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Mystique et philosophie, pensée d’Henri BERGSON

Les Racines du ciel ont reçu Ghislain Waterlot, professeur de philosophie et d’éthique à l’Université de Genève et responsable d’un séminaire international intitulé « Mystique et Figures mystiques ». Après avoir travaillé sur les notions de tolérance et de théologie politique, il a étudié la pensée religieuse de Jean-Jacques Rousseau et celle de Henri Bergson.

Pour lui, Bergson identifie l’origine des religions dans la capacité « fabulatrice » de l’homme. C’est l’intuition, l’intelligence, le contact intime avec le réel qui lui fait connaître l’incertitude, la précarité, l’écoulement du temps, sa condition d’homme mortel. Pour se prémunir de ce savoir, la religion intervient depuis le début de l’humanité sous une forme de religion qu’il appelle «naturelle» et à laquelle il associe la Mystique « froide ». Elle se veut protectrice, fermée, centrée sur l’individu et/ou le groupe, l’autre et l’ailleurs étant un danger ; la caverne de Platon en est une illustration. La « Mystique » peut aussi apporter, en rupture avec la forme précédente de religion, une dimension dynamique, ouverte, centrée sur l’accueil de l’autre, où l’extérieur à soi est bon (l’autre plus important que moi dit Levinas). C’est au travers d’une dépossession, d’une longue traversée du désert comme la nuit obscure de St Jean de la Croix, que, ayant tout perdu, vient l’illumination. C’est aussi l’histoire de Job. St François ayant renoncé à toutes les richesses, « nu devant Dieu », en est une autre illustration qui se prolonge dans des milliers de disciples, les franciscains. Pour Bergson, le Christ mort sur une croix, abandonné de tous, y compris de ses plus proches amis, va par sa résurrection transformer profondément toute l’histoire humaine. Cette mystique « chaude » se refroidit dès que l’institutionnalisation devient première.

Bergson retrouve dans la démarche mystique ce que Simone Weil appelle la « décréation », à savoir « faire passer du créé dans l’incréé ». Un texte, extrait des quatre pages sur « Effacement » dans son livre La pesanteur et la grâce, illustre sa pensée : « Nous avons la possibilité d’être des médiateurs entre Dieu et la partie de la création qui nous est confiée. Il faut de notre consentement pour qu’à travers nous il perçoive sa propre création. Avec notre consentement, il opère cette merveille. Dieu ne peut aimer en nous que ce consentement à nous retirer pour le laisser passer comme lui-même, créateur, s’est retiré pour nous laisser être. Cette double opération n’a d’autre sens que l’amour, comme le père donne à son enfant ce qui permettra à l’enfant de faire un présent le jour de l’anniversaire de son père. Dieu qui n’est pas autre chose qu’amour n’a pas créé autre chose que de l’amour. » C’est l’Amour, l’amour pour son enfant, que savoir se retirer pour lui donner à être afin que, plus tard, l’enfant ait dans son être l’odeur, la saveur des moments partagés. Nous retrouvons là un élément fondamental de la religion juive, mais aussi des autres mystiques et de leurs fulgurances.

A propos Paul Philippe CORD

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