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6L198 – Catholique de naissance appelé à « naître de nouveau ». par Bernard GINISTY

Catholique de naissance appelé à « naître de nouveau ».
Chronique de Bernard Ginisty du 17 mai 2023

J’ai été élevé dans le catholicisme, au sein d’une famille croyante et j’ai vécu quelques années dans une communauté religieuse laïque d’enseignants. En mai 1968, j’ai connu, comme tant d’autres, un effondrement de mes
constructions religieuses. Ce furent alors des années de quête, avec des moments parfois difficiles, et l’abandon de cette religion familiale. Jusqu’au jour où j’ai vécu ce que l’on peut appeler, en langage traditionnel, une conversion. J’ai alors découvert que si le mot évangile a un sens, ce ne peut être que celui de « bonne nouvelle » : un événement nouveau, d’inattendu, radicalement « bon » et non quelque chose de rabâché. Je me suis alors aperçu que certaines formes d’éducation religieuse peuvent être le pire obstacle à ce qu’il y ait « bonne nouvelle », en contribuant à éviter à chacun de faire l’expérience personnelle de ce qu’il croit. Les religions me sont apparues comme des langues – et il faut bien des langues maternelles – et la spiritualité comme l’épreuve personnelle de ce qu’on est et de ce qu’on croit. Aucune éducation, aucune appartenance, aucun hasard de naissance ne saurait nous dispenser de cette épreuve sans laquelle on ne fait que rester prisonnier d’un destin. Comme le remarque avec beaucoup de justesse Paul Ricœur, on ne comprend le monde qu’à partir d’une langue maternelle : « Je suis très étranger à la notion d’un comparatisme, qui prétendrait se fonder sur une quelconque neutralité confessionnelle. On ne rencontre le langage que de l’intérieur d’une langue. Pour la plupart, nous sommes enracinés dans une « langue maternelle » ; au mieux, nous avons appris une autre « langue » ; mais comme on apprend une langue, c’est-à-dire à partir d’une langue maternelle et par des traductions. Il en est de même de la compréhension d’une religion qui s’effectue toujours à partir d’une « religion
de l’intérieur » – qui n’est pas nécessairement la relation d’un croyant à sa confession » (1).
Je comprends le Christ, non comme un fondateur d’une religion, mais comme celui qui nous invite à interroger radicalement toutes nos religions de naissance dans une aventure personnelle. A ceux qui veulent l’enfermer dans la
descendance abrahamique, il répond : « Avant qu’Abraham fut, je suis » (2). Une certaine théologie voit dans ce propos la revendication d’un statut divin. Mais tout homme doit un jour prononcer cette phrase par laquelle il ne se réduit pas à sa généalogie et reconnaît le don de sa filiation divine. Pierre Pierrard, qui fut professeur d’histoire à l’institut catholique de Paris, écrit : « Actuellement, beaucoup de chrétiens souscriraient à la réflexion du Pasteur Tommy Fallot, fondateur du Christianisme Social : Dieu seul est laïque ; hélas l’homme souffre de maladies religieuses cléricalement transmissibles » (3) Tous les mystiques l’attestent, Dieu se situe au-delà des langues qui l’expriment et des sentiments des croyants qui le vénèrent. Cette distance ne signifie pas qu’il faille jeter aux
magasins des accessoires démodés l’héritage des religions, mais les accueillir dans la libre discussion de l’espace public.

L’Église catholique a trop souvent succombé à la tentation de s’identifier avec le « Royaume de Dieu ». Or elle est une institution provisoire et pérégrinante en marche vers la réalité eschatologique du « Royaume de Dieu ».
De l’oublier conduit à enfermer la pensée dans un dogme qui n’est plus un moteur de recherche mais une clôture intellectuelle, une morale qui juge au lieu d’interroger et à promouvoir un appareil clérical. Chaque page de l’Évangile
invite à faire naître des « sujets », c’est-à-dire des « fils » et des « frères », et non des adhérents moutonniers demandant à une institution d’assumer à leur place leur responsabilité. C’est l’invitation à la « seconde naissance ». A ceux pour qui la filiation abrahamique constituait en soi une justification, il ne cesse de rappeler que le donné de l’histoire ou de la géographie ne saurait constituer un privilège : « Ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : « nous avons pour père Abraham ». Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham » (4).
La quête spirituelle c’est pouvoir commencer à chaque instant comme l’écrit avec beaucoup de justesse le jésuite et psychanalyste Denis Vasse : « Si nous croyons que, dans une origine chronologique, l’homme a d’abord été fabriqué, puis qu’il s’est secondairement amélioré, jusqu’à ce qu’il arrive enfin à un résultat de produit fini, nous nous trompons tout à fait (…) Vivre, c’est être suscité à la vie à tous moments : naître et ressusciter sont le même acte de
Dieu » (5). C’est un thème majeur dans la pensée de Maître Eckhart : la seule façon d’