoir et Jean-Baptiste de Foucauld.  Jean-Baptiste de Foucauld m’a tout simplement posé la question : qu’est-ce que tu voudrais dire à D&S ?

  • D’OU JE PARLE, LORSQUE JE PARLE DE SPIRITUALITE ?

Mon activité professionnelle a été entièrement consacrée au travail social, comme assistant social d’abord (fort peu de temps en fait) puis comme formateur et comme directeur des études à l’IRTS de Normandie et comme consultant sur les questions de développement social local. Dans ce parcours professionnel, je suis resté attaché aux valeurs de l’éducation populaire de ma jeunesse. La participation des habitants, la coopération, la solidarité devaient pour moi être les fondamentaux du travail social. J’ai toujours été plus dans l’animation, l’animation de groupes de parole, de groupes de projet que dans la relation thérapeutique ou d’orientation individuelle. Ma formation au travail social communautaire et ma formation en sciences politiques au Québec ont confirmé cette option. C’est bien à la périphérie de l’Etat, dans la mouvance des groupes de projets, de la participation que devaient se résoudre les grandes questions concernant la souffrance sociale.  L’entraide, le travail communautaire, le développement social ont mobilisé toutes ces années, comme formateur en IRTS, mais surtout comme consultant-formateur sur ces questions dans de nombreuses collectivités locales, les caisses de MSA, et des réseaux associatifs.

 

Pourquoi alors la spiritualité ? Depuis mon enfance les questions spirituelles me taraudent. J’ai eu comme l’écrit la célèbre journaliste québécoise Denise Bombardier, celle qui avait démasqué Gabriel Matzneff dans une émission de Piveau : « Une enfance à l’eau bénite ». Mais cette eau bénite était catholique et de gauche. Mon père aimait Marc Sangnier et le Sillon. Très jeune j’ai lu Nicolas Berdiaev et Dostoïevski, l’Orient chrétien m’attirait, un prêtre m’a orienté sur les Pères grecs et les mystiques, j’ai fait le pas vers l’orthodoxie. Je n’ai cessé depuis de lire et relire ces auteurs d’Orient et d’Occident. Je n’ai pas lu de nombreuses études sur ces personnages quoi…que, mais j’ai surtout lu et relu les grands textes spirituels, mystiques écrits tout au long de l’histoire chrétienne de l’Antiquité chrétienne au XVIIème siècle. Lorsque je parle avec un prêtre ou un théologien, ils trouvent souvent que je ne comprends pas grand-chose à la théologie catholique, mais sont surpris par ma connaissance des auteurs mystiques.

 

  • QUELS LIENS ENTRE SPIRITUALITE ET TRAVAIL SOCIAL MILITANT ?

Au cours de ces années, trois choses me sont apparues liées :

  • Face à la souffrance qui est toujours sociale et personnelle, nous sommes nombreux à avoir trouvé une voie profonde à travers la spiritualité. Combien de personnes après des années de travail sur eux-mêmes, des échecs, des rebonds, finissent par mieux comprendre l’histoire de leur vie et de voir le ciel s’ouvrir au fond d’eux-mêmes par une démarche spirituelle ? J’ai eu du mal à me résoudre à un travail social républicain qui ne laissait aucune porte ouverte à la démarche du sens ? Par ailleurs de nombreuses personnes ayant fait une démarche « thérapeutique » dépassent leurs seules souffrances personnelles en s’engageant dans des actions d’aide mutuelle. On sort de sa souffrance en coopérant, en faisant un travail avec des pairs, en mutualisant ses peurs et en mutualisant les réponses. J’ai eu du mal à me résoudre à un travail social républicain qui ne laisse aucune place à la coopération entre ceux qui souffrent et privilégie l’aide à l’individu en l’isolant de ses pairs, en niant à la personne et ses réseaux communautaires.

 

  • Dans le travail social militant, j’ai rencontré de nombreux personnages habités par quelque chose qui dépassait leurs fonctions. Ils étaient animés par un génie, par un souffle qui les poussait à aller toujours plus loin. J’ai coordonné deux N° la même revue, Le sociographe à 12 ans d’intervalle sur ces portraits de militants charismatiques au sens que Max Weber donne à ce mot. Beaucoup de ces militants professionnels avaient un parcours bigarré ressemblant au mien : enfance chrétienne, engagement à gauche, forte recherche de sens, un goût profond pour l’alternatif. Dans le premier N° de la revue Le sociographe on trouve un excellent article de Eugène Enriquez psychosociologue bien connu et dans le second N° un autre excellent article d’Hélène Stohl, ancienne inspectrice générale des affaires sociales, appartenant au même corps de la haute fonction publique que Daniel Lenoir, notre président. Elle avait été stagiaire de Jean-Baptiste de Foucauld lorsqu’elle était étudiante à l’ENA.

 

  • Enfin mes études de sociologie à Vincennes, dans le Bois, m’ont fait rencontrer des personnalités comme Philippe Meyer, Jacques Donzelot, Daniel Defert (le compagnon de Michel Foucault). J’ai compris avec eux les drames de la modernité, celle qui commence dès les XVI et XVIIèmes siècles, bien avant la Révolution. Une conviction prend une place centrale dans mes réflexions, je la dois à Michel Foucault – vous relirez la page 72 de l’Histoire de la folie à l’âge classique. Le grand enfermement des pauvres dans l’appareil d’Etat qui s’opère avec la création des Hôpitaux Généraux, leur séparation de la communauté dans laquelle ils vivaient, leur mise à l’écart, la volonté de les éduquer derrière des mûrs, de les confier à des professionnels, n’émergent que lorsque la figure spirituelle de l’autre se modifie. L’autre n’est plus mon frère, mon semblable vivant lui aussi sa souffrance, mais marqué profondément par le divin. Il devient, un individu isolé et l’objet de l’Etat. Foucault est radical, la civilisation bascule avec la modernité. Lorsque la spiritualité s’efface commence le temps « de surveiller et de punir », titre du second grand ouvrage de Michel Foucault.

 

J’ai consacré des mois, des années à travailler cette vision qui m’a subjugué.  J’ai écrit plusieurs textes sur le XVIIème siècles qui constitue un tournant majeur.  Je me suis fortement intéressé à la figure de Jean de Bernières, ayant vécu à Caen (1602-1659). Dévot mystique et homme de charité, il fut au XVIIème encore un homme du Moyen-Age. Deux de ses disciples sont canonisés et la canonisation d’une troisième est en cours d’examen à Rome, mais lui est condamné en 1689. Il est toujours dans les placards de l’histoire et les oubliettes de l’Inquisition. Pour lui mystique et soin du pauvre allait de pair. Sa mystique médiévale ne convient plus au XVIIème siècle finissant. Il disparaît de l’histoire. Avec des amis nous avons reconstitué son univers. Nous avons publié ses écrits, sa correspondance doit sortir aux éditions Honoré Champion. Ses disciples, à sa mort, quittent la Normandie et s’installent à Québec. Les Québécois considèrent Bernières comme l’un des pères de la Nouvelle France. En France il est totalement oublié.

 

L’histoire sociale est inséparable de l’histoire spirituelle. Cette question est centrale.

Nous avions monté un colloque à Caen en 2011 sur le thème : l’Action sociale au risque de la spiritualité ! J’ai pas mal écrit sur ce thème, notamment dans un autre N° de la revue Le Sociographe et dans d’autres textes. L’œuvre de Michel Foucault est ici incontournable.

 

Le développement social local en France sera possible que si une mutation spirituelle a lieu. La philosophie de Nicolas Berdiaev nous aide à comprendre la mutation nécessaire. Pour faire confiance à la personne, aux acteurs locaux et aux réseaux communautaires il faut se défaire d’une vision de l’Etat porteur lui seul du sens de l’histoire. Si le divin existe, il interroge chaque personne, chaque citoyen. Le divin n’est jamais incarné dans l’Etat. Il peut l’être par les acteurs dans l’Etat mais à condition que ceux-ci acceptent d’être des personnes et non des agents de la haute administration publique masquant sans cesse leurs engagements dans des procédures.

 

 

 

  • QU’EST CE QUE JE VOUDRAIS DIRE A D&S

 

  • La spiritualité n’est pas réductible à des valeurs, elle est une expérience

Ma première remarque à D&S est centrée sur l’usage excessif du mot valeur. Les valeurs sont les qualités qui orientent une action ou son but. Les valeurs concernent l’intention de l’action, les modalités de sa mise en œuvre et le résultat attendu. Les valeurs sont essentielles à la vie personnelle et la vie en société, mais la spiritualité ne se réduit pas au respect de valeurs. La spiritualité est une expérience intérieure, subjective dont émerge une sensation, une intuition, une façon intérieure de sentir le monde par opposition à la sensation liée strictement aux cinq sens ou à la raison raisonnante. Ce travail spirituel, intérieur mobilise les profondeurs de la conscience et même au-delà. La spiritualité est expérience de l’Esprit, d’une clarté qui ne nous appartient pas, d’une transcendance. Le travail spirituel engendre des valeurs, mais ne se réduit pas à des valeurs. En outre le travail spirituel émerge de la subjectivité profonde pour rejoindre l’autre, les autres, le monde, le cosmos et l’histoire, mais on ne décrète pas de l’extérieure que des valeurs sont spirituelles, seule la personne sait comment sa subjectivité profonde a fait émerger l’intention de son action. Labelliser les valeurs serait un mécanisme de réification de la dynamique d’engendrement des valeurs. D&S pourrait donc valoriser le travail intérieur, le travail, le chemin spirituel qui engendre un autre rapport au monde sans réduire le spirituel à des valeurs imposées par un groupe.

« Adhérer à des valeurs » ne signifie pas que celui qui y adhère soit dans une démarche spirituelle, il peut n’être que d’accord avec les normes du groupe auquel il appartient, à la norme culturelle du groupe. Par contre s’interroger sur l’émergence personnelle de valeurs, sur le chemin qui fait émerger ces valeurs fait écho à une dynamique profonde, personnelle telle qu’elle est décrite par les différentes traditions spirituelles.

Pour comprendre les valeurs, on peut se référer à la différence que font les linguistes entre signifiant et signifié. Le signifiant est un mot, une expression, un objet littéraire qui dit quelque chose à celui qui le lit, mais le signifié, l’intention réelle de celui qui parle ou écrit est infiniment plus vaste que le signifiant. La lecture du poème n’épuise jamais l’écoute du message que le poète nous dit. Le poétique est plus vaste que le poème lui-même.

Les religions sont porteuses de valeurs, de comportements normés, les spiritualités sont porteuses des cheminements intérieurs et productrices de valeurs portées subjectivement. Il faut distinguer religions et spiritualité. Ne pas confondre valeurs et spiritualité.

  • Prendre au sérieux les spiritualités et ne pas chercher trop vite des convergences qui masquent les profondeurs de chacune

Si l’on accepte le point précédent, il faut alors prendre au sérieux chaque courant spirituel, chaque tradition spirituelle qui facilite ce chemin intérieur et éviter les amalgames rapides. Il ne faut pas trop vite gommer les particularités et les richesses différentes, et faire un fourre-tout rapide tournant autour de valeurs universelles. D&S pourrait prendre au sérieux la profondeur des spiritualités, en sachant qu’il y a des convergences, mais qu’il est nécessaire d’aller au bout du chemin de chacune. Le bouddhisme et le zen peuvent présenter des convergences avec les courants mystiques rhéno-flamands du Moyen-Age, mais il ne conviendrait pas de dire « tout cela est pareil ».  Ce qui compte ce n’est pas la surface des points qui apparaissent convergents, mais les parcours intérieurs de chaque tradition. Si l’on ne prend pas en compte les parcours, on tue la source des valeurs produites par des sujets et l’on reste sur des valeurs se réduisant à des normes sociales.

  • Se réapproprier de façon critique l’histoire spirituelle occidentale

L’Occident a eu une histoire spirituelle complexe, liée au christianisme et hors du christianisme. L’histoire spirituelle occidentale non chrétienne est méconnue, l’histoire de la spiritualité chrétienne est complexe, marquée par de nombreuses crises et conflits, sa lecture n’est pas simple. La connaissance immédiate que nos contemporains ont de la spiritualité chrétienne est très faible, même parmi les « pratiquants ». La conscience historique pour reprendre le terme de Marcel Gauchet, concernant la spiritualité chrétienne est très minime. Beaucoup vont chercher ailleurs vers l’Extrême Orient ce qu’ils ne trouvent pas en Occident.

Il est important par ailleurs de ne pas laisser l’histoire de la spiritualité chrétienne seulement aux mains des institutions religieuses. Si l’on accepte la distinction entre religion et spiritualité, on voit comment les religions peuvent présenter l’histoire de la spiritualité en la réduisant à ce que l’institution peut accepter. Elle gommera les conflits et les oppositions pour ne présenter qu’une figure lisse et constante de la spiritualité chrétienne en Occident, en réduisant les ruptures à de simples désaccords ou incompréhensions, ou pire encore, à accepter que la spiritualité comme la théologie sont en développement et que tout se résout dans la progression, dans l’avancée de nouvelles façons de comprendre les choses.

Trois exemples parmi d’autres :

  • Le procès de pélagianisme fait à Cassien au Vème siècle, en Provence par les augustiniens continue de poser problème. Je sais que les bénédictins et les chartreux ont conservé l’héritage de Cassien et des Pères du désert, mais les croyants sont toujours loin des préoccupations d’actualité de ce courant fondateur de la mystique chrétienne. Cf les livres de J-G Xerri
  • La condamnation des Béguines et de la mystique rhéno-flamande a marqué plusieurs siècles de l’histoire occidentale. De nombreux intellectuels ont remis à l’honneur Eckhart, mais dans l’histoire des mentalités et la conscience religieuse occidentale la distance est encore immense. Qui s’est approprié cet héritage pourtant si populaire au Moyen-Age ? On va chercher dans le zen le détachement que la spiritualité populaire a porté durant ces siècles.
  • La condamnation des quiétistes au XVII et au XVIIIème reste toujours de mise. Le quiétisme pourtant constitue une attitude profonde de tout mysticisme arrivée à sa maturité. Jean de Bernières dont j’ai parlé reste condamné pour quiétisme.

Voir l’article qui a été publié par l’encyclopédie du changement de cap.

 

L’Eglise catholique a du mal à revenir pastoralement sur ces composantes spirituelles, culturelles qui ont été évacuées. On préfère aujourd’hui plutôt que de faire un critique de l’histoire, proclamer que l’Evangile est premier et qu’il faut revenir à l’inouï de l’Evangile sans se préoccuper du reste. Le dominicain Dominique Collin va dans ce sens. Comme dans les familles traversées par des blessures, on préfère souvent éviter de parler de ce qui fait mal et permettrait que de guérir, et l’on opte pour de nouveaux horizons.

Il conviendrait donc que le monde universitaire développe son intérêt pour la spiritualité. Le travail d’Orcibal, de Le Brun à l’HEPSS, de Marie-Anne Vannier à Metz sont des exemples parmi d’autres. Nous avons besoin de travaux universitaires sur la spiritualité chrétienne et les autres spiritualités. D&S pourrait participer à la promotion d’institut des sciences religieuses ou des spiritualités comme il y en a dans de nombreux pays.

Il convient que chacun fasse un travail individuellement et en groupe pour se réapproprier l’héritage spirituel occidental, de façon critique, en se dégageant des lectures institutionnelles mais en s’enracinant dans une histoire profonde et multiséculaire.  Chacun peut trouver ses portes d’entrées, mais que d’émerveillement à se laisser saisir par les textes des Béguines et des rhéno-flamands et de tant d’autres.

Une remarque marginale. Je me suis approprier l’héritage mystique occidental en faisant le détour par les pères grecs et l’orthodoxie. Cette démarche m’a permis de voir les constantes de la tradition chrétienne et de regarder l’Occident mystique avec un œil nouveau. Il y a un Orient qui sommeille dans les profondeurs de l’Occident.

  • Dans le lien entre politique et spiritualité,

Se centrer d’abord sur ce qui anime en profondeur les promoteurs spirituels du nouveau politique et ne pas dissoudre leur quête dans des programmes à la rhétorique universaliste. Ne pas dissocier ceux qui font ou veulent faire de ce qui pourrait être fait.  La figure prophétique d’Edgard Morin est tout aussi intéressante que ses idées. Il ne faut pas dissoudre les porteurs d’un nouveau politique dans des programmes impersonnels.

 

  • POUR FINIR UNE TYPOLOGIE INTERESSANTE : LE ROI, LE PRETRE ET LE PROPHETE

Lors d’une université de D&S un orateur avait évoqué la typologie roi/prêtre/prophète de façon, originale. Cette typologie m’a habité longtemps, je la trouve féconde, je vous la redonne telle que je la vois aujourd’hui.

Toute société intègre une dynamique systémique et conflictuelle entre trois postures :

  • Le roi. Il s’agit en fait de toute la classe politique qui décide de l’orientation du royaume, du pays, fut-il une démocratie. Le peuple n’est pas le roi. En démocratie le peuple désigne de temps en temps son roi, mais il en reste le sujet.
  • Le prêtre. Il s’agit ici de toute la classe sociale qui porte le sens de la société en lui donnant une perspective sacrée, historique, en l’intégrant dans une vision de l’histoire. Les prêtres sont tous ceux qui diffusent du sens, les professeurs, les artistes, les média…
  • Le prophète. Il s’agit de tous ceux qui refusent la société telle qu’elle est et qui dénoncent et annoncent, qui proposent une autre vision de l’histoire. Le prophète est habité par une mission personnelle, un destin, mais sa vocation est sociale, sociétale.

Notre conférencier avait bien décrit les liens entre ces trois postures : que serait le roi sans prêtres et le prêtre sans roi. Les tensions sont continuelles, mais ils ont besoin l’un de l’autre. Le roi peut avoir besoin du prophète pour passer par-dessus le prêtre trop omniprésent. Il peut aussi vouloir l’assassiner pour le plus grand profit du prêtre. Le prêtre a besoin du prophète, il sait que sans le prophète son discours de prêtre s’épuise, mais il craint le prophète qui va le déborder. Le prophète a besoin du prêtre, pour s’opposer à lui, mais aussi pour aller plus loin que lui. Il ne vient pas de nulle part, il est sorti de l’horizon du prêtre, mais il lui est lié, même s’il s’y oppose.

On peut imaginer de multiples liens systémiques entres ses postures.

 

Ces trois postures existent bien dans notre monde. D&S participe du pôle prophétique, elle est liée au prêtre et au roi de façon systémique, mais toujours dans la tension.

Une question quelles sont les sources de la posture prophétique ?

Elles sont dans les profondeurs de l’être, elles s’appuient sur des cheminements intérieurs et leurs échos dans le monde social, réel.

Cultivons les sources, les voies du rôle prophétique.

 

Et la laïcité dans tout ceci ?

Jean-Baptiste de Foucauld m’a interpellé sur la place de la laïcité dans mes réflexions. Question difficile, je ne suis pas certain d’être pertinent sur ce point, je vous livre simplement mes réflexions. La laïcité repose sur la séparation entre l’Etat et les religions. Elle affirme la volonté des responsables de l’Etat, de l’appareil politico-administratif de ne pas être soumis au pouvoir des clergés et aux normes culturelles des religions. Elle vise aussi à rendre au citoyen la liberté de faire des choix religieux, de ne pas être soumis à une culture religieuse.

L’Etat laïque peut légitimement comme il le fait, imposer des espaces indépendants de toute religion (comme l’école et les services publics en général), toute en favorisant l’expression sociale des religions, dans des formes définies.

Par contre il faut sans doute lutter contre l’amalgame entre religions et spiritualités.  Il est possible dans cette optique de favoriser l’expression des spiritualités dans les lieux républicains. Les espaces où l’on traite de philosophie, de littérature, de culture, de soins, de souffrances, de solidarités etc… peuvent être des lieux où l’on parle de spiritualité sans avoir le risque que les appareils religieux prennent le pouvoir. C’est reconnaître l’autonomie du spirituel et sa fécondité dans notre humaine condition.

Une société, une culture dont on évacuerait toute trace de spiritualité, de débats sur les spiritualités seraient dans un processus de réification, d’enfermement, dans des processus sociétaux rigides, en voie de nécrose. Je reviens à Michel Foucault. Si l’on revient sur l’ensemble de son cheminement et de son œuvre, c’est le message qu’il nous laisse. Ces derniers ouvrages sont des réponses claires à « Surveiller et punir ».

Mon propos vise donc à ce que l’on se donne le droit de parler de spiritualité, de ses cheminements intérieurs, spirituels. A conquérir le droit de parler des patrimoines spirituels de l’humanité que l’on mobilise et auxquels on se réfère. Le droit d’afficher que l’on est en quête spirituelle sans toute de suite, par peur, par refoulement, afficher les valeurs trop vites universalistes derrière lesquelles on se dissimule.

 

Un dernier mot. Il n’y a pas de prophètes sans spiritualité. Craignons les rois et les prêtres qui voudraient éteindre les voix spirituelles des prophètes.

 

 

 

A propos Régis Moreira

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