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L’exclusion saisie par l’esperluette

L’exclusion saisie par l’esperluette

 

Des rapports entre la pauvreté, la religion, et la politique, tout a été dit, ou presque. Mais tel n’était pas le thème de la dernière conviviale de D&S où nous avons poursuivi notre « quête de l’esperluette » sur la question de l’exclusion, à la lumière de la crise de la Covid. Car il ne faut pas confondre les mots et les notions qu’ils cherchent à désigner, même si, bien sûr, elles ne sont pas sans rapport les unes avec les autres.

L’exclusion n’est pas la pauvreté[1] : certes la pauvreté souvent exclut et d’être exclu peut aussi être cause de pauvreté ; mais on peut aussi être pauvre sans être exclu, et être exclu sans être pauvre. L’exclusion est rupture du lien social et pas seulement économique ; elle est mise à l’écart, souvent inconsciente, mais d’autant plus violente, par la société des humains.

Il ne faut pas confondre non plus religion et spiritualité. Certes les religions sont, pour beaucoup, le support de leur spiritualité ; mais on peut aussi vivre sa spiritualité sans religion, sans évoquer tous les religieux dont les actes, ou parfois même l’inaction, font douter de la profondeur de leur spiritualité. De tous temps, les religions ont entretenu un rapport ambivalent avec la pauvreté : voyant dans la prise en charge des pauvres une obligation morale de charité, ou même de pitié (du moins pour ceux qui ne relèvent pas de la potence[2]) ; mais voyant aussi dans la pauvreté un chemin de spiritualité, voire une forme de spiritualité, conduisant certains à en faire vœu. Sur l’exclusion, la spiritualité invite plutôt à la fraternité sur le premier versant, et à la frugalité, sur le second.

Prenant le relais de la charité enfin, les politiques publiques de lutte contre la pauvreté se sont appuyées sur les deux sources du solidarisme, promues par les républicains : d’un côté l’assurance sociale, et sa généralisation avec la Sécurité sociale ; de l’autre l’assistance, et son prolongement dans l’insertion et l’accompagnement des personnes (qui ont conduit à la création du RMI puis du RSA). Avec aujourd’hui les débats académiques et politiques[3] sur l’efficacité de ce que d’aucuns considèrent comme un « pognon de dingue » affecté à ces politiques. La question de l’exclusion nous oblige, là aussi, à dépasser cette dialectique entre l’économique et le social, pour les repenser, comme l’ont proposé tant le Collectif Alerte que le Pacte du pouvoir de vivre ; non pour leur apporter « un supplément d’âme », mais pour les féconder aussi par un engagement personnel et citoyen ; pour que la participation démocratique et l’écoute fraternelle permettent de retisser le lien qui a été rompu.

 

Daniel Lenoir, Président de D&S

 

[1] Serge Paugam (dir), L’exclusion, l’état des savoirs, La découverte, 1996

[2] Bronislaw Geremek, La potence ou la pitié – L’Europe et les pauvres du Moyen-Age à nos jours », Gallimard, 1987

[3] Esther Duflo, Expérience, science et lutte contre la pauvreté, Collège de France, Fayard, 2009

A propos Régis Moreira

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