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8L219: A mobylette par Monika Wonneberger-Sander

Billet d’humeur

A mobylette 

La recomposition du passé n’est jamais la solution.

Ulrich Siegmund a fait campagne pour les élections en Saxe-Anhalt à mobylette –  pas n’importe quelle mobylette d’ailleurs, une relique des années où la Saxe-Anhalt se trouvait derrière le mur – cela ne devrait pas faire rêver.

Qui a grandi à Berlin Ouest, comme moi, dans les années cinquante, se souvient des habitants de l’Est creusant des tunnels, sautant de la fenêtre d’un des immeubles longeant le mur au risque de se fracasser, louant un petit avion ou bondissant dans le S-Bahn à la gare de Friedrichstrasse à la toute dernière minute pour ne pas être retenus par la police de l’est (les Vopos), alors que nous les tirions vers l’intérieur.

La vie en RDA (République démocratique d’Allemagne, fondée en 1949 dans la zone d’occupation soviétique) ne leur donnait pas envie de rester et ils prenaient beaucoup de risques pour gagner l’ouest – le mur fut précisément construit pour endiguer ces fuites de plus en plus nombreuses.

Pour compléter : je pense au livre de Harald Jähner, Les années de loup : l’Allemagne et les Allemands (1945-1955), publié chez Actes Sud. Il raconte ce que fut ce pays dévasté où tout était à reconstruire : les villes, les institutions, les familles mais aussi la mémoire. C’était une époque de débrouille, de courage, de pauvreté et de risques considérables ; cette génération n’avait pas le choix : il fallait remonter les manches.

Il est facile de rêver de liberté mais la liberté a un prix. Dans un pays libre il faut se battre pour tout, alors dans ce pays socialiste, la RDA, la vie quotidienne était réglée comme du papier à musique, les places en crèche et à l’école réservées d’office, le logement attribué … mais il fallait attendre des années pour obtenir une voiture de fabrication locale et la surveillance était omniprésente.

Actuellement, nous entrons dans l’ère de l’Anthropocène, une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques. C’est l’âge des humains ! Celui d’un désordre planétaire inédit, peut-on lire sur le site https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert.

Cela est aussi passionnant que dangereux, l’envie de se réfugier dans un passé rêvé peut être tentante.

Alors, haro sur notre vulnérabilité, pas de nostalgie, de la mémoire. Pas de peur, du courage. Pas de répétition du passé, mais la capacité de faire place à l’imprévu et aimer cet avenir qui s’annonce. Soyons attentifs aux signes des temps, avec énergie et réalisme.

J’apprécie la phrase attribuée à Saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux «. Quand on aime on n’est pas tenté de faire n’importe quoi mais on développe son sens des responsabilités. La devise de notre pays résume cela très bien en « Liberté, Égalité,  Fraternité ». Trois mots qui se répondent. La liberté sans fraternité peut devenir égoïste. L’égalité sans liberté peut devenir oppressive. La fraternité sans l’une et l’autre risque de rester un sentiment généreux mais impuissant.

Tout est dit, il suffit de se souvenir de l’époque Covid, des contraintes imposées  – et de penser au plaisir éprouvé le jour de notre liberté retrouvée.

J’ai envie de retenir deux propositions parmi beaucoup d’autres :

  • L’histoire ne fait jamais marche arrière, les sirènes qui chantent un passé idéal, embelli par les années qui passent, sont trompeuses.
  • La liberté n’est jamais définitivement acquise. Elle se reçoit, elle se construit, elle se défend. Sur un passé gardé en mémoire, se construit notre avenir – avec intelligence,  sagesse et réalisme.

Je crois que nous serons capables de choisir les dirigeants sages et généreux, capables et réalistes, délivrés de peur et de haine, dont notre pays a besoin.

 

Monika Wonneberger-Sander

 

A propos Régis Moreira

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