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Émigration – Intégration : Immigration : le devoir d’hospitalité, propositions

par Paul Bron 

Malgré les diverses politiques qui se sont mises en place depuis une trentaine d’années, à propos de l’entrée et du séjour des étrangers en France, l’immigration est restée constante depuis une quarantaine d’année

Cependant la démographie européenne laisse entrevoir un très fort besoin de main d’œuvre. D’ici 2025, et cela malgré les gains de productivité et l’allongement de l’age de la retraite, il y aurait besoin de plus de 20 millions de personnes supplémentaires en Europe pour conserver une population active et un niveau de vie identique. Au-delà des projets de loi actuels cherchant à limiter l’entrée des étrangers et à rendre plus difficile leur séjour, les gouvernements devront, quoiqu’il arrive, en tenir compte et il est fort probable qu’après l’élection présidentielle en 2007, on assiste à une régularisation massive… tout simplement parce que le besoin de main d’œuvre immigrée notamment peu qualifiée sera devenue une nécessité. Ce qui relativise considérablement le principe de l’immigration « choisie » telle qu’elle est actuellement envisagée.

Ainsi au delà de l’aspect contextuel et très électoraliste de la loi sur l’immigration et l’intégration qui vient d’être présentée au Parlement, l’essentiel ne réside-t-il pas dans l’amélioration des dispositifs d’accueil et d’insertion plutôt que dans une hypothétique limitation des flux de migrants ? C’est pourquoi sur la base d’une expérience de responsable d’une association d’accueil des étrangers depuis plus de dix ans, je me permets de formuler ces quelques propositions :

Il est nécessaire tout d’abord de changer le regard et les représentations de l’étranger qui est vécu actuellement uniquement comme un danger et un risque.

L’étranger en situation régulière n’est-il pas l’invité de la France qui lui offre l’hospitalité ?.

Comment nous ré approprier le concept et le sens de l’hospitalité afin de l’adapter à la situation actuelle de l’immigration en Europe et ré interroger avec un nouveau regard les différentes étapes du parcours d’intégration d’une personne et d’une famille ?

Le souci d’hospitalité constituera le fil conducteur des quelques pistes de réflexion qui suivent.

– Renforcer la politique d’accueil des nouveaux étrangers.

La formule du contrat d’accueil et d’intégration pour les étrangers « primo arrivants » mise en place depuis 3 ans et géré actuellement par l’Agence Nationale d’Accueil des Etrangers et des Migrations, est intéressante mais elle nécessite d’être renforcée pour permettre un réel apprentissage de la langue et des codes et valeurs de notre société : adapter et prolonger l’apprentissage du Français pour les étrangers illettrés, offrir systématiquement l’interprétariat nécessaire, permettre une réelle formation civique et surtout développer le soutien à l’insertion à l’emploi, préoccupation majeure des personnes.

Mais une telle offre éducative pourrait être élargie et proposée aussi aux autres étrangers volontaires ( ceux qui veulent approfondir, ceux qui étaient déjà arrivés il y a 3 ans…) considérés à tord comme déjà formés (comment, par qui ?). Une sorte d’école ou d’université interculturelle en quelque sorte, pourrait être expérimentée.

– Développer l’information et l’accès aux droits.

Le parcours d’intégration d’un étranger est la plupart du temps, un réel parcours du combattant chargé de suspicions d’incertitudes de dépendances et de liens inextricables qui engagent simultanément plusieurs administrations et services. Entre les services publics qui dispensent une aide spécifique dans leur champ de compétence et les associations humanitaires qui pallient à l’urgence, il n’existe peu de structures indépendantes et professionnalisées en capacité d’apporter une information et un conseil dénouant cette complexité. Et cela non seulement à propos du droit des migrations (entrée et séjour) mais aussi des droits sociaux, des droits civiques et plus couramment du simple accès aux droits élémentaires et fondamentaux. L’Etat pourrait passer contrat avec plusieurs associations avec lesquelles il s’engagerait dans la durée, sur des missions précises et évaluées.

Il n’est pas certain que la nouvelle Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des Chances, qui va remplacer la FASILD soit un projet à la hauteur de cette ambition. Cette mesure passée inaperçue le mois dernier, fait partie de la loi sur l’égalité des chances.

Il y a de réels besoin actuellement en terme d’accompagnement à l’accès aux droits concernant des publics tels que : les réfugiés statutaires par exemple, les mineurs étrangers, les migrants âgés ….

– Mieux accueillir les demandeurs d’asile

La demande d’asile est un droit fondamental de la personne qui demande protection pour des raisons de persécution. Si ce champ était relativement équilibré tant que le législateur distinguait de droit et de fait, par la loi, les réfugiés, des autres étrangers (ordonnance de 1945 réglementant l’entrée et le séjour des étrangers, et loi relative à l’asile adoptée en 1952 suite à la convention de Genève), le passage à un code sur l’entrée et le séjour des étrangers et le droit d’asile a contribué à fabriquer un profil flottant et incertain.

Actuellement il existe un « flou artistique » sur la demande d’asile qui porte lourdement tord aux étrangers (seuls 15% obtiendront le statut de réfugié) : suspicion de faux sur la réalité de la demande d’asile et politique restrictive qui en découle : accueil réduit au minimum, logement pas toujours assuré car les Centres d’Accueil des Demandeurs d’Asile ne suffisent plus, interdiction de travailler, bref une situation souvent dramatique et qui provoque une souffrance mentale et psychique chez les personnes

D’une certaine façon ce statut « réinterprété » depuis 1952, introduit une suspension, un mise en attente, un provisoire qui rappelle une autre époque, celle des « travailleurs étrangers des années 60 ». Il transforme les conditions de la présence en un condensé de fragilisation déviant de l’objectif initial de protection.

Il s’agirait d’offrir des conditions d’accueil correctes pour les demandeurs d‘asile : logement, interprétariat, soutien à l’accès aux droits, aide à la réalisation du récit de vie, allocation d’insertion, soutien médical et psychologique si besoin …et de réouvrir le droit au travail des demandeurs d’asile pourtant inscrit dans la convention de Genève

– Permettre le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales.

La limitation de ce droit apparaît aujourd’hui comme rétrograde. Tous les étrangers n’ont pas forcément vocation à devenir Français, mais tous contribuent à leur façon au développement local de leur territoire au même titre que les autres habitants. Permettre la réalisation d’un acte citoyen n’est-il pas un signe majeur d’intégration ?

Si une telle mesure ne bouleversera pas le paysage politique du pays, elle pourrait avoir comme avantage supplémentaire de renvoyer un signe fort de reconnaissance aux jeunes enfants français de parents étrangers. A ce titre l’expérience de Grenoble est en tous points exemplaire.

– Ouvrir aux étrangers une partie des emplois de la fonction publique et des professions libérales.

Actuellement 6 Millions d’emplois sont interdits aux étrangers. Nous constatons que certains emplois ne pourront pas être remplacés avec les départs à la retraites qui s’annoncent et que nous devons déjà faire appel à de la main d’œuvre étrangère pour certains métiers. Mis à part, bien sur les domaines de la sûreté, de la défense nationale, de l’armée, pourquoi ne pas ouvrir une partie de ces emplois aux étrangers ?

– Travailler sur l’apport positif de l’immigration et sur la mémoire des communautés

Notre société d’accueil peut prendre le parti volontariste de valoriser l’apport de l’immigration et sa contribution au développement de la France. Nous avons vu récemment comme le sujet était encore brûlant donc nécessaire, à propos du débat provoqué par la question de « l’apport positif de la colonisation »

Nous pouvons engager une réappropriation collective et officielle de la mémoire des immigrations et des parcours d’exil. La création de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration en 2007 sera un premier pas mais il faudrait d’une part qu’elle engendre une dynamique et des initiatives régionales et d’autre part que les temples de la culture s’ouvrent à la diversité des cultures populaires.

– Réhabiliter le fait communautaire

L’existence d’une communauté culturelle dans l’espace civique reste cataloguée immanquablement comme dangereuse par notre esprit républicain. Pourtant, quoi de plus naturel et sain que de souhaiter se retrouver et se serrer les coudes. Une évolution éventuelle vers une forme de communautarisme serait constitutive d’un rejet, d’une exclusion qui viendrait d’abord du pays d’accueil.

Je ne vois pas d’incompatibilité de principe entre appartenance communautaire et appartenance nationale, au contraire ouvrir une réflexion intelligente sur un bon usage des « communautés » dans le processus d’intégration peut permettre de mieux prendre en compte des liens communautaires, ethniques et culturels, et accélérer le désir d’ouverture tout en freinant le développement de l’intégrisme religieux.

Enfin pour finir, la question des « sans papiers » constitue le principal défi de nos sociétés occidentales. Cette population est vraisemblablement appelée à s’accroître et nous savons très bien que ce n’est pas l’augmentation des reconduites à la frontière qui va le résoudre.

300 000 à 400 000 étrangers vivent actuellement en France sans statut : visiteurs et étudiants non repartis / déboutés du droit d’asile / clandestins arrivés par des filières mafieuses,

Une part, difficile à évaluer, de cette population de « sans papiers », est présente sur le marché du travail (avec des faux papiers ou travaillant au noir) où elle occupe, à la satisfaction de quelques entreprises et dans des conditions indignes, des emplois délaissés, dans l’attente d’une régularisation ultérieure. Ceux qui restent sans travail subsistent, difficilement, grâce aux solidarités communautaires et aux associations humanitaires.

A la fois parce qu’il y a une forte demande d’exil des pays pauvres vers les pays riches mais aussi parce que les politiques restrictives du séjour renvoient un certain nombre d’étrangers entrés régulièrement sur notre territoire, dans la clandestinité, la présence des sans papiers sur notre territoire est une réalité et sauf à mettre gravement en cause les principes de l’état de droit, cette immigration irrégulière ne pourra pas être véritablement endiguée.

Les « sans papiers » constituent maintenant, de fait, une « catégorie » d’étrangers à part entière qu’il faudra bien prendre en compte.

Paul Bron

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