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Les élections municipales bousculées par la pandémie

« On le voit maintenant : l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique, c’est à dire un homme qui peut prétendre à la « vocation politique ». »

(Max Weber, Le savant et le politique)

AVERTISSEMENT ET PROPOS INTRODUCTIF

Cette Lettre 169 de D&S avait initialement pour objet principal les élections municipales : que peut apporter concrètement la problématique de la relation entre démocratie et spiritualité pour la gestion des futurs maires ? Nous avions demandé à notre ami Jo Spiegel d’en rédiger l’éditorial, que vous trouverez ci-après.

C’était aussi l’occasion d’interroger, en évoquant les responsabilités municipales, la question de l’environnement spirituel des personnes en situation de responsabilité, pour laquelle nous lançons dans ce numéro, un questionnaire auquel nous vous invitons à répondre, nombreux, et que vous pouvez proposer aux personnes de votre entourage qui peuvent être intéressées.

C’est cette conjonction des thèmes qui nous avait conduits à mettre en exergue la citation de Max Weber sur l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction, dont on voit que, contrairement à une idée trop souvent reçue, notamment chez les politiques, il ne les opposait pas.

Evidemment, la pandémie du coronavirus, le report du deuxième tour des élections et surtout le confinement général changent complètement la donne. A cet effet, nous organiserons sur la crise sanitaire le jeudi 2 avril à 18 h une conviviale téléphonique, sur inscription préalable (http://www.democratieetspiritualite.org/contactez-nous/) et nous pourrons lui consacrer la Lettre 170. Mais vous trouverez d’ores et déjà quelques réflexions dans celle-ci, puisque tout se tient.

Que dire, à ce stade (27 mars), dans une situation très rapidement évolutive ?

Le Pacte civique, dont D&S est une des trois organisations fondatrices, plaide depuis plusieurs années pour cultiver la sobriété à tous les étages, une sobriété qui doit être créative, juste et fraternelle. Nous y voilà, mais peut-être de la pire des façons.

Ce n’est pas une sobriété choisie, comme une option pour mieux vivre ensemble, mais une sobriété imposée par les circonstances et par la stratégie gouvernementale, sans que le citoyen ait pu être consulté, vu l’urgence et la rapidité de progression du virus. Créative ? Il le semble, grâce à internet notamment, qui permet de maintenir la relation malgré tout, mais qui ne pourra pas compenser la limitation drastique du droit d’aller et venir. Juste ? C’est la même pour tout le monde en apparence, mais elle est évidemment beaucoup plus dure à supporter pour ceux qui vivent à plusieurs dans de petits appartements, qui n’ont pas de résidences secondaires à leur disposition, qui risquent de voir leur revenu baisser ou leur emploi disparaître, sont déjà en situation de fragilité ou de handicap, quelles que soient les mesures de compensation prises par le gouvernement. Fraternelle ? Cette nouvelle sobriété peut l’être, mais de façon si paradoxale : être fraternel, c’est actuellement se distancer de l’autre ; sauver le collectif, c’est se confiner chez soi ; pour préserver la vie, il faut se priver de ce qui fait le sel de la vie ; impossible même de rendre visite aux personnes hébergées dans les institutions, qui ne sont pas toujours en état de comprendre et peuvent se sentir abandonnées.

Comment allons-nous vivre cette épreuve, comment en sortirons-nous, voilà l’enjeu immédiat, pour lequel rien n’est joué.

La démocratie a une drôle de figure, figure : certes, elle ne se porte jamais très bien en temps de guerre, mais l’abus de la métaphore guerrière est lui-même suspect, car nous ne faisons pas face à un ennemi, humain, mais à un virus, qui appelle au contraire à renforcer les coopérations. Et pourtant, il n’y a pas d’autres solutions que de respecter les règles, de faire preuve de civisme, et de faire confiance, tout en exigeant la plus grande transparence des informations, un libre débat, et une évaluation en continu de la stratégie suivie.

Quant à la spiritualité, entendue au sens large du terme, elle va être au cœur du problème. Car, en cette période de Pâques pour les chrétiens, de fête de Pessah pour les juifs, et bientôt de Ramadan pour les musulmans, c’est une sorte d’exercice spirituel en vraie grandeur, de retraite quasi-monacale, qui est imposé à la société confinée et ainsi mise à la diète, sans y avoir été nullement préparée et au moment où les rassemblements sont limités, voire interdits, y compris pour les obsèques : nous allons disposer pour plusieurs semaines de plus de temps à domicile, et devrons vivre à plein temps avec notre solitude ou avec notre entourage, c’est selon. Ce peut être très enrichissant, ce peut être aussi source de conflit, de maltraitance, de névrose. La manière dont notre intériorité ainsi sollicitée répondra aux limitations de l’extériorité sera déterminante. En cela, nous avons à nous aider les uns les autres dans un esprit de communion dans l’épreuve : à développer la tolérance et la compréhension, à maîtriser notre violence, à faire preuve d’empathie, à cultiver l’attention à l’autre, particulièrement celles et ceux qui sont seul(e)s, malades ou en situation de fragilité. A remplacer l’impossible croissance extérieure du moment par une sorte de développement intérieur, rattrapant ainsi un décalage qui ne s’est que trop installé dans nos consciences et dans la société.

Marion Muller-Colard, amie de Jo Spiegel, pousse l’idée de la mise en place d’un numéro vert qui serait ouvert aux personnes qui se posent des questions d’ordre existentiel, spirituel, ou religieux, et qui auraient besoin d’en parler avec un interlocuteur de premier rang, lequel pourrait ensuite les aiguiller, si besoin, vers une personne plus spécialisée dans le type de question posée. Cette initiative doit-elle venir de la société civile, ou émaner des pouvoirs publics (au titre de la nécessité d’organiser une présence spirituelle, dans les lieux fermés que sont devenues nos habitations, prévue par la loi de 1905) ? Il nous parait en tous cas hautement souhaitable qu’elle soit rapidement mise en œuvre.

Jean-Baptiste de Foucauld et Daniel Lenoir

 

EDITORIAL

 

« C’est à ce moment que j’ai fait une rencontre décisive, tout près de l’endroit où j’ai pris l’habitude de me ressourcer, sur la colline de Mazille, dans le Clunisois.

Cette rencontre est celle de l’association Démocratie et Spiritualité, présidée par Jean- Baptiste de Foucauld. Ce fut la révélation… la question démocratique prenait pour moi une dimension nouvelle : celle de l’exigence, de la transformation, du sens. En d‘autres termes, la démocratie-construction qui inspire l’écosystème démocratique mis en œuvre à Kingersheim fera appel à l’intériorité, au grandissement personnel et collectif ».

 

Cet extrait du livre de Jo Spiegel à paraître prochainement (Nous avons de décidé de décider ensemble) veut témoigner de la force de l’intuition initiale de D&S dans la transformation du regard sur la politique, du rapport au pouvoir, du changement de pratiques.

La démocratie-construction invite à solliciter le meilleur de soi dans la co-construction du commun, dans la coproduction de l’intérêt général, dans l’émergence de l’intelligence collective. C’est le sens d‘une démocratie habitée, continue, édifiante et donc transformatrice.

Au moment où je tourne la page de mon engagement politique et au moment où les Français choisissent leurs équipes municipales (dans les conditions épouvantables de la pandémie du coronavirus) je peux partager des convictions qui ont mûri et grandi à l’aune de D&S. Partout où je peux témoigner de la transition démocratique, écologique et sociale, je plaide pour quelques-unes des considérations qui me paraissent dorénavant essentielles :

 

–          Le territoire, avant d’être un pouvoir à conquérir, doit être considéré comme un espace à transformer et plus encore comme un lieu « d’excellence humaine » (Hannah Arendt).

–          Il n’y a pas de transformation en profondeur sans transformation collective ET personnelle.

–          Il ne peut y avoir de Pacte écologique sans Pacte Civique qui invite au sens, à la sobriété, à la justice, à la Fraternité : « je fais, tu fais, nous faisons ».

–          Il nous faut approfondir ce qui est de l’ordre du commun, de la limite, de la transcendance dans tout processus de décision.

–          C’est par l’humilité que nous sauverons le monde, ici et maintenant. Et cette humilité doit interroger d’abord le rapport au pouvoir.

Suis-je dans l’ego ou dans le service ? Suis-je dans Éros ou Thanatos ? Suis-je dans la pesanteur ou dans la grâce ? Est-ce que je suis les traces de Trump ou de Mandela ?……

–          Jamais à l’avenir le rôle de l’élu n’aura autant d’importance et jamais il lui sera tant nécessaire de le changer. Avant d’affirmer une sensibilité, il lui faudra tirer vers l’avant et vers le haut. Avant d’être décideur, il sera l’animateur du processus de décision. Autant que pourvoyeur d’équipements et de services publics, il sera un catalyseur du pouvoir d’agir citoyen …

 

Il s’agit là de quelques éléments d’un vrai retournement de sens et d’engagement, au service du « pouvoir de vivre » de tous !

Voilà pourquoi D&S doit continuer à inspirer, à semer, à provoquer.

Nous ne sommes pas nombreux. Notre force, nous la tirons de l‘audace. Elle est de l’ordre spirituel et donc politiquement contre-intuitive, profondément subversive, mais tellement essentielle.

 

Cette audace invite à la fois à résister à l’histoire telle qu’elle avance, à rêver un autre monde et à nous engager en vérité dans la radicalité du possible.

Face à la marchandisation des consciences, au consumérisme prégnant, au matérialisme dominant, aux inégalités insupportables, je ne suis pas loin de penser que la première des révoltes est intérieure et que la première des résistances est spirituelle.

Le partager est notre combat.

Jo Spiegel, Maire de Kingersheim

A propos Régis Moreira

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