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9L199 : Job ou le problème du mal – Un éloge de l’absurde d’Alain Houziaux par Monika Sander

Job ou le problème du mal – Un éloge de l’absurde

Alain Houziaux – Ed.du Cerf – 2020
En 1984, le philosophe allemand Hans Jonas publie un texte : « Le concept de Dieu après Auschwitz ». Il cherche une réponse à la question : quel dieu a pu laisser faire cela ? Jonas développe l’idée de la responsabilité de l’homme, si l’homme est responsable de ses actions, il est aussi responsable de Dieu. Il faut aider Dieu, disait Etty Hillesum, enfermée dans un camp de concentration.
Pour Alain Houziaux, le mal fait partie d’un problème plus global, celui de l’absurde. Dieu retire à Job tout ce qui faisait sa vie, et cela sans raison apparente, de manière insensée. Furieux, Job ose s’attaquer à Dieu, il proteste, il ne comprend pas, l’épreuve que Dieu lui inflige est un scandale pour lui. Job se fait justicier, tout est ligué contre lui, le monde, les autres, Dieu. Il n’a pas mérité cela, il n’est pas coupable, cela l’angoisse au point de trouver toute l’existence minée par l’absence de ce Dieu auquel il faisait confiance. Dieu répond en bon pédagogue et montre à Job le réel dans son absurdité, le Dieu de la rétribution est une illusion, c’est à Job seul de trouver sa « juste » position face à Dieu.
Peut-on définir Dieu ? L'auteur fait un long détour à travers l’histoire pour montrer l’évolution dans la  compréhension du divin. Il en arrive au concept de la Nécessité, issue de la philosophie grecque, elle permet de voir Dieu à la fois comme une Sagesse et une Puissance ordonnatrice et comme le Yahve des tempêtes et du Chaos (p.171), et même de dire que Dieu se fait nécessité (Spinoza, Simone Weil). « Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité » est une phrase attribuée à Démocrite, mort en 370 av. J.C. en Grèce. Si le concept de la Nécessité n’a à priori rien de biblique, il est par la suite nommé (ou transformé en) Logos dans le prologue de l’évangile de Jean.
Le Dieu de Sagesse est évoqué dans le livre de la Sagesse qui fait partie des livres sapientiaux de l’Ancien Testament.
Dieu ouvre les yeux de Job sur le monde réel par-delà du bien et du mal, lui offre une échappée vers la vérité, vers la lumière qui dépasse les catéchismes éthiques, les promesses invraisemblables, une morale stérile. Elle l’oriente vers une vie toujours recommencée. Et Job consent à ce monde chaotique et rude car c’est dans l’ordre de choses. Il change de perspective, oublie son égo et créé son propre chemin avec ce Dieu de « l’Absurde, du Hasard et du Pour rien ». Il ne pose plus de questions mais consacre son énergie à vivre sa vie « pour rien ». Voir le réel, c’est voir Dieu dans le
monde. Ce Deus absconditus 1 qui nous accompagne nuit et jour en silence dans l’aventure dangereuse de la vie.
Alain Houziaux est pasteur dans l’église protestante unie, il relie ce texte à la radicalité de la Sola gratia qui transfigure le monde. Par grâce signifie « pour rien », la vie nous est donné gratuitement, pour rien.
Magnifique réflexion sur la compréhension de Dieu dans le monde actuel.

1 « Vraiment tu es un Dieu caché ». (Is 45, 15)

Monika Wonneberger-Sander, mai 2023

A propos Régis Moreira

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