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4L218: Une infiltration et quelques questions par Monika Wonneberger-Sander

Une infiltration et quelques questions

Il fait très chaud. Mon dos me fait souffrir. Heureusement, j’ai trouvé un Uber. Mon chauffeur, Imad, d’une grande gentillesse, m’aide à marcher jusqu’à la voiture et m’accompagne à l’hôpital où je dois subir une infiltration.

J’avance difficilement avec mon déambulateur au milieu d’une foule de patients, tous venus chercher des soins dans cet hôpital de la banlieue parisienne.

À l’accueil, l’échange est un peu rude. Je peux le comprendre. La douleur, l’inquiétude et la fatigue ne rendent personne particulièrement souriant, moi la première.

Même impression avec l’aide-soignant et le manipulateur radio. Là encore, je comprends leur agacement : je souffre tellement que j’ai du mal à suivre leurs consignes.

Puis vient l’attente.

Enfin, le médecin arrive. Il sort d’un minuscule espace sans fenêtre, coincé au milieu du couloir et de l’agitation permanente. Il pratique l’infiltration. L’aiguille me paraît immense. Lorsqu’elle pénètre dans mon dos déjà douloureux, je pousse un cri. L’injection du produit provoque un second hurlement.

Épuisée, je demande à l’aide-soignant pourquoi tout le monde semble si désagréable.

Mauvaise idée.

La réponse est immédiate : ce n’est pas eux, c’est nous.

Je me surprends alors à penser à une forme de « grève camouflée ». Non pas une grève officielle, mais une lassitude qui s’exprime dans les regards, les mots et les gestes.

La climatisation fonctionne bien. C’est peut-être ce qui me permet de réfléchir plus calmement à ce que je viens de vivre.

Une jeune femme appelle les patients les uns après les autres, essayant de se faire entendre dans le brouhaha. Pour engager la conversation, je lui demande si elle est Indienne. Elle éclate de rire : « Ah non! Je suis Algérienne ! » Nous discutons alors quelques minutes de nos origines respectives. Ce bref échange suffit à faire tomber la tension.

En observant autour de moi, je comprends mieux la situation. Il est déjà tard, les salles sont pleines, les couloirs débordent de monde. Beaucoup de soignants n’ont sans doute qu’une envie : terminer leur journée.

Dans ces conditions, être constamment disponible, patient et souriant relève presque de l’exploit.

Mais cette expérience dit surtout quelque chose de plus profond. Ces femmes et ces hommes, souvent venus d’autres pays, ont choisi un métier dont la vocation est d’aider les autres. Pourtant, ils ont souvent le sentiment de ne pas être reconnus, d’être insuffisamment rémunérés, de travailler dans des conditions difficiles et de disposer de peu de perspectives d’évolution.

En discutant autour de moi, j’apprends que cette tension n’est pas propre à cet hôpital. Elle semble s’être installée un peu partout.

Alors une question demeure : comment redonner de la valeur à ces métiers indispensables ?

Les excuses ne suffisent pas. Les discours non plus.

À mon échelle, je me dis qu’une remarque n’est pas forcément une condamnation. Elle peut être une invitation au dialogue, même si celui-ci est difficile dans le tumulte d’un service hospitalier. Quelques mots échangés, une question personnelle posée avec respect, un sourire, peuvent parfois désamorcer un peu d’agressivité.

Mais est-ce suffisant ?

Faut-il présenter des excuses pour un système dont personne, ni les patients ni les soignants, n’est véritablement responsable ?

Au fond, je ne vois pas très bien ce que je peux faire, sinon essayer de rester aimable malgré la douleur.

A vos idées … ! Avant les élections…

 

Monika Wonneberger-Sander, Juillet 2026

A propos Régis Moreira

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