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3L215: Résister… au nom de quelle utopie ? par Jean-René Brunetière

Résister… au nom de quelle utopie ?

 

Notre monde est agressé par deux phénomènes convergents :

  • L’hégémonie idéologique : le néocapitalisme a gagné la bataille idéologique, et l’impose par le pouvoir de l’argent
  • Le retour de la barbarie dans les méthodes et les modes d’action.

Nous sommes appelés à entrer en résistance, et la mère des batailles est le combat idéologique.

Paul Ricoeur montre qu’on ne peut combattre une idéologie qu’à partir d’une utopie. Au cœur d’un combat qui d’abord semblait désespéré, la Résistance a développé un rêve, par ses poètes, par le CNR, un rêve qui dessinait un avenir désirable.

« I have a dream ! ». Le combat des noirs aux Etats-Unis était nourri d’un rêve d’émancipation enraciné dans la foi et exprimé dans le chant et la danse.

Quel est notre rêve ? quels sont ses prémices ? où sont les graines ?

Je me lance, avec mes mots :

Je rêve d’un monde où aucun humain ne soit transformé en chose. On ne peut tuer un homme qu’après l’avoir transformé en chose (ou au moins en animal). Toute irruption d’empathie est un empêchement à la destruction de l’autre. Elle est même, et c’est irritant, un empêchement à l’indifférence : je ne peux plus passer devant la mendiante dans le couloir du métro sans m’arrêter et lui adresser la parole. Je rêve…

Allons plus loin : je rêve d’un monde où tout être humain soit potentiellement une occasion de rencontre. Y compris (et surtout) ceux qui n’ont rien en commun avec nous, qui éventuellement nous répugnent.

Du coup, dans ce monde rêvé, chacun a un toit, de quoi manger et d’envoyer ses enfants à l’école. La paix est à ce prix. Pour priver quelqu’un des moyens de vivre, il faut l’avoir dépouillé de son humanité. Cette exigence peut suffire à orienter notre combat quotidien.

Bien sûr, dans ce monde rêvé, il y a bien d’autres choses : la liberté, la beauté, l’amour…

Mais dans le combat, il faut choisir, et pour moi l’urgence est de rendre à l’homme son humanité. C’est mon utopie.

A propos Régis Moreira

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