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[LIVRE] Je Tu (Martin Buber)

[Une] Je et Tu par Martin BuberSoirée conviviale autour du livre « Je et tu » de Martin Buber

Lundi 11 mai, nous avons eu notre réunion conviviale sur le « Je et tu » de Martin Buber. Nous relatons dans les lignes qui suivent les points qui ont été abordés et les questionnements suscités. Nous avons étudié à deux ce texte, nous appuyant sur l’apport considérable de Georges Elia Sarfaty (conférences données à Paris en avril 2015 sur ce livre) (Martine Huillard et Henri Jack Henrion) ; Jean Luc Castel nous a apporté lors de la réunion un éclairage sur le « Je et tu » et ses liens avec le bouddhisme.

Après avoir approché ce que Buber entend par le primat de la relation, nous avons tenté de définir par contraste le je/tu et je/cela , mots principes, fondements de la philosophie de la relation bubérienne. Nous avons commenté le chapitre où l’auteur associe « advenir humain » et « présence à soi et à l’autre ». Dans un face à face, le « je » qui s’adresse au « tu » le révèle infiniment en tant que personne et réciproquement. Dans notre présentation, nous avons seulement approché la relation au « Tu éternel ». Il serait sûrement intéressant de poursuivre ensemble une étude sur la mise en perspective de la relation je/tu incarné et Je/Tu éternel (relation à l’autre/relation à Dieu) ; pour Buber, la relation du je/tu incarné est une approximation de la relation au Tu éternel. Dans le je/cela (ou je/il/elle), la relation n’est plus de personne à personne, mais d’individu à individu.

La relation au je/tu se situe pour Buber dans trois sphères : de l’homme, de la nature, des essences spirituelles. Certains ont pu faire leur vécu du je/tu, comme par exemple Odile Guillaud évoquant le face à face avec un nourrisson qui vient de naître. S’ouvre une possibilité de partage à Démocratie et spiritualité sur comment se « combinent » dans nos vies personnelles les trois sphères de la relation je/tu ? Pour Buber, ce sont trois portes d’un même portique où Dieu est présent, même si la relation à l’homme est considérée par Buber comme la plus explicite du fait du langage.

Si la relation je/tu est évoquée par les termes d’authenticité, présence, immédiateté, intersubjectivité, identité singulière, entièreté…, le je/cela relève du déterminisme, de l’objectif, de la connaissance ; nous avons tenté de montrer que ces deux relations ne sont pas exclusives l’une de l’autre ; leur coexistence et alternance sont nécessaires. « Chaque tu une fois le phénomène de la relation écoulé devient forcément un cela, chaque cela s’il entre dans la relation peut devenir un tu ». Ces deux types de lien, qui s’expriment par deux attitudes, deux adresses, renvoient donc à deux possibilités d’être humain. Sur un plan personnel, Buber ne nous propose-t-il pas une piste possible d’approfondissement de notre intériorité : comment vivons-nous cette dualité intérieure entre unicité de la personne et concrétude de l’individu ?

Nous avons ensuite proposé une analyse sémantique du je/cela ; ce qu’il est dans sa grandeur, puisque à l’origine des civilisations, du progrès, de la connaissance, mais aussi de ses dérives. Dans la vie sociale, notamment en politique et en économie, la singularité du je/tu fait place à la pluralité du je/cela, l’immédiateté à la recherche de cohérence, l’aspect éphémère et fugace du je/tu à la temporalité du je/cela. Le je/cela pourrait-il aller jusqu’à la destruction de la personne devenant « objet » ? Question qui résonne avec la problématique de D&S.

Georges Elia Sarfaty, dans son analyse des travaux de Buber propose cette interprétation que nous avons partagée lors de la réunion : le je/tu pourrait être « un « correctif »permanent dans la relation au « je /cela ». C’est donc de l’ordre de la volonté des personnes de faire prévaloir la relation je/tu dans le je/ cela. Dans les relations de la vie collective, cela exige un travail de revalorisation des personnes et d’intériorisation pour chaque personne. Autre questionnement que nous avons à peine effleuré : comment D&S peut justement revaloriser la personne au sein même de l’association et dans ses propositions à l’extérieur ?

Nous avons terminé en exposant que, pour nous, la manière de poser la problématique de la personne en tant que sujet singulier et individu dans la collectivité, se différencie de celle de D&S. Si Jean Baptiste de Foucauld propose une fécondation mutuelle entre démocratie et spiritualité (en terme de régulation, résistance et utopie), pour Buber, tel que nous l’avons compris, c’est la personne, dans son identité indivisible, son entièreté, qui peut influer sur le monde du cela. La relation authentique et la spiritualité sous-jacente seraient donc nécessaires pour développer une relation la plus éthique possible dans le monde du je/cela. Ainsi l’interaction entre le je/tu et le je/cela ne se pose pas d’après notre lecture de Buber dans les termes de réciprocité telle qu’elle est envisagée à D&S entre démocratie et spiritualité. Il nous appartient de nous transformer pour que la relation je/tu innerve le monde du je/cela. Comment entendre cette mise en perspective? Cette lecture du je/tu peut- elle nous inciter à relever un défi, une mise en actes à D&S ? Un renouvellement ?

Martine Huillard et Henri Jack Henrion

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