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3L218: À propos de Magnifica humanitas par Patrick Boulte

À propos de Magnifica humanitas 

Patrick Boulte  1er juin 2026

 

Étonnant ! Comment se fait-il qu’avec Magnifica humanitas, nous soit donné un texte d’une telle ambition ? La tentation est grande, surtout chez ceux qui n’auront pas eu la curiosité d’y aller voir, de le réduire à l’idée qu’ils se font de son origine institutionnelle, culturelle ou géographique, alors que l’intérêt majeur de ce document, à destination universelle, est de poser un diagnostic sur l’état de notre humanité et de s’interroger sur son devenir à ce moment de notre histoire. Rien de moins !

Au-delà de la réflexion, certes très importante, sur les bouleversements anthropologiques induits par l’IA, sur laquelle semble se concentrer l’attention, le texte part d’un ensemble de constats selon lesquels notre situation contemporaine marque un point de rupture dans notre histoire humaine, alors même que les événements en cours semblent se coaliser pour détourner notre attention de cet objet. Tandis qu’elle devrait se concentrer sur les conséquences non maîtrisées de notre développement, sur la surexploitation des ressources de notre planète, sur la poursuite des efforts à déployer pour faire accéder ses habitants à des conditions de vie dignes, sur la construction de partenariats entre pays, nous nous enkystons dans les conflits de puissance qui vont à l’encontre de tout cela, dans l’oubli des échecs, des reculs, des catastrophes auxquels ils nous ont conduit dans le passé. C’est ainsi que l’on s’acharne pour anéantir les effets produits par les énormes efforts des générations qui nous ont précédé, qui, ayant pris lucidement la mesure de nos interdépendances, avaient construit un ensemble d’institutions et de conventions internationales permettant de donner un cadre de résolution des problèmes que nous reconnaissions avoir en commun.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le développement ultra rapide de l’IA qui, ne serait-ce que parce qu’elle induit une consommation phénoménale d’énergie et, pour la réalisation des semi-conducteurs qu’elle utilise, se base – ce qui est rarement remarqué – sur l’exploitation de personnes chargées de l’alimenter en ressources rares, va, sans que cela soit pris en considération, à l’encontre des deux objectifs que nous nous étions assignés, l’un pour l’habitabilité de notre planète, l’autre pour l’accès de tous à une vie digne. Faut-il rappeler, à ce sujet, que l’ONU vise, dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, l’élimination complète de l’extrême pauvreté pour tous dans le monde entier d’ici à 2030. L’a-t-on oublié ?

Non seulement, l’IA met en cause la réalisation des deux objectifs, mais elle est porteuse d’une profonde transformation de notre système culturel à partir duquel l’homme assigne un but à son existence et façonne le substrat commun de l’orientation du fonctionnement social. Une transformation qui risque d’échapper à son contrôle. C’est cela qui fait totalement novation et sur quoi l’encyclique fait plus qu’attirer notre attention. Elle montre que nous sommes tous personnellement concernés et qu’il ne nous est pas possible de rester benoîtement sur le banc de touche. Nous pouvons veiller à ne pas nous laisser prendre la main par un outil intrusif qui interfère avec la conception que l’homme se fait de lui-même, à ne pas subrepticement déléguer notre information et notre capacité de réflexion à l’outil de l’IA, à nous intéresser bien davantage au fonctionnement de notre appareil éducatif pour qu’il donne les moyens aux personnes d’accéder à elles-mêmes, pour qu’il nous apprenne à  toujours distinguer les faits des opinions, pour qu’il nous aide à envisager la vie comme une aventure, comme un chemin que chacun a à parcourir quels que soient les circonstances et les handicaps, que c’est cela qui en fait la valeur, qu’il n’y a pas d’autre but commun que de voir de plus en plus de personnes s’y engager et, enfin, qu’il est illusoire de penser qu’il serait suffisant de s’en remettre, pour cela, à la guidance d’une quelconque IA.

 

A propos Régis Moreira

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