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2L203: Braromètre de la fraternité par Daniel Lenoir

Fraternité, j’écris ton nom

La fraternité, troisième valeur de la République, parfois appelée « adelphité » pour intégrer aussi la sororité, est aussi une des valeurs fondamentales de notre association : c’est elle qui nous avait d’ailleurs conduit à créer, il y a douze ans (avec La Vie Nouvelle et Poursuivre), le Pacte civique qui a vocation à développer concrètement des initiatives solidaires et dont la fraternité est, avec la sobriété, la justice et la créativité, l’une des valeurs cardinales. Avec le Laboratoire de la fraternité, nous avions même décidé de nous engager pour faire du 16 mai, Journée internationale du vivre ensemble dans la paix (Jivep), une journée nationale de la fraternité.

Depuis trois ans maintenant, le 4 février est devenu la journée internationale de la Fraternité humaine ; une décision des Nations Unies prise en pleine crise Covid qui vise à « faire face aux actes qui incitent à la haine religieuse et qui menacent ainsi l’esprit de tolérance et le respect de la diversité » et fait suite à la rencontre, le 4 février 2019, à Abou Dhabi entre le pape François et le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed el-Tayeb et à leur déclaration commune « La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune ». On aimerait que l’actualité d’aujourd’hui, nationale comme internationale, soit en résonance avec ces paroles prophétiques.

C’est donc désormais le 4 février que nous célébrons la fraternité, ce qui ne nous empêchera pas de célébrer le 16 mai « le vivre ensemble dans la paix ». C’est aussi à l’occasion du 4 février que le Laboratoire de la fraternité sort désormais son baromètre annuel.

La cuvée de cette année permet de mesurer la cote de popularité de la troisième vertu de la devise républicaine, bonne dernière avec 9 % des répondants qui la mettent en tête par ordre d’importance (28 % pour les électeurs écolos, et seulement 6 % pour ceux de Renaissance), derrière la Liberté, largement en tête (avec 65 % des répondants) et l’Égalité (avec 25 %), alors qu’elle devrait, au contraire, être au cœur du pacte républicain en permettant de concilier les deux autres valeurs qui jouent parfois de façon opposée.

Comme les deux autres valeurs fondamentales de la devise républicain -la Liberté et l’Égalité- la Fraternité a un caractère polysémique : c’est le génie de ces mots-valeurs, de ces idées-forces, que de faire converger sur eux de multiples aspirations, de mobiliser des énergies et même d’engager des vies humaines.

De ce point de vue, le fait que les gestes et les significations positives que recouvrent le mot fraternité voient leur cote baisser significativement dans le baromètre cette année au profit des connotations négatives ne peut que nous interpeller.  Ainsi en est-il de la diversité pointée par la déclaration onusienne et qui, pour les personnes interrogées, vient en tête des caractéristiques de la France : l’idée qu’elle « crée des problèmes, des conflits », qu’elle « génère des politiques favorisant les minorités au détriment de la majorité » ou plus globalement qu’elle « inquiète », ou encore qu’elle « nous fait perdre notre identité, nos valeurs » augmente significativement, parfois de plus de dix points par rapport aux années précédentes ; alors que diminue dans la même proportion l’idée qu’elle « est enrichissante pour les individus », qu’elle « ouvre notre société sur le monde », qu’elle « favorise la créativité » ou qu’elle est « une force pour le pays » sont en baisse.

« Il n’est pas besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer » et ceux qui comme nous veulent relever « les défis de la fraternité » pourront se rassurer en notant que près de 80 % de nos concitoyens sont prêts à « agir en faveur de la fraternité ». Mais il faudrait faire la part du « biais de désirabilité sociale » qui peut amener l’interviewé à répondre aux questions d’une manière considérée comme moralement acceptable ; et qui a conduit longtemps à sous-estimer le vote pour le RN (ex FN). De ce point de vue et comme l’épisode de la loi immigration, ce baromètre confirme l’hégémonie idéologique croissante du lepénisme et l’urgente nécessité de donner un sens concret et positif à la troisième valeur de la République.

Le levier principal d’après le baromètre, c’est l’éducation : l’éducation à la paix (31%), à l’empathie (30%), à la diversité (22%), à la confiance (17%), à la parentalité (16%) loin devant le partage de repas et les moments de convivialité (13%), l’accès au droit (12%), et plus encore l’engagement bénévole (8%), la représentation de la diversité dans les médias (8%) ou dans les structures de gouvernance (7%) ou encore la connaissance des religions (6%). Il y a encore du boulot pour Démocratie & Spiritualité.

Donner plus de place à la fraternité nécessiterait surtout de la rendre plus effective dans notre système politique, comme l’avait fait il y a bientôt cinq ans le Conseil constitutionnel en l’intégrant pour la première fois dans sa jurisprudence. On aimerait qu’il en soit de même des pouvoirs publics, notamment dans leur activité législative. Par exemple en redonnant du sens, et de la légitimité, à l’important système de solidarité que constitue la protection sociale, souvent mis en cause en raison de son poids économique.

Là aussi ce n’est pas gagné : seuls 31% des Français pensent que le gouvernement agit suffisamment pour la fraternité (moins encore que les entreprises, pour 38%).

Daniel Lenoir

 

Postscriptum « Diversité et spiritualités »

La diversité vient en tête des caractéristiques de la France (pour 85% des Français, en baisse par rapport aux 91% de 2020 et 2021) devant la liberté (68%), la générosité (65%), l’ouverture d’esprit (61%), la tolérance (60%), la solidarité (58%), le respect des différences (51%), la fraternité (49%) et l’égalité (41%). C’est surtout le cas des sans-religion (88%) mais beaucoup moins des catholiques pratiquants (70%). L’analyse des réponses sur la question de la diversité selon les références religieuses est intéressante, et fait apparaître des résultats qui contrebattent certaines idées reçues. :

  • C’est l’origine ethnique qui est évoquée en premier comme caractéristique de cette diversité par 52% des répondants mais seulement 33% pour les protestants et les musulmans, et 56% des sans religion.
  • Pour 33% des répondants c’est le milieu social, ce qui est assez stable dans le temps, notamment les musulmans (42%) mais beaucoup moins les protestants (15%).
  • Pour 31% c’est la nationalité, là aussi chiffre très stable et peu corrélé aux convictions religieuses entre les musulmans (28%) et les catholiques pratiquants (34%).
  • Pour 26% ce sont les convictions, chiffre en baisse par rapport à 2016-1020, et ce sont surtout les musulmans (35%), et beaucoup moins les protestants (16%)
  • 22% l’orientation sexuelle, chiffre en hausse régulière depuis 2016, surtout les « sans religion » (25%) et beaucoup moins les musulmans (16%) et les protestants (14%).
  • 15% le mode de vie (item nouveau) et surtout les protestants (39%) et beaucoup moins les catholiques, pratiquants et non pratiquants, (14%) et les sans-religion (15%).
  • 13% les revenus, chiffre assez stable dans le temps, surtout les musulmans (19%), et beaucoup moins les protestants (6%).
  • 12% les handicaps et la santé, surtout les catholiques pratiquants (17%) et beaucoup moins les musulmans (5%) et encore moins les protestants (2%).
  • 12% les convictions politiques chiffre stable, surtout les catholiques pratiquants (26%) et beaucoup moins les protestants (6%) et les musulmans (4%).
  • 11% le genre, surtout les musulmans (15%) plus que les autres religions (9 ou 10%).+
  • 10% le niveau d’éducation surtout pour les protestant (30%) et beaucoup moins pour les catholiques pratiquants (5%).
  • Et 9% l’âge, surtout les musulmans (18%) et beaucoup moins les catholiques (6%), notamment quand ils sont pratiquants (4%).

Sur la vision négative de la diversité :

  • 76% des français considèrent qu’elle « crée des problèmes, des conflits » (en hausse depuis 2019) : c’est surtout le cas des protestants (87%) et des catholiques (82%), notamment pratiquants (83%), et beaucoup moins des musulmans (45%).
  • 59% considèrent qu’elle « génère des politiques favorisant les minorités au détriment de la majorité » (en plus légère hausse), surtout les protestants (89%) et beaucoup moins les musulmans (42%).
  • 57% qu’elle « inquiète » (en forte hausse depuis 2019-2020)  notamment les catholiques pratiquants (70%) mais beaucoup moins là encore les musulmans (49%) et les sans religion (51%).
  • 57% également considèrent qu’elle « nous fait perdre notre identité, nos valeurs » (en plus forte hausse) notamment les protestants (70%) et les catholiques pratiquants (68%) et beaucoup moins les musulmans (38%).

Sur la vision positive de la diversité, tous les items sont en baisse

  •  67% des français pensent qu’elle « est enrichissante pour les individus » surtout pour les musulmans (85%), et beaucoup moins pour les catholiques non-pratiquants (61%).
  • 66% qu’elle « ouvre notre société sur le monde », surtout les protestants (81%) et beaucoup moins pour les catholiques, pratiquants ou non pratiquants (61%).
  • 61% qu’elle « favorise la créativité », surtout pour les protestants (81%) et les musulmans (76%), et beaucoup moins pour les catholiques pratiquants (55%) et non pratiquants (54%)
  • 55% qu’elle est « une force pour le pays » notamment pour les musulmans (83%) et les protestants (78%) et beaucoup moins pour les catholiques non-pratiquants (47%).

Pour 34 % enfin la diversité « n’existe pas (car) ce concept ne correspond pas aux valeurs de notre pays » (en forte hausse) surtout pour les protestants (54%) et les musulmans (52%) et beaucoup moins les catholiques non pratiquants (32%) et les sans religion (33%).

A propos Régis Moreira

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