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Dialogue du Pape François et de Dominique Wolton

(Livre ‘’Politique et société’’ paru aux éditions de l’Observatoire en 2017)

Pendant un an, le pape François a accordé douze entretiens à l’intellectuel français Dominique Wolton (DW). Fruit de ces rencontres humaines et chaleureuses, ce dialogue exceptionnel et inédit aborde en toute liberté les grands sujets de notre temps et de l’existence humaine : la paix et la guerre, la politique et les religions, la mondialisation et la diversité culturelle, les fondamentalismes et la laïcité, l’Europe et les migrants, l’écologie, les inégalités dans le monde, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, l’individu, la famille, l’altérité, le temps, la confiance et la joie.

Nous nous proposons de limiter notre recension de ces rencontres aux échanges du pape et de DW portant sur le dialogue et sur la communication. Le dialogue qui s’est instauré entre le pape et le spécialiste athée de la communication leur a permis non seulement d’exposer leurs pensées respectives et d’élaborer leurs parts de vérité, mais de communiquer au sens étymologique du mot qui est partager idées, convictions, joies, soucis….

Le pape a présenté trois orientations qui favorisent le dialogue : le devoir d’assumer son identité ; le courage de reconnaître l’altérité de l’autre ; l’exigence de sincérité des intentions qui permet de cheminer en vérité pour collaborer.

Le pape a exprimé son souci prioritaire de communiquer en vérité avec les marges de la société : « La seule clef qui ouvre la porte de la communication, c’est l’humilité » ; « Communiquer, c’est s’abaisser comme fait le Christ avec l’homme » ; « Dieu communique en s’abaissant » ; « C’est une règle : si je ne sors pas de moi-même pour aller chercher l’autre en m’abaissant, il n’y a pas de communication possible » ; « Gratuité, humilité : ce sont les mots pour faire une bonne communication »« C’est chrétien d’agir comme cela ; la communication chrétienne, c’est le service » ; « Et communiquer, c’est se donner entre les mains de l’autre ». En matière de transmission, le pape s’efforce de penser qu’il est « devant le mystère d’une autre personne » et qu’il faut accepter de « se faire déranger par son peuple ».

DW quant à lui rappelle la théorie de la communication qu’il défend : « une théorie humaniste et politique, non pas technique et économique » ; il note que « la communication technique est toujours plus facile que la communication humaine, ce qui explique son succès… » et propose d’humaniser l’Homme plutôt que la technique. Il reconnaît que « la religion chrétienne dans sa vision universaliste a le souci, aujourd’hui, de préserver le dialogue avec des mots essentiels de ‘’respect’’, ‘’dignité’’, ‘’reconnaissance’’, ‘’confiance’’ également au cœur du modèle démocratique… »

Le pape prône un dialogue avec des personnes qui soit basé sur notre expérience humaine. Il privilégie une parole pastorale par rapport au discours professoral Aimant les rencontres, il insiste sur l’importance de faire des ponts et non pas des murs et « sur le fait que le premier pont humain, c’est de se prendre la main » comme il l’a proposé dans un stade aux kenyans rongés par le tribalisme ; ces ponts, il faut les matérialiser aussi en mangeant, en buvant, en prenant un café, en dansant, en marchant, en jouant, par un regard…

Le pape et DW se retrouvent sur la nécessité de communiquer avec tous les sens, y compris les gestes et le toucher. Le pape indique que les expériences les plus authentiques d’amitié et d’amour sont celles « où se mélangent la parole, les gestes et le silence. (…) C’est dans le silence que naît la capacité d’écouter, de comprendre, de chercher à comprendre, souffrir quand on ne peut pas comprendre». Ainsi, lors d’une rencontre ou avec la foule sur la place Saint Pierre, le pape demande un moment de silence.

Le pape et DW plaident pour une communication avec autrui qui soit une relation vraie, sans rigidité, concrète. Ils cherchent enfin ensemble comment poser le problème de la communication au sein d’un monde envahi par la technique, courant le risque de perdre sa diversité culturelle et linguistique alors qu’il faut défendre l’apport de chaque entité de notre polyèdre.

A propos Régis Moreira

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