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Ci-Gît L’Amer – Cynthia Fleury

Note de lecture de Monika Sander parue dans la Lettre D&S n°177  Décembre 2020 à propos du livre de Cynthia Fleury : Ci-gît l’amer. Guérir du ressentiment. Essai. Gallimard 2020

Après une longue hésitation, je vais tout de même essayer de partager avec vous mes impressions de lecture du dernier ouvrage de Cynthia Fleury. N’ayant lu ni Freud, ni Lacan, ni Frantz Fanon, ni Winnicott, encore moins Canguilhem, Laing, La Borde, Honeth et j’en passe, juste un peu Montaigne, Adorno, Hegel ou Hannah Arendt, la question se pose : qui suis-je pour parler d’un livre aussi fouillé et savant ?

Si je m’accroche c’est que je trouve son idée de lutter contre le ressentiment qui pourrit la vie de quiconque qui s’y laisse entrainer tout à fait louable. C’est une force négative – la force des faibles, un déni de responsabilité ? – une mauvaise passion touchant les personnes comme les groupes sociaux ; le ressentiment se veut moral, alors qu’il en est une dénaturation, et il empêche l’action individuellement, il rend faible. Cela fait le jeu des fascismes qui fonctionnent autour de la vengeance du faible par l’identification au fort (cf. Wilhelm Reich), par l’illusion de la pureté. « L’homme du ressentiment est un « moi » inexistant très infantile » dit-elle page 218, presque colonisé. Oui mais l’individu humilié, non intégré (le migrant par exemple), seul face aux déterminisme sociaux, culturels ou économiques aura du mal à lutter contre le ressentiment.

L’auteur décrit les méandres du chemin pour en sortir au plan individuel et collectif. Le jeu de mots avec « ci-gît la mère » a un côté agaçant même s’il peut trouver éventuellement sa justification individuellement, mais est-il indispensable de passer par une cure analytique pour guérir ? La faculté de l’oubli peut être aidant – sans même passer par le pardon – , la créativité, l’art, l’écriture sous toutes ses formes. Prendre les choses en main, être responsable de sa vie, « élaborer une vérité dynamique, existentialiste et humaniste », la vie créative comme antidote. Quitter l’image de ce que l’on a cru être et se mettre à l’ouvrage.

Pour tout vous dire, je me suis régalée en lisant ce texte difficile, par bribes, en fonction de mes disponibilités. Privilège de l’âge, combien de fois ne me suis-je pas dit : « ah oui, c’est vrai », ou « je me souviens », l’essai dépeint la vie comme elle va – inutile de disposer d’une thèse de doctorat pour le comprendre. C’est dense et rude mais non culpabilisant, tout dépend de l’état d’esprit du lecteur ; il y  a un temps pour la poésie de Rilke, un temps pour les enjeux de la démocratie, un temps pour la joie et l’amour. Un temps pour sortir du ressentiment !

 

A propos Régis Moreira

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