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2L219: De la biodiversité comme un humanisme par Marie Odile Terrenoire

La biodiversité est partout

Il est encore temps d’agir, mais plus que temps d’agir !

Un livre de Marc-André Selosse (1)

Ce petit livre de 80 pages est un plaidoyer pour la biodiversité (2). Il m’a convaincue de changer un petit peu mon alimentation, ce que je n’avais pas encore fait…

Agir pour la biodiversité, ce n’est pas uniquement la préservation des grandes espèces en voie de disparition comme les gorilles ; ce n’est pas non plus se contenter de protéger les beautés naturelles comme les récifs coralliens, niches écologiques pour de nombreuses espèces, ou même lutter contre la destruction des forêts équatoriales car la biodiversité est partout, comme nous le démontre Marc-André Selosse.

L’essentiel de la biodiversité n’est pas visible. 

Ainsi, ces minuscules organismes variés que l’on nomme microbes forment l’essentiel du vivant en particulier dans l’eau et dans le sol. Un millilitre de la surface océanique abrite entre dix mille et un millions de bactéries. Dans l’océan, 98% de la masse vivante est microbienne. Ce monde microbien s’ajoute aux millions d’espèces animales et de plantes. Chaque espèce a ses propres virus. Les virus se comptent par milliards. Cette biodiversité pour Marc-André Selosse, est tout aussi importante que les tropiques et, de fait, plus proche de nous… Elle est un outil au service de notre qualité de vie et, à l’avenir, de notre survie.

Botaniste et mycologue, Marc-André Selosse explique l’interdépendance de tous les vivants, animaux, microbes, et la matière morte qui se décompose dans le sol et alimente les plantes. La biodiversité du sol est un puits de carbone contre l’effet de serre quand les méthodes agricoles la favorisent.
Notre corps peuplé de bactéries et de champignons unicellulaires est le terreau, lui aussi, de biodiversité. Et hélas, la régression de cette biodiversité dans notre corps lui-même a pour conséquence certains dysfonctionnements, et/ou déficiences immunitaires qui provoquent des maladies.

La biodiversité, c’est aussi la diversité génétique humaine et la diversité génétique de chaque espèce habitant la terre. Une grande partie de la biodiversité sauvage a été perdue pour différentes raisons dont la domestication de certains animaux, explique-t-il.

Autre trait caractéristique, la biodiversité est un mécanisme en perpétuel changement. On connaît la théorie de Charles Darwin à propos de la sélection naturelle des espèces. Les moins adaptés meurent, les autres survivent.  Chaque génération reproduit à partir des formes génétiques parentales de nouvelles combinaisons et c’est ainsi que la biodiversité se régénère de génération en génération et qu’il y a des mutations. L’accumulation de ces changements conduit parfois à former une espèce nouvelle, un nouveau processus de diversification.

La biodiversité ne se résume donc pas à une liste d’espèces. Elle est un processus qui ne se fige jamais avec des gagnants et des perdants. Quand il y a plus de perdants que de gagnants, la biodiversité baisse jusqu’au moment où l’on peut parler d’une extinction.

La paléontologie nous raconte qu’il y a eu cinq extinctions majeures pendant les derniers 600 millions d’années.

Notre période est parfois qualifiée de sixième extinction. La prise de conscience de cette tendance vient du fait de la célérité aujourd’hui observée des pertes d’espèces. C’est exact ; Il y a un danger d’extinction… 25% des espèces appartenant au groupe des animaux et des végétaux dont les populations ont été évaluées sont menacées, plus de deux mille espèces le sont en France.

En cause, toutes sortes de facteurs que Marc-André Selosse énumère (la surexploitation des sols, le changement climatique, les espèces envahissantes, etc.). La destruction des habitats est l’un des plus importants. On sait que la destruction de pans immenses de la forêt tropicale provoque la disparition de milliers d’espèces animales et végétales.  Même des espèces protégées sont d’ores et déjà condamnées par la baisse de leurs effectifs. Les tigres, par exemple, sont menacés par la consanguinité.

Autre exemple plus près de nous : se rend -on compte, à quel point l’éclairage nocturne de nos villes nuit à certaines espèces, comme les chauves-souris, qui ne se retrouvent plus la nuit ? De même, l’artificialisation des sols par l’étalement urbain est un facteur de désastre pour la diversité animale et végétale.

Le nombre d’individus par espèce diminue. On cite souvent l’époque où, après un voyage en voiture, les pare-brises étaient souillés d’insectes écrasés et gras, alors qu’aujourd’hui nos vitres restent tragiquement propres.  La baisse de la diversité génétique affecte toutes les espèces.

Quant à la pollution chimique dénoncée notamment par les écologistes, elle expliquerait d’après Selosse, 14% des destructions des espèces.  Il s’agit des pesticides, bien sûr, qui ont doublé depuis 1990, et tout autant qu’eux, de la prolifération considérable dans tout notre environnement quotidien des plastiques.

Marc-André Selosse souligne, non sans une certaine forme d’humour noir, que d’une certaine manière, la biodiversité existera toujours grâce aux générateurs de diversité qui produisent lentement, mais continument, des adaptations. Il y aura des espèces adaptées au climat réchauffé, et qui mangeront du plastique, et qui seront même résistantes aux pesticides. Celles-ci n’apparaîtront que d’ici quelques dizaines de milliers d’années… La biodiversité est un processus inextinguible qu’il n’est pas en notre pouvoir de stopper. Des descendants repeupleront le monde quelles que soient les conditions.

Il est encore temps d’agir.
L’extinction actuelle, quoique réelle, n’a rien d’original mais sa vitesse est plus rapide que les précédentes. Il y a une prise de conscience qui a conduit à la mise en place de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique pour la biodiversité et les services écosystémiques (l’IPBES), le pendant de ce qu’est le GIEC pour le climat.

Il faut passer aux actes.

Hier on craignait de payer les mesures permettant de juguler la perte de biodiversité, aujourd’hui on paie, de fait, l’inaction de ces dernières années. Nous entrons dans le temps où l’inaction coûte déjà plus que l’action. Chaque euro investi dans la transition écologique en France éviterait 3€ de dépenses ultérieures…

La préservation de la biodiversité améliore à court terme l’existence. Marc-André Selosse cite l’exemple de la réserve des Calanques où il a été décidé, au nom de la conservation d’une herbe marine (la posidonie), d’interdire le chalutage. Les prises remontées par des pêcheurs des alentours a été multipliée par trois car les réserves ensemencent le monde extérieur par les individus qui s’en échappent. Il faut puiser dans toute la diversité qui existe encore pour espérer ralentir l’extinction.

Chaque épidémie démontre qu’on arrive à trouver dans la diversité existante des sources de remèdes. Ce fut le cas quand on a réussi à trouver des vaccins contre la COVID.  Il faut des réserves, des zones en libre évolution sur 30% de la surface des terres et des eaux, précise-t-il, c’est-à-dire assez d’individus pour conserver la diversité génétique et la dynamique de leurs espèces. Au voisinage, la biodiversité peut être favorisée par des corridors qui facilitent les échanges entre individus.

Autrefois avant le remembrement, nous avions de nombreuses haies qui abritaient les oiseaux, nourrissaient les pollinisateurs, absorbaient l’eau en hiver, limitaient l’érosion et protégeaient des vents desséchants qui compliquent le manque d’eau estival. On a compris qu’il fallait en replanter.

Les mélanges d’espèces offrent des leviers d’action. Pour Marc-André Selosse, nos connaissances en biologie peuvent beaucoup aider à recréer des variétés productives et de nouvelles combinaisons qui permettraient d’abaisser la dépendance aux pesticides. C’est ce qu’il appelle la biodiversité génétique et qui peut être utile partout mais bien sûr, surtout en agriculture. L’agriculture biologique relève en moyenne la biodiversité de 30% par rapport à l’agriculture conventionnelle. Alors ? Il faudrait s’engager dans un système de protection comparable à celui que l’on a expérimenté pour le patrimoine culturel. On sait très bien, écrit Selosse, qu’on ne peut pas compenser la destruction d’une église gothique du 13ème siècle par une église moderne reproduite à l’identique. En l’occurrence, la notion de « compensation » n’existe pas, alors qu’en ce qui concerne les arbres, on dit qu’on peut détruire des arbres et compenser cette destruction en en plantant d’autres, observe-t-il. C’est faux.

Ce que Selosse montre bien, c’est que les humains ne peuvent vivre que grâce à de nombreuses espèces en interdépendance avec lui, des espèces visibles mais encore bien plus des espèces invisibles et que toute l’humanité est faite biodiversité. C’est sans doute ce qui, pour lui, justifie le titre du livre : De la biodiversité comme un humanisme.

Ce qui est agréable, je veux dire réconfortant dans ce petit livre, c’est qu’on a l’impression qu’on n’est pas impuissant sur la question de la biodiversité et que l’on peut agir localement. Je le cite page 79 : « Soigner le vivant autour de soi, est une attitude de père de famille, car le résultat est local et transmissible, à l’inverse des problèmes globaux, comme le climat, qui dépendent aussi des pratiques de nos voisins. Soigner la diversité alentour permet de la conserver localement et de la transmettre aux suivants. »

Il y a urgence chaque minute compte. (3)

Marie-Odile Terrenoire, le 22 septembre 2026

 

1/ Marc-André Selosse De la biodiversité comme un humanisme, Seuil 2026. Que l’auteur veuille bien m’excuser si parfois je n’ai pas mis entre guillemets certaines phrases qui sont littéralement de son « jus », qu’il veuille aussi m’excuser si j’ai fait des contresens. Je suis en matière de botanique une béotienne. Et qu’il soit remercié car j’ai beaucoup appris de la lecture de son livre !

2/ Marc-André Selosse commence par un paragraphe qui me touche personnellement car j’ai été victime de nuisibles : une partie de la biodiversité n’est pas bonne. Ainsi les punaises de lit, les moustiques tigre, les bactéries de la tuberculose, ou de la lèpre, les parasites des cultures ne sont pas bons pour le vivant. Et on a parfois intérêt à les éradiquer même s’il est illusoire de penser qu’on peut espérer une éradication totale. D’ailleurs, certaines espèces comme celles dont nous venons de parler peuvent avoir des rôles ambigus alliant le pire et le meilleur. Mais là n’est pas, bien sûr, le cœur de son livre.

3/ Marc-André Selosse est sévère par rapport aux reculades actuelles sur l’environnement (Green Deal européen en berne, détricotages légaux en france, et attaques contre l’OFB. , l’ANSES ou l’ADEME)

A propos Régis Moreira

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