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Quelles réponses politique, culturelle et spirituelle face au terrorisme ?

Soirée du 8 décembre 2015 au FORUM 104 à Paris.

La rencontre sur les réponses au terrorisme a été organisée par le Pacte civique, en coopération avec Démocratie & Spiritualité, le collectif Pouvoir d’agir et l’association Coexister, partenaire du collectif #NousSommesUnis issu des attentats du 13 novembre 2015.

Chaque trimestre, trois soirées débat sont organisées par le Pacte civique sur un thème d’actualité.

Les intervenants au débat animé par J.C. Devèze furent au nombre de quatre.

Image de Libération

Première intervention : Jean-Pierre Worms,

Il constate que la demande populaire légitime de protection était compréhensible, mais que la mise en œuvre de l’état d’urgence avait immédiatement suscité des questions en matière de la garantie des libertés publiques. Il était d’autant plus nécessaire de préserver le socle de notre démocratie, à savoir les droits des personnes. Il souligna que la violence et l’humiliation fabriquaient un terreau favorable à la révolte. L’une des premières mesures à prendre lui parut de travailler avec nos amis musulmans – l’ensemble de la communauté dans sa très grande diversité, pratiquants ou non – citoyens comme les autres, avec leur héritage de valeurs. Toute culture ne vit que par la rencontre avec d’autres cultures. La fabrication de l’unité nationale se constitue à partir des différents héritages que chaque culture a déjà apportés et qu’elle apportera à notre identité commune.

Deuxième intervention : Jean-Baptiste de Foucauld

Dès lors, l’exclusion sociale couplée au relativisme des valeurs a entraîné un besoin de radicalité qui a instrumentalisé l’Islam pour se venger. De la même manière, le chômage est une violence à l’égard des personnes qui, faute d’être suffisamment entendue et accompagnée, cherche à s’exprimer ailleurs. Ce qu’on voit apparaître dans tous ces parcours de terroristes, c’est :

  • Une structure familiale affaiblie (père absent) lié à un désir de famille,
  • Un manque de reconnaissance sociale joint à un besoin d’être aimé ou estimé.

La réponse passe à travers deux couples de valeurs :

  • Démocratie et spiritualité: retrouver le sens premier de la démocratie, se mobiliser pour donner du travail à chacun, ne pas se résigner. La réunion de trois types de facteurs définit une situation : Etat/marché ; capital/travail et Etat-providence. Sur ces trois points la situation française actuelle n’est pas satisfaisante (Etat trop libéral, peu de dialogue social, mauvais système de prestations).Il faut plus (/mieux) de démocratie : prendre le tournant du numérique, régler la question du climat. Il faut plus de spiritualité, développer une vraie culture religieuse et/ou spirituelle, fournir à chacun les moyens de donner un sens à sa vie en s’appuyant sur la philosophie, la littérature mais aussi la religion. Et il faut nouer une forte relation entre les deux, c’est le but de l’association Démocratie & Spiritualité : les démocraties ont besoin d’une force spirituelle pour prendre sens, les religions doivent être préservées de leurs tendances totalitaires.

Troisième intervention : Abdennour BIDAR,

Le rapport Démocratie/Spiritualité, qui s’est inscrit jusqu’à aujourd’hui dans le champ sociopolitique, lui semble devoir changer de plan par l’octroi d’un véritable droit à la spiritualité.

L’Occident, peut-être pas seulement lui, traverse une véritable crise spirituelle mère de toutes les crises – écologique, géopolitique, des inégalités … – L’Occident a perdu l’art et la manière de se saisir de ce rapport au spirituel. Nous sommes devant « ce gouffre terrible » dénoncé par Jaurès qui sépare les croyants (de toutes obédiences) des non-croyants (de toutes les chapelles profanes et laïques).

Le dénominateur commun de toutes nos crises à ses yeux est qu’elles sont des crises du lien :

  • Dans la crise écologique, ce qui a été dégradé, c’est le lien avec la nature, la capacité à vivre une relation de symbiose avec la nature.
  • Tout aussi grave, nous avons perdu le lien dans le rapport à l’autre ; le lien social est endommagé dans des sociétés où règne l’individualisme, le « moi je ». Nous avons sous-estimé dans l’éducation de nos enfants la tendance à l’empathie, la capacité à partager, à se soucier de l’autre.
  • Et le lien à soi jadis atteint à un niveau de conscience spirituelle cultivé par toutes les sagesses philosophiques et religieuses (les différents ésotérismes), n’est plus cultivé par nos esprits sécularisés.

Nous payons le prix de tous ces liens perdus mais nous pouvons les retrouver en nous reliant à l’autre, à la nature, à la vie, à un monde plus vaste, à l’univers …

Nous pouvons retrouver des raisons d’espérer en écoutant, en-deçà du bruit médiatique, tout ce qui s’engage et se mobilise ensemble dans la société autour de nous, ce qu’AB appelle « la génération des tisserands » où chacun s’attache à réparer avec d’autres le tissu du monde déchiré.

Le lien social est renforcé par le retour à soi, la pratique spirituelle aide/appuie le lien social, l’engagement …

Or, cette structure pyramidale est en train de s’effondrer, nous traversons une période de mutation anthropologique source d’angoisses qui explique le retour du religieux auquel on assiste en ce début de XXIème siècle. Face à cela, un phénomène émerge depuis quelques années dans la société civile : la multiplicité d’initiatives de ceux qu’il appelle « les tisserands » qui élaborent leurs actions de façon collégiale hors de tout lien hiérarchique, dans le dialogue ; ce phénomène donne des raisons d’espérer !

Quatrième intervention : Samuel GRZYBOSWSKI,

  • L’Etat face au terrain, à travers la politique de la Ville, ne peut pas tout.
  • La société civile, face à la menace terroriste, ne peut pas tout, non plus.

Comment répartir les tâches entre eux ? C’est assez clair pour certaines des fonctions régaliennes : à l’Etat, la protection, le renseignement mais dès qu’on touche à d’autres fonctions, pourtant traditionnellement dévolues à l’Etat comme l’éducation, c’est moins clair si on en juge, par exemple, son expérience dans le milieu interreligieux l’incite à chercher des solutions dans la diversité qui peut être un formidable levier si on sait l’instrumentaliser au sens positif du terme.

Quand elle est mise au service d’une cause commune, l’action collégiale s’appuie sur un immense panel d’héritages – coraniques, chrétiens, juifs, athées … – capables de dégager les arguments divers et convergents pour cautionner l’action commune.

La diversité est positive, « on préserve la diversité dans le croire, on est unis dans le faire ».

Il propose, pour sa part, une réponse en mode stéréo autour de quatre tandems :

  • L’identité – l’altérité
  • L’unité – la diversité
  • Le collectif – le singulier
  • La ressemblance – la différence

Être capables, dans les politiques publiques à mettre en œuvre, de trouver le levier qui, pour chacun de ces quatre couples de valeurs, les fasse fonctionner ensemble.

Samuel GRZYBOSWSKI sollicité à son tour sur le mot d’ordre lancé dans Libération à la suite des attentats du 13 novembre « #NousSommesUnis », en indique l’esprit :

  • Ils ont choisi d’utiliser le numérique parce que c’est le moyen le plus efficace, celui qui est entre toutes les mains, y compris des jeunes qui partent en Syrie, des cellules de Daech très présentes sur le web.
  • Ils ont voulu adresser un message de cohésion face à Daech dont l’objectif principal est la division des forces adverses. Parmi les quelques 90 signataires de ce message, certains ne se parlent pas, voire même s’opposent systématiquement, mais tous ont accepté sans hésiter de signer ce message d’union,
  • Ils ont voulu passer par des actions concrètes à mettre en œuvre à travers des fiches pédagogiques courtes qui circulent sur de « bonnes pratiques » :
    • Reprendre les hashtags twitter qui fonctionnent : #PorteOuverte, #VoyageAvecMoi
    • Lancer une opération #VoisinsUnis qui peut prendre un sens particulier en cette période de stigmatisation et d’État d’urgence,
    • Une opération « Kiff ta France »,
    • Prévoir des espaces de confiance où échanger en toute liberté de parole et créer du lien, #ParlerUnis
    • Inviter au don du sang.

Pour conclure, après un débat avec la salle centré surtout sur spiritualité, sagesse, sens, Jean-Baptiste de FOUCAULD veut retenir trois éléments de cet échange :

  • On a besoin d’une révolution conceptuelle, de substituer au schéma classique thèse/antithèse/synthèse, un dialogue en stéréo. Il faut revenir à Héraclite pour qui tout ce qui s’observe du réel s’offre comme incluant des oppositions, car « tout arrive par discorde et nécessité» ; sortir de la pensée borgne pour vivre la diversité.
  • On a besoin d’humilité : l’État et la Société civile doivent comprendre que chacun de leur ordre ne peut pas tout régler ; chacun d’entre nous peut être tisserand dans les interstices des grandes régulations.
  • On doit se poser, enfin, le problème de la radicalité. Peut-il exister une bonne radicalité puisée dans le désir de dépassement de l’être humain mais régulée par d’autres formes pour en faire une culture positive de la résistance ?

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