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Judaïsme et démocratie, avec Michel CALEF

Compte rendu réalisé à partir des notes de Jean de Saint Guilhem et Paul-Philippe Cord

  • Le Judaïsme

De la même manière qu’on peut dire que la démocratie est une réponse politique à des situations sociales, le Judaïsme est une réponse aux enjeux métaphysiques que l’humain se pose.

Que mettons-nous derrière le mot judaïsme ?

  • Une histoire (émergence d’un peuple).
  • Des hommes et des valeurs : un texte qui reste vivant par l’équilibre entre le texte d’origine et les textes interprétatifs : la Torah orale et la Torah écrite ; une collectivité qui se reconnaît dans son rapport au transcendant et qui se fonde sur la force du symbolique.
  • Des systèmes de vie collective : l’école et la synagogue pour porter la cohérence du message ; la transmission comme projet religieux ; la synagogue (qui n’est pas un lieu sacré) comme lieu de rencontre, d’échanges et de prière commune.
  • Un projet qui est collectif : contribuer à la réussite du monde en s’appuyant sur le concept de justice.

Le judaïsme n’est pas une religion, car il est basé sur des croyances ( il ne demande pas de croire à priori en Dieu !) et sur un corpus de rites et de pratiques codifiées devant aboutir à certains comportements à l’égard d’autrui. Le judaïsme est multiple ; aussi peut-on parler des judaïsmes. C’est un ensemble de lois qui codifie les relations aux autres et aux choses pour répondre aux questions de sens.

L’unique affirmation, c’est que l’Éternel est Un et qu’il est innommable, absolu et transcendant. Et l’être humain est sur la terre pour tenter d’accomplir le plan de l’Éternel. Il est Co-acteur (mais pas co-auteur). Un homme ne peut pas dire « je suis », car il n’a pas la légitimité à se vouloir totalité du sens.

Le rabbin représente une communauté de destin. Ce destin n’est pas forcément religieux, ni même spirituel. Toute idéologie qui prétendrait tenir lieu d’absolu n’est pas reconnue comme telle. De même que la démocratie est une recherche d’équilibre permanent, personne dans la religion juive ne peut se prétendre être la référence.

L’héritage de l’histoire d’Israël: c’est une collectivité qui apprend à être un peuple en sortant d’Égypte. Le peuple sortant d’Égypte est un groupe humain, il devient un peuple, un sujet de droit après le Sinaï. Moise est parti rencontrer Dieu, et le peuple, seul, livré à lui même, a peur. Il se réfugie dans le passé, l’adoration d’idoles. Le Veau d’or constitue un message simpliste : « une incarnation visible du divin, maîtrisée car procédant du peuple, une extériorisation du Sacré sur un objet ». Avec les tables de la Loi reçues au Sinaï, Moïse brise les idoles, impose la Loi qui permet la structuration sociale en peuple. Et pour éviter que les tables deviennent objets de culte, Moise les casse.

La démocratie gère le présent, mais ne répond pas à la complexité du vivant ; il lui faut un « Projet ». Un peuple pour devenir une société doit avoir un projet et pas seulement une histoire. Le projet de société hébraïque, c’est la justice. La justice, jamais acquise, demande un effort permanent. Mais l’homme est à la fois le loup et l’agneau. Le projet de Justice est de faire vivre en chacun cette contradiction. Une forme du « vivre ensemble ». C’est un long travail, c’est pour cela que le judaïsme est inachevé et doit se poursuivre dans l’attente du Messie. Le Messie, ce n’est pas une personne, c’est un état politico-social dans lequel la tradition est enracinée dans le réel.

Après 70 après JC, sous les coups des romains, les juifs ont perdu le Temple, lieu symbolique du pouvoir, lieu de l’enracinement de la société. N’ayant plus de support matériel, c’est dans le Savoir porté par la Parole que s’enracine et se transmet la « Tradition ». Par l’École se fonde un système de transmission écrit et oral de générations en générations. Ce savoir s’enracine dans des personnes et non des objets matériels. Ce savoir donne une identité collective qui se transmet par la famille. Il est constitué d’un corpus « immuable » et de commentaires qui donnent une respiration au texte (voir Henri Atlan, Entre le cristal et la fumée, Seuil, 1979). Dans la tradition talmudique, on a le droit d’ajouter, mais pas de retrancher.

Le rabbin, n’est pas un « sachant » ni un intermédiaire ; il va relier l’individu juif à la tradition : « qu’est ce que la tradition dit dans ce cas là ». Il permet d’assurer la continuité par la textualité et permet ainsi à l’individu d’être relié à l’histoire.

Napoléon a voulu, en analogie avec le pouvoir politique, que le judaïsme se cléricalise pour que, par la hiérarchie, une loyauté au pouvoir s’instaure (voir la prière pour la France tous les samedis matin encore maintenant dans les synagogues).

 

  • Le pouvoir

Oui, il y a une réponse à la relation au pouvoir dans le judaïsme. Le pouvoir à l’intérieur de la société est réparti entre :

– le Roi : il fait fonctionner la société humaine, mais c’est un pis aller. Samuel, qui ne veut pas du « job », dit au peuple : il va vous pressurer, vous envoyer à la guerre. C’est la démocratie qui peut vous libérer, mais elle demande un effort.

– le Prêtre : il est réparateur du social, inégal par nature. Le lieu de réparation c’est le Temple, avec l’économie des sacrifices. Faire faire des gestes qui seront réparateurs.

– le Prophète : il n’est ni psy, ni instituteur. Il échappe à l’institution. Casse les pieds au Roi et aux faux prêtres. Il est un espace ouvert qui révèle les limites de l’institution. Quand la situation est confuse, c’est le prophète qui est sacrifié le premier. Cette situation peut aller jusqu’à la Shoah.

Le système ne fonctionne que si il y a une réelle séparation des pouvoirs

 

  • Contribution du judaïsme à la vie démocratique ?

Il y a des juifs dans toutes les tendances politiques de la société. Ils n’ont pas d’influence spécifique. Mais les instances communautaires juives ne s’adressent qu’aux juifs et, en majorité, elles ne participent pas spécifiquement au bien commun.

La Shoah a rendu illégitime la parole sur l’antisémitisme, mais maintenant, après trois générations un regain d’antisémitisme, n’est-il pas observable ?

L’État d’Israël n’est pas une trahison du judaïsme, c’est un avatar de Sion ou Canaan ; c’est un État éprouvette.

Des ponts entre judaïsme et démocratie :

  • la tension histoire/projet
  • la tension individuel/collectif
  • la tension inclusion-intégration/respect des identités et des minorités
  • la certitude qu’aucune forme momentanée de régulation politique n’est LA forme absolue et définitive.

 

Michel Calef

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