« Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile dansante. » (Friedrich Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra)
Qu’avons-nous à dire sur les désordres du monde ?
Vous ne trouverez pas dans cette lettre de contributions sur une actualité à bien des égards dramatique et inquiétante : ni sur la situation tragique au Moyen Orient, ni sur la guerre presque oubliée en Ukraine, ni sur toutes les autres guerres plus oubliées encore, ni sur l’exercice démocratique auquel nous avons été invités avec les municipales, ni sur celui qui se prépare avec la présidentielle, ni sur la crise écologique et ses conséquences de plus en plus massives, ni sur la sécession, la cupidité et les comportements prédateurs des ultra riches, ni sur cette pauvreté et cette exclusion multiforme qui s’accroît, ni sur la montée qui nous semble parfois inexorable d’un national-populisme contraire à nos valeurs et qui contribue largement à ces désordres …
Est-ce à dire que ces sujets ne nous intéressent pas, ne nous concernent pas, ne nous interpellent pas ? Non, bien sûr ! Notre référence à la spiritualité n’est pas celle d’une spiritualité désincarnée, celle d’une éthique qui, comme le reprochait Péguy aux kantiens “a les mains propres parce qu’elle n’a pas de main”. Au contraire et c’est ce qu’ont illustrées nos quatre dernières conviviales consacrées aux spiritualités, soufi autour de la personne d’Abd el Kader avec Karima Berger, communiste avec Valère Staraselski, juive dans ses rapports avec la démocratie avec Philippe Haddad, et enfin anarchiste chrétienne autour de la personnalité de Simone Weil avec Nathalie Sarthou-Lajus. Et nous avons consacré et nous consacrerons plusieurs de nos manifestations à certains des sujets chauds de l’actualité : la rencontre débat avec Marine Brault le 26 mars organisée avec nos autres partenaires du Pacte civique sur la transition écologique, la suivante, le 4 juin, avec Claire Hédon sur son bilan d’un mandat de six ans de Défenseure des droits, notre prochaine conviviale avec Florian Bercault le 14 avril sur la démocratie municipale ou encore l’après midi de notre assemblée générale, le 30 mai sur la résistance au national populisme en France, en Europe et à l’échelle internationale.
Pour autant l’objectif de la lettre et de D&S n’est pas de coller à l’actualité, mais de nous donner une grille commune de compréhension des événements en nous appuyant sur cette double exigence symbolisée par l’esperluette : l’inspiration spirituelle, cette dimension essentielle de l’humanité, au delà des appartenances ou obédiences, religieuses ou non, et (&) l’aspiration démocratique qui participe de l’émancipation des personnes en leur permettant de décider ensemble de leur destin. Une grille qui selon nos convictions ne nous conduit pas forcément aux mêmes conclusions sur les questions du moment, mais nous invite à opposer à la brutalisation des rapports humains un dialogue démocratique qui repose sur l’écoute réciproque et le respect de l’autre.
Notre Assemblée générale du 30 mai, qui renouvellera le Conseil d’administration, sera, je l’espère, l’occasion de réaffirmer cette vocation particulièrement nécessaire de notre association.
Daniel Lenoir, Président de D&S.
Démocratie & Spiritualité …une instance commune de réflexion invitant à l’action.