Accueil > nouvelles exigences démocratiques > 2L216: Une France plus unie qu’elle ne le croit par Emmanuel Rivière et Nicolas Prissette

2L216: Une France plus unie qu’elle ne le croit par Emmanuel Rivière et Nicolas Prissette

Une France plus unie qu’elle ne le croit

 

Avis aux déclinistes : dans La Guerre civile n’aura pas lieu*, le spécialiste de l’opinion Emmanuel Rivière et son compère journaliste Nicolas Prissette veulent « en finir avec la vision d’un pays déchiré ». Selon eux, la France est loin d’être aussi désunie que ce qui se dit. TC a rencontré Nicolas Prissette.

 

Pourquoi avoir écrit ce livre et choisi ce titre provocateur ?

Le titre fait écho aux propos d’Emmanuel Macron tenus en juin 2024 à l’approche d’élections législatives qu’il avait lui-même provoquées. Selon le président de la République, les positions des deux extrêmes en France pouvaient conduire à une guerre civile. Cette guerre civile imaginaire est d’abord une thèse majeure de l’extrême droite qui a gagné nombre d’autres partis, fonctionnant telle une prophétie autoréalisatrice. Or, empiriquement, en confrontant nos expériences respectives, Emmanuel Rivière et moi avions le sentiment que ces supposées réalités étaient très éloignées de ce que vivent les Français au quotidien, autant que de leurs aspirations. Nous avons donc voulu enquêter sur la France d’aujourd’hui en passant au crible les discours politiques, l’état du pays et les enquêtes d’opinion en démontant les clichés. Car, en inventant de faux antagonismes, non seulement on mine le moral des citoyens mais on alimente les extrêmes.

Immigration, islam, insécurité, école, écologie, «wokisme », rapport au travail… Vous traitez

des thèmes les plus clivants en expliquant que nous sommes le plus souvent victimes de biais de perception. À quoi faites-vous référence ?

Dans le débat public et politique, notre pays est toujours présenté comme fracturé, «archipélisé», au bord du précipice. Une perception cauchemardesque de la France s’est imposée à grands coups d’arguments souvent trompeurs et manipulateurs. C’est commode pour les politiques, qui peuvent s’ériger en sauveurs. Ces visions sont vendeuses pour les médias, qui peuvent faire de l’audience. Un bon «business», où les réalités qui ne cadrent pas avec ces thèses du chaos sont le plus souvent invisibilisées.

Auriez-vous quelques exemples ?

Prenons le baromètre du Cevipof sur la confiance réalisé début 2026, dans lequel il a été demandé aux citoyens de différents pays européens s’ils se sentaient « appartenir à une communauté». Les commentaires médiatiques ont insisté sur les seuls aspects négatifs. Or, si on lit correctement les résultats, on constate que les Français sont ceux qui s’identifient le moins à une «communauté» et que, quand ils le font, la communauté à laquelle ils s’attachent le plus est la « communauté nationale». Ceci ne décrit pas un « archipel» de communautés qui seraient au risque de s’affronter. Mais, sur tous les sujets, on préfère insister sur les fractures. C’est le cas notamment de l’islam, de l’immigration ou encore de l’insécurité. Ces sujets ont pris une place démesurée dans le débat public au détriment de thématiques qui restent majeures aux yeux des Français·e·s et qui affectent effectivement la cohésion nationale, telles que le pouvoir d’achat et l’accès aux soins ou au logement.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprocheront de faire de la méthode Coué en niant les problèmes ?

Il n’est pas question de peindre en rose la vie en France, mais d’être plus justes et honnêtes en partant du réel. Il fait encore bon vivre en France, alors que la majorité des Français se persuadent du contraire. Or, si les dégradations contre les biens et les incivilités ont augmenté, le nombre d’homicides a été divisé par deux en trente ans (de 3,4 à 1,6 homicides pour 100000 habitants). 38% de la population estiment toujours que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise. Ceux-ci méritent de voir leur confiance portée dans les débats. Malheureusement, les constats optimistes ou nuancés ont du mal à se frayer un chemin. Il est urgent que ceux qui partagent des valeurs humanistes, universalistes, républicaines reprennent en main le récit collectif de la France: Il nous faut collectivement changer de regard.

Pouvez-vous nous donner des illustrations de cette cohésion ?

La communion autour des JO de Paris en 2024, par exemple, ou bien le fait que 14,5 millions de Français se soient mobilisés pour rejeter le RN en juin de la même année témoignent aussi du désir d’un avenir commun et d’un socle de valeurs et de convictions opposées à ce parti. Plus généralement, si l’on ne faisait plus société, il n’y aurait pas 93% de Français se considérant intégrés dans la société française (Baromètre d’opinion de la

Drees 2023).

 

Propos recueillis par Lionel LÉVY.

* La Guerre civile n’aura pas lieu. Pour en finir avec la vision d’une France déchirée, Robert Laffont, mars 2026, 20,90 €

 

TC – N° 4144 DU 19 MARS 2026

A propos Régis Moreira

Sur le même thème...

1 L215 :Pour les échéances électorales 2027, favoriser un débat citoyen à la hauteur des enjeux par Jean Claude Devèze

Pour les échéances électorales 2027, favoriser un débat citoyen à la hauteur des enjeux Les …

 

En continuant votre navigation, vous acceptez que ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Plus d'infos

En poursuivant votre navigation, vous consentez nous autoriser dans le but d'analyser notre audience et d'adapter notre site internet et son contenu pour qu'il réponde à vos attentes, que nous utilisions Google Analytics, service susceptible d'installer un ou plusieurs cookies sur votre ordinateur.

Fermer