Accueil > Non classé > 9L215: Sol Invictus par Monika Wonneberger-Sander

9L215: Sol Invictus par Monika Wonneberger-Sander

Sol Invictus

Le « Soleil invaincu » nous a réuni toute la journée le samedi 24 janvier 2026 ; Nous souhaitions réfléchir ensemble sur les orientations de Démocratie & Spiritualité. « Comment fédérer nos énergies avec nos partenaires, quel est le positionnement de notre association notamment eu égard aux grands débats qui traversent nos sociétés. Doit-on “prendre parti” ? Peut-on mener des actions plus concrètes au-delà des échanges intellectuels qui nous animent ?  Si oui lesquelles et avec quels moyens ? »

Sol Invictus, vraiment ? Le culte du « Soleil invaincu » apparaît au cours du IIIe siècle dans l’empire romain. C’est l’empereur romain Constantin qui fait du jour du Soleil un jour de repos avant de se convertir au christianisme sur son lit de mort ; le jour du Soleil devient alors celui de la naissance de Jésus.

Cette belle continuité historique nous a inspiré lors de nos échanges – notre Président Daniel Lenoir en précisera les conclusions.

Nous ne sommes pas jeunes, façonnés par nos expériences, nos joies et nos souffrances. Antoine Compagnon – 1966, année mirifique, 503p. Ed. Gallimard 2026 – en parle remarquablement.

Ce serait mentir de dire que j’ai lu attentivement ce texte extraordinaire – comment appeler cet essai prodigieux, mélange de culture, politique, société ? – mais j’ai parcouru ces pages avec un immense plaisir. C’est l’année de naissance de mon fils mais aussi le début de ma vie en France. A la lecture, je retrouve avec bonheur ce bouillonnement qui m’a si fortement impressionnée et marquée à l’époque.

Antoine Compagnon présente un travail tout à fait étonnant : c’est un mix de tout ce qui peut se passer dans la société d’un pays au cours d’une année. Même le chiffre 66 a une signification mirifique « symbole de compassion et de reliance, il inviterait à unir le cœur et l’esprit pour construire des relations authentiques et des environnements équilibrés » (1). On peut toujours rêver ; rappelons seulement que c’est l’année où les baby-boomers deviennent adultes, la technologie se développe, la pilule est autorisée… Alors 66 prélude à 68 ?

Ni regret, ni nostalgie, un constat positif d’un temps que j’ai vécu avec enthousiasme – évidemment sans me douter de vivre le début d’un changement d’époque ni d’en imaginer les dangers inévitables.

Quel chemin parcouru depuis. Tout bouge… sans dessiner une direction claire pour l’instant. Quel peut être le rôle de D&S, notre chère « méta association », association du deuxième niveau ?

Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises raisons pour être altruiste aujourd’hui au cœur de cet environnement trépidant, changeant, souvent violent dont les repères ont en grande partie disparus. Déjà en 1917, le sociologue Max Weber parlait du « désenchantement du monde » pour désigner le processus de recul des croyances religieuses et magiques au profit des explications scientifiques(2). Marcel Gauchet renchérit en parlant de « l’épuisement des ressources intellectuelles et spirituelles de la laïcité militante »(3).

Nous ne sommes pas désenchantés, nous voulons rendre service à la société, à l’autre, être créateurs de vie.

Levons la tête et proclamons : la vie est à nous !

De cette vie nous avons tout assumé, l’extase

Comme l’atroce. La vraie vie n’est nullement absente,

Par nous sa dignité et sa liberté passent ! (4)

Arrêtons-nous un instant pour faire silence pour écouter et contempler le monde qui nous entoure, de noter nos goûts, nos résistances et de nommer les sentiments qui nous habitent. C’est laisser une place vivante à notre vocation profonde et donnera sens à ce que nous faisons. En cheminant nous découvrirons que cela demande de l’humilité et un regard indulgent sur nos médiocrités, nos enfermements, nos peurs et nos certitudes.  Et que l’humour est une aide précieuse sur ce chemin.

Ce n’est pas l’abondance de la science mais le sens et le goût intérieur des choses qui habituellement comblent le désir de l’âme, disait Ignace de Loyola, le fondateur de la Compagnie de Jésus.

J’ai envie de suivre Jean-Baptiste de Foucauld : « Assumons que D & S est une  « méta-association » ou association du deuxième niveau qui peut apporter sa réflexion à la construction de la nouvelle société en formation ».

En réalité, l’humanité change peu, le film « Le maître du Kabuki » réalisé par Lee Sang-il en 2025 (en vost) en est la preuve. Le kabuki – théâtre japonais traditionnel – est centré sur le jeu très codifié de l’acteur et si le maquillage excessif peut surprendre, il ne cache pas les sentiments humains, bien au contraire.

Nous suivons l’histoire d’un jeune Japonais dont le père yakuza (membre d’un groupe du crime organisé) a été assassiné. Il est recueilli par une famille de célèbres acteurs du kabuki et est instruit dans cet art en même temps que le fils de famille.

Jeunesse, apprentissage, rivalité, souffrance – passage obligé pour laisser émerger l’adulte, raboté par la douleur, les échecs et les joies. Malgré les masques, on suit l’évolution des jeunes gens avec curiosité – non sans se souvenir, peut-être, de son propre parcours, le rappel de tout ce qu’il a fallu vivre pour accéder à une certaine sagesse.

Cette quête de perfection – ainsi que la réflexion sur l’importance ou non de l’héritage familial –  est sous-tendu par la recherche de transcendance – proche de la quête de spiritualité, chère à notre association car les thèmes abordés relèvent de l’humain universel … que l’on peut retrouver dans la Galerie des cinq continents (ancien pavillon des Sessions) du Louvre rouverte fin 2025 (entrée par la Porte des lions aux Tuileries). Les salles modernes, sobres, présentent des chefs-d’œuvre des cultures du monde, regroupés selon les étapes fondamentales de notre existence : « naître-mourir », « croire », « l’autorité – prestige », « jeter un sort »…

« Apprendre à connaître et respecter les autres formes d’expériences et de spiritualité que la sienne et faire de ce dialogue un support de son propre cheminement » écrit notre charte ; puis relire : « Logique de pouvoir et éthique – Des ressources spirituelles pour l’exercice des responsabilités » sur la question des rapports entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

En passant ainsi d’un monde à l’autre, d’une culture à l’autre, la curiosité en éveil, je me sentais rassurée, notre engagement et notre créativité seront capables de surmonter les crises. Vous pensez « Utopie » ? Oui mais elle est indispensable et nous autorise à sourire à la vie.

 

Monika Wonneberger-Sander,  janvier 2026

1/  Wikipédia

2/ Wikipédia

3/ Marcel GAUCHET : La religion dans la démocratie. Parcours de la laïcité Editions Gallimard Paris 1998 p. 29

4/ François Cheng : Suite Orphique ; quatrain n° 99 (Gallimard 2024

A propos Régis Moreira

Sur le même thème...

13L215 : Podcast conférence Jacques Delors

Conférence Jacques Delors  

 

En continuant votre navigation, vous acceptez que ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Plus d'infos

En poursuivant votre navigation, vous consentez nous autoriser dans le but d'analyser notre audience et d'adapter notre site internet et son contenu pour qu'il réponde à vos attentes, que nous utilisions Google Analytics, service susceptible d'installer un ou plusieurs cookies sur votre ordinateur.

Fermer