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Trouver et approfondir quelles sont les valeurs qui font vivre chacun de nous, ensuite chercher quelles valeurs communes nous aident ou peuvent nous aider à mieux vivre ensemble, enfin clarifier comment s’articulent nos valeurs individuelles et collectives.

Se (re)trouver dans l’anarchie des valeurs

Conférence prononcée à la chapelle Saint Bernard de Montparnasse à Paris le 16 novembre 2009, dans le cadre d’un cycle de six rencontres sur le thème « Force et fragilité de nos valeurs ».

Jean-Claude Devèze

Saint Bernard de Montparnasse propose un cycle de 5 conférences centrées autour de la force et de la fragilité de nos valeurs, et donc autour des valeurs qui donnent sens à nos vies et à nos sociétés. Je vais essayer de cadrer ce sujet avec vous, vaste sujet qui recouvre des questions qui nous concernent tous, en particulier les trois groupes suivants de question :

  • Quelles sont nos valeurs personnelles ? D’où viennent-elles ? Quel est la part respective des valeurs héritées de notre famille ou de notre environnement culturel par rapport à celle issue de notre propre histoire, de notre expérience et de nos choix ?
  • Quelles valeurs communes nous semblent importantes et peuvent nous aider à mieux vivre ensemble en famille, en France, en Europe, dans le monde ? Va-t-on vers une mondialisation porteur d’une culture ou le maintien d’une diversité culturelle ?
  • Quelles interactions entre nos valeurs personnelles et les valeurs collectives ?

Mon introduction et les autres conférences doivent donc nous aider d’abord à trouver et à approfondir quelles sont les valeurs qui font vivre chacun de nous, ensuite à chercher quelles valeurs communes nous aident ou peuvent nous aider à mieux vivre ensemble, enfin à clarifier comment s’articulent nos valeurs individuelles et collectives.

Définition du mot valeur : ce qui vaut la peine, ce qui est important; d’où, dans ce qui suit, ce qui est posé comme vrai, comme sage, comme beau, comme bien, selon des critères personnels ou sociaux, servant de référence, de principe moral, de norme pour conduire sa vie et/ou pour réussir le vivre ensemble…

Cette première intervention a juste pour objectif de fournir des repères pour se retrouver dans un paysage qui semble de plus en plus marqué par une certaine confusion des valeurs, chacun faisant son « marché » pour choisir les valeurs qui l’arrange ou se mettant en porte à faux par rapport aux valeurs qu’ils proclament (cf. Paul Valadier, L’Anarchie des valeurs, Le relativisme est-il fatal ?, Albin Michel, Paris, 1997). Je vais essayer d’aborder cette question complexe des valeurs qui nous font vivre en recourant successivement à divers éclairages : anthropologique et culturel, psychologique / psychosociologique / sociologique, politique, philosophique et spirituel. Ce découpage artificiel conduit à mettre dans des compartiments des approches qu’il faut relier.

Éclairage anthropologique et culturel

Chacun d’entre nous a des mots clef et des expressions auxquels il attache plus d’importance, car ils recouvrent des valeurs qui lui sont chères, valeurs qui l’aident à vivre et d’abord à vaincre ses peurs et ses angoisses (par exemple bien être, santé, famille) et à l’inverse des mots qui représentent des antivaleurs comme arrivisme, inégalité, hypocrisie. Pour moi, j’aime cette phrase de l’évangile de St Jean, « je suis le chemin, la vérité et la vie », d’où l’importance de la vérité, du cheminement pour construire sa vie et pour répondre à sa vocation ; de même j’aime cette phrase ironique que répétait une amie pour dénoncer l’incohérence, « grand disou, petit faisou » (en France, on parle et en Asie on fait !).

Nous sommes confrontés en fait au choix entre des valeurs humaines de référence, issues de notre monde judéochrétien, comme l’amour, l’amitié, le respect, la tolérance, la paix, l’ouverture, l’affection, la simplicité, et à des valeurs plus triviales, comme la force, le pouvoir, le plaisir ou la réussite. Une part de ces mots clef et de ces expressions sont des valeurs liées à la culture d’origine ou d’adoption. J’ai cherché sur le terrain à les repérer :

  • au Bénin, chez les baribas, le mot alafia recouvre l’importance des relations harmonieuses avec son entourage; chez les fons, on privilégie la fertilité, fécondité.
  • à Madagascar, le fihavana  recouvre la recherche du consensus dans un groupe.

Il est important de resituer ces valeurs dans le cadre d’une approche plus approfondie de diverses cultures, d’où cette grille sur le projet de sociétés de trois cultures.

Se retrouver dans l'anarchie des valeurs

Ceci montre que, derrière chaque projet de société, se trouver des valeurs, pas identiques[1] ou ne recouvrant pas les mêmes choses[2] .Il faut rappeler par ailleurs que certaines valeurs sont sous-représentées, certaines sont vécues de façon rigide, des contradictions apparaissent, des imitations sont recherchées[3]… Nos cultures évoluent au contact des autres cultures, des contacts entre personnes de culture différente, des évolutions économiques et sociales, de la mondialisation. Il est important en France de suivre ces évolutions rapides dans les zones de  fort melting pot ; ainsi des tensions difficiles à vivre se multiplient dans nos banlieues (annonce de l’intervention de JC Sommaire : comment se retrouver sur des valeurs communes pour continuer à faire société dans un monde devenu multiculturel ?).

Éclairage psychologique, psychosociologique et sociologique

Des éclairages psychologiques permettent d’analyser les tensions entre les valeurs reçues dans notre famille et celles qui nous guident, entre nos valeurs personnelles et les valeurs collectives qui nous heurtent, entre notre besoin de reconnaissance et notre capacité à assumer notre liberté et notre vocation dans un monde qui ne nous reconnaît jamais assez ! Ce travail d’introspection peut nous aider à suivre les étapes de notre apprentissage, de notre individuation et de notre rapport à ce qui nous entoure, et donc à mieux comprendre notre appropriation de diverses valeurs personnelles.

Brian Hall, dans Values shift, nous pousse à nous interroger sur sur le changement de nos valeurs au cours de notre vie, sur notre évolution personnelle, pouvant aller d’une phase où on recherche la sécurité physique et matérielle pour survivre jusqu’à la sagesse permettant d’approfondir le mystère du monde qui nous entoure et d’assumer nos interdépendances[4].

Des éclairages psychosociologiques permettent, en explicitant les attitudes, d’approfondir la façon dont une valeur est réellement vécue.

Prenons l’exemple des tensions entre tradition et modernité chez les agriculteurs de Basse Normandie en 1970 :

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Prenons aussi l’exemple des différences entre jeunes et vieux militants en France en 2009 :

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Des éclairages sociologiques des organisations permettent d’approfondir les différences de valeur entre différents acteurs et les limites du management moderne (cf. France-Télécom, mais aussi l’éducation nationale et la police qui ont les plus forts taux de suicide[5]).

De même des éclairages socioéconomiques permettent d’appréhender l’influence de la sphère économique capitaliste sur nos valeurs sociales et personnelles. Les travaux d’un sociologue anglais (Raymond Williams, Culture & Matérialisme, les prairies ordinaires) insiste sur l’influence croissante de la culture commerciale, avec l’exemple de la publicité qui devient un art officiel de la société capitaliste et une source de valeurs sociales et personnelles. Il faudrait de même analyser l’influence d’internet sur notre culture, avec par exemple dans le cas du « twitter » une montée de l’immédiateté contrariant la nécessité de distanciation, ou celle des médias, avec par exemple la nécessité de frapper toujours plus fort si on veut être entendu, au risque de perdre toute capacité à reconnaître l’essentiel dans le brouhahas.

Il faut aussi regarder les travaux sur les évolutions des valeurs [6] dans diverses sociétés, en particulier les priorités respectives données aux valeurs matérielles par rapport aux valeurs spirituelles (annonce de l’intervention de Carine Dartiguepeyrou: Evolution et changement de valeurs: que se cache-t-il derrière la crise?).

Le lien entre ces trois approches peut être fait en découvrant le lien entre notre valeur, nos valeurs et celle des autres ! Notre valeur se situe en effet à la croisée de l’intime et du social, là où se co-construisent le moi en rapport avec les autres, le « groupe social » d’appartenance et la société de notre époque. Chacun se trouve ainsi en permanence à l’interaction de ses valeurs personnelles plus ou moins appropriées et de valeurs collectives plus ou moins acceptées.

Éclairage politique

En France, notre république s’est fondée en 1789 autour de la devise liberté, égalité, fraternité, tenant compte de valeurs chrétiennes comme l’amour fraternel et de valeurs aristocratiques comme la logique de l’honneur porteuse d’une égale dignité, valeurs revisitées grâce à l’apport des « lumières ».

Ensuite la classe ouvrière a lutté pour plus de solidarité, celle-ci étant mise en œuvre par l’Etat providence [7]. Ce dernier est remis en cause du fait de sa difficulté à faire face à tous les besoins, mais aussi du montée de la défiance envers une sphère politico-administrative à l’image dégradée.

Actuellement ce sont des valeurs écologiques qui semblent privilégiées, comme par exemple le respect de la nature et de l’environnement et la lutte contre les gaspillages ; ceci conduit certains à lutter pour le respect de la nature et des animaux considérés comme équivalent à l’homme. Dans notre société à la diversité culturelle croissante, une autre valeur en hausse est la tolérance, avec le risque de cohabiter dans l’indifférence tant qu’il n’y a pas de problème qui nous gêne.

Ceci pose le problème de la force des valeurs communes de notre société face aux enjeux de la diversité culturelle et de la globalisation (renforcement de la civilité, du respect des diverses communautés, de la reliance, de la coopération  ), de l’éducation (valorisation des capacités de la personne/discipline pour apporter des repères en lien avec l’autorité), de la vie démocratique (civisme, responsabilité citoyenne), du choix à faire entre ce qu’on veut préserver ou changer (conservatisme/progressisme).

Et demain, compte tenu des difficultés de l’Etat providence, quelles valeurs citoyennes ? La sobriété sans tomber dans l’austérité pour les plus fragiles et la lutte contre les inégalités sans tomber dans l’assistanat ?

On rejoint alors le politique et les valeurs qui sous-tendent l’identité des partis politiques (en 1981, c’était pour le PS l’internationalisme, la lutte des classes et l’autogestion ! ). François Hollande parlait sur France Inter le 3 novembre d’une démocratie de la réussite basée sur le progrès et l’égalité.

En Europe, neuf valeurs ont fait l’objet d’un sondage en 2007, chaque enquêté ayant à choisir au maximum trois valeurs à préserver/renforcer, d’où le résultat suivant :

  • la paix (61%)
  • le respect de la nature et de l’environnement (50%) : pays nordiques
  • l’égalité sociale et la solidarité (37%) (valeur de gauche ?)
  • la liberté d’opinion (37%) : le Royaume uni et Pays-Bas la privilégie
  • la tolérance et l’ouverture aux autres (37%) : 60% au PB, 11% en Grèce
  • le respect de l’histoire et de ses leçons(17%)
  • le progrès et l’innovation (14%)
  • la diversité culturelle (12%)
  • l’esprit d’entreprise (10%) (valeur de droite ?)

Ceci ne suffit pas pour dire qu’il y a une culture commune européenne (mais par contre les européens se considèrent comme ceux qui ont le plus de culture dans le monde !)

Lors de son dernier discours à l’ONU, Nicolas Sarkozy prônait comme valeurs pour le monde  la paix, l’ouverture, la diversité, la justice, valeurs qui recoupent celles plébiscitées par les européens.

Éclairage philosophique et spirituel

En philosophie, une valeur est une norme de conduite personnelle ou sociale relevant de la morale, de l’éthique, de la politique, de l’esthétique…Plus intéressant, me semble-t-il, est de considérer que la valeur prend sens par rapport à la force du désir de la personne, désir qui donne sens à la vie et, en situation limite, qui pousse aux sacrifices. Ainsi, pour Ricoeur, le cheminement vers les valeurs passe par la perception dans la crise de l’intolérable, intolérable qui conduit à l’engagement, ce qui traduit une conviction.

Une critique qu’on peut faire à tout ce qui précède est de trop valoriser les approches en terme de valeur : pour certains auteurs, il s’agit d’abord de comprendre la manière dont tout un chacun se forge individuellement, à travers des expériences, des « règles du jeu » en fonction de chaque situation ou de chaque enjeu (éthicité).

Un des outils intéressants est l’approche dialectique pour expliciter les conflits de valeur et essayer de les dépasser :

  • liberté qui nuit à la liberté de l’autre, d’où appel à la responsabilité (exemple du tabac, des accidents de la route de celui qui roule trop vite ou après avoir bu)
  • égalité dans tous les domaines, d’où rappel de l’équité (exemple de l’avantage du départ anticipé à la retraite des mères de famille revendiqué par des pères)
  • fraternité et solidarité qui conduisent à l’assistance si l’assisté ne cherche pas à s’en sortir s’il le peut (exemple du RMI), d’où importance d’un partenariat actif des deux cotés.

Divers auteurs insistent sur la confusion, voire l’anarchie des valeurs, et donc sur le risque de relativisme, chacun faisant son marché parmi les valeurs qui l’arrange (annonce de l’intervention de Paul Valadier consacrée à spiritualités chrétiennes et valeurs). D’où la proposition de reconnaître autrui comme valeur des valeurs et la relation humaine comme nœud de notre humanité, avec comme conséquence la reconnaissance de la dignité de tout homme et de tous les hommes.

Dans nos sociétés européennes, l’éthique, l’esthétique et la morale se sont largement émancipées des spiritualités et des religions qui sont de plus en plus reléguées dans la sphère privée ; elles semblent d’ailleurs ne plus guère garder d’autorité que sur quelques questions de morale sexuelle et familiale et de doctrine sociale, et ce pour une part vieillissante de la population. Nous croyons à  Démocratie&Spiritualité que la politique et la spiritualité ont chacune une place à tenir dans la vaste quête d’identité de notre postmodernité, mais que démocratie et spiritualité ne peuvent prendre toute la mesure de leur propre rôle qu’en commençant par se reconnaître dans leurs valeurs respectives.

En conclusion, trois messages

Il est d’abord utile d’approfondir les valeurs auxquelles nous tenons, de voir comment elles évoluent et de rechercher les contradictions qui subsistent entre certaines de nos valeurs et la façon dont nous vivons, contradictions qui sont source de malaise quand nous percevons nos incohérences. C’est une façon de parvenir à plus de sagesse.

Il est ensuite important, à travers diverses formes de dialogue, de s’ouvrir aux valeurs vécues par les autres, de reconsidérer nos valeurs sous cet éclairage et de chercher les valeurs qui favorisent le vivre ensemble. Ceci aidera à dépasser l’ethnocentrisme et le sentiment de supériorité de trop d’occidentaux et aussi, espérons le, à une meilleure compréhension de ceux qui ne partagent pas nos valeurs. Phase plus difficile, nécessitant de vivre et agir ensemble et de disposer de l’énergie nécessaire, ce peut permettre l’élaboration de valeurs communes.

Les interactions entre valeurs personnelles et valeurs collectives conduisent enfin à approfondir les interactions de nos transformations personnelles et collectives. Dans le cadre d’une recherche de la qualité démocratique, D&S, avec d’autres associations, essaie de promouvoir un pacte civique[8]. Comment arriver à plus de cohérence entre ce qu’on croit, ce qu’on dit et ce qu’on fait à travers à la fois des engagements personnels, des engagements collectifs et des engagements de l’Etat ? (annonce de l’intervention de JB de Foucauld consacrée au pacte civique et aux valeurs qui le sous-tendent).

[1] Aux USA, on ne retrouve pas notre fraternité. On y invente de nouvelles valeurs comme ecority  : La capacité, les compétences et l’influence personnelle, organisationnelle ou conceptuelle pour permettre aux gens de prendre le pouvoir de l’ordre de la création du monde et de renforcer sa beauté et l’équilibre grâce à la technologie de création de façon à avoir une influence dans le monde.
[2] L’honneur français est différent de l’honneur corse et sa vendetta. Et du « ne pas perdre la face » asiatique.
[3] Il est intéressant de voir l’Union Africaine proposer, comme un de ses quatre piliers stratégiques, des valeurs partagées comme la démocratie, la responsabilité, la transparence. Et derrière cela ?
[4] Phases intermédiaires : la confrontation à la famille et aux institutions pour s’insérer, l’affirmation de sa vocation pour s’autonomiser.
[5] On retrouve à la fois des éléments culturels déjà évoqués (compétitivité/service public, logique du contrat/logique de l’honneur, travail bien fait/travail qui rapporte), des problèmes d’organisation du travail (primauté à l’individu/l’équipe du fait qu’on privilégie la mobilité individuelle, l’évaluation individuelle…), des problèmes de classe (coupure entre des élites technocratiques et des employés considérés comme des inférieurs), des éléments anthropologiques comme, à travers la diminution de la solidarité et de la confiance, la remise en cause du lien à autrui qui touche notre propre humanité.
[6] En France, entre 1981 et 2008, l’égalité (considérée comme priorité par 32% en 1981 et par 57% en 2008) est passée devant la liberté (considérée comme priorité par 52% en 1981 et par 40% en 2008).
[7] La défaite de 40 semble avoir amorcé la montée d’une société de défiance vis à vis de l’Etat, d’où un risque d’autodestruction de notre modèle social (Cf. les travaux de Y Algan et P Cahuc au CEPREMAP).
[8] Ceci nécessite des responsables politiques ayant de la vision, le sens du service et de l’exemplarité, de l’humilité et des citoyens prêts à plus de sobriété, condition de la justice entre les personnes et avec la planète et à plus de créativité, de reliance et de coopération pour donner sens au développement/épanouissement de nos vies et de nos sociétés. Il s’agit pour pour la société, à travers chacun de ses membres, d’intérioriser ses valeurs, d’en vivre et d’essayer de les partager.

Jean-Claude Devèze, ingénieur, secrétaire de D&S

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