Appel à candidater à un atelier mixte commun à nos 2 associations (LVN/D&S)
Nous sentons depuis le lancement de chat GPT (et plus globalement depuis la multiplication des algorithmes « de conseils »), que les usages de l’IA nous emmènent vers l’inconnu. Les bouleversements générés par l’arrivée de la technologie dans nos vies sont sont d’abord complexes, et ensuite difficiles à identifier par le citoyen profane : Comment reconnaître et nommer ces IA ? Avons-nous notre mot à dire quant au principe même de leur existence, et quant à notre droit potentiel à consentir ou non à leur usage ?
Comment anticiper leurs effets sur notre liberté personnelle (droit à la déconnexion, droit au respect de la vie privée, droit au contrôle sur le développement de ces IA…) et notre liberté spirituelle (liberté de pensée, disposition à l’introspection, capacité à habiter son être autour de ce qui fait notre élan vital) ? En quoi notre vie intérieure et notre vocation à une croissance spirituelle (rapport à soi, au corps, au vivant et à l’autre) et notre capacité cognitive (réflexion, créativité) affective comme émotionnelle, sont-elles soit menacées, soit susceptibles d’être renforcées ?
Nous sommes de fait interpellés par la rapidité avec laquelle les IA s’imposent à nous dans nos organisations, avec un paradigme de la « bonne nouvelle » nécessairement bienfaitrice pour la société, alors que les cadres légaux et éthiques restent aujourd’hui trop formels, comme si nous étions face à un fait accompli non questionnable, et que nous, citoyens, nous n’avions plus qu’à prendre acte des régulations qui seront dictées à la marge a posteriori.
Cette agitation souterraine à la table de laquelle nous ne sommes pas invités nous inquiète, plus qu’elle ne nous enchante.
Les appels à projets lancés par le gouvernement appellent tous, je cite « au développement et l’adoption massive de l’IA générative dans tous les métiers et tous les secteurs économiques, au plus près de la production économique » (cf plan d’investissement France 2030).
Aussi, nous souhaiterions mettre en débat sur la place publique ce sujet : quelles sont les bonnes questions à poser en temps utile pour rester acteurs citoyens, et être force de participation, et de proposition ? Sommes-nous d’accord pour dire, d’abord que notre boussole spirituelle sans laquelle le sel de la vie est menacé a pour postulat et auto-référencement l’intelligence humaine, et dire ensuite, qu’elle doit se déployer autour de deux ressources ontologiques : celui du contact humain, et celui de notre capacité de jugement ?
Une citation d’Etienne Klein préfaçant le livre de François Euvé nous semble pouvoir être un bon postulat de départ pour nous :
« Le contact humain et la présence sont essentiels, à la fois au tissu démocratique et au sentiment d’appartenir à un monde commun. Or, nos modes d’interactions sont de plus en plus transformés par la numérisation entraînant la mise hors la vue des multiples réalités du monde jusqu’à la confiscation même de la Cité qui se trouve bouleversée, ce qui engendre de nouvelles questions d’ordre éthique, politique, sociétal… ».
Méthode de constitution du groupe et objectifs : (à rappeler)
Dans le cadre de l’atelier organisé à l’université de D&S 2025 « un numérique à visage humain » nous avons été touchées par la confiance avec laquelle les questionnements des membres de cet atelier improvisé nous ont été partagés. Ces interrogations étaient toutes marquées par une convergence d’inquiétudes du type « nous sommes envahis par ces nouveaux outils et on ne nous demande pas notre avis ».
Atelier numérique, éthique, et spiritualité
Qu’est-ce qu’un numérique à visage humain ? Partageons-nous cette angoisse existentielle engendrée par ce processus (en apparence inéluctable) de numérisation de nos vies ?
L’usage de ces « outils » risque-t-il de déshumaniser la personne ? ne contribue-t-il pas étrangement à « humaniser » la machine ?
Comment étayer ces observations dans nos expériences de vie, en qualité de personne humaine, de citoyen, de travailleur…ou comment déconstruire ce qui peut être de l’ordre de l’impression ?
Le numérique n’est-il légitime que s’il est à « visage humain » ? Cette expression n’est-elle pas un oxymore ? ou faut-il créer les conditions de son émergence ?
Thématiques proposées au rythme d’un atelier par mois (à décider et à programmer)
- Numérique et libertés (perspective historique)
- Qu’est-ce qui singularise l’intelligence humaine ? Qu’est-ce que l’humanité ? Qu’est-ce qu’être en lien avec soi, l’autre et le monde ?
- En quoi le numérique menace-t-il ma vie intérieure et ma vocation à une croissance spirituelle ?
(Exemples tirés du rapport à la lecture, écriture, information…)
- Quel est l’impact du numérique sur ma conscience subjective, l’intersubjectivité, et ma capacité cognitive ? (il faut sans doute décortiquer 3 sujets ici…) comment diagnostiquer et rendre compte de ce qui est du ressort de l’introspection intuitive et qui renvoie à notre monde subjectif ?
Sartre disait dans l’Existentialisme est un humanisme « c’est dans le monde de l’intersubjectivité que l’homme décide ce qu’il est et ce que sont les autres » page 67 coll Pensées
- Quel est l’impact du recours au numérique et de l’IAG, d’une part, sur la construction de ma conscience et conviction politique, d’autre part sur cette exigence de l’Etat de droit qu’est le développement de la vie démocratique, et enfin, quelle tension potentielle l’interaction de ces deux réalités est-elle susceptible de faire naître ?
- Le recours au numérique est-il vécu comme une source d’altération de ma liberté d’aller et de venir ?
- L’usage du numérique rend-il plus étroit le champ des possibles et de mes imaginaires ? mes désirs, mes choix, et mes besoins sont-ils respectés ?
- Ma vie pratique et intellectuelle, notamment dans mes rapports aux organisations administratives ou professionnelles est-elle bouleversée d’une part, par la dématérialisation des process, et d’autre part, par l’utilisation d’outils qui « réfléchissent » à ma place ? En quoi l’usage de ces outils affecte la qualité du service rendu dans nos démarches administratives, ou affecte le sens et ma place au travail ?
En quoi mes expériences sont-elles agréables ou désagréables, si tant est que la question se pose à ce niveau-là ?
- Comment créer les conditions pour qu’un outil technologique comme l’IAG devienne un bien commun ?
- Les mots du numérique et ses potentielles maux(vaises) représentations chez nous en tant que citoyen (mots, discours, oxymores…) : que faut-il en penser et qu’est-ce que ça nous cache ?
- Comment les autorités religieuses, et leurs membres (ou simples croyants) vivent-ils avec ces outils numériques, dans leurs rapports d’interaction, leur rapport à la transcendance, et aux cérémonies religieuses ? (témoignages au sein de l’atelier ou tierces personnes). Rappelons que « religare » signifie « se relier à ».
Comment je peux rendre compte de mon expérience subjective quant à l’usage de ces outils ?
Vous êtes intéressé.e et souhaitez apporter votre contribution ? Contactez directement Michèle Royer : michele.royer@gmail.com
Démocratie & Spiritualité …une instance commune de réflexion invitant à l’action.