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20L2017: La Journée internationale du vivre ensemble en paix par Marie-Odile Terrenoire

Le 18 mai 2026

Organisée par la CINPA

(Coordination interconvictionnelle du Grand Paris)

La Journée internationale du vivre ensemble en paix

 

A la lisière de la ville, tout près du périph, les organisateurs avaient choisi un « tiers lieu » (1) au 2 rue de la clôture Paris 19ème, tout un programme ! Mais ce lieu dont l’accès faisait à priori penser aux lieux où les exilés trouvent refuge, ce lieu à quelques encablures de la porte de la Chapelle et de Stalingrad où survivent sous des tentes de nombreux exilés en quête du précieux sésame, ce lieu s’appelait OASIS 21, et il méritait bien son nom. L’ambiance y était chaleureuse, une grande table réservée à la présentation des associations jouxtait un magnifique buffet. A côté, la salle de réunion.

Un collectif d’associations s’y est réuni le 18 mai 2026 pour échanger sur la situation actuelle des exilés en France, et notamment à Paris. Une vingtaine d’associations œuvrant pour la paix et la fraternité entre les peuples et pour le dialogue entre les religions, °-°dont certaines sont concrètement engagées dans une démarche d’hospitalité et de suivi d’insertion à l’égard des réfugiés – étaient présentes. Elles constituent la CINPA (Coordination interconvictionnelle du Grand Paris) et se réunissent une fois l’an pour fêter cette journée du « vivre ensemble ». Toutes sont attachées à une laïcité « inclusive ». Démocratie & Spiritualité en fait partie.

Christine Taieb, présidente de l’Amitié Judéo-Musulmane de France (AJMF) et Marc Lebret secrétaire général et cofondateur de la CINPA, ont introduit la soirée par un quiz spécialement éloquent démontrant à quel point sont fausses les idées reçues sur la présence des immigrés en France. Dans tous ces chiffres, le seul qui soit vraiment terrible : 35 000 exilés sont morts noyés en Méditerranée.

Les réfugiés fuient leur pays non pas dans le but de migrer chez nous mais par pur réflexe de survie, nous a expliqué, dans un message vidéo, Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre et actuellement présidente de France Terre d’asile. On laisse croire à une invasion mais non, les exilés ne viennent pas par choix, ils fuient pour la plupart des régimes dictatoriaux où la répression politique passe par des assassinats ciblés. « Le droit d’asile n’est pas une faveur qui nous est imposée de l’extérieur, c’est un droit fondé sur notre histoire », affirme Najat Vallaud-Belkacem dans son livre sur les réfugiés (2). Elle rappelle que « l’hospitalité envers les personnes persécutées est une valeur constitutive de la République, affirmée dès la Révolution française, puis institutionnalisée à travers la Convention de Genève après la Seconde Guerre mondiale ». C’est un droit.

Jacques Augustin, de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA), intervient comme juge dans cette juridiction de recours pour les exilés qui ont été déboutés par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Jacques nous a expliqué que le droit d’asile concernait des persécutions qui allaient au-delà des persécutions pour contestation politique généralement reconnue par l’OFPRA. Le statut de réfugié peut être aussi accordé à des personnes poursuivies du fait de leur orientation sexuelle, leur religion, ou leur appartenance à un groupe ethnique. Quand la personne ne relève pas du statut de réfugié mais qu’elle présente des risques d’être soumise à la peine de mort ou à la torture ou à des peines dégradantes, elle peut quand même bénéficier d’une protection dite « subsidiaire » (carte de séjour d’une durée maximale de 4 ans). Jacques Augustin cite même le cas d’une jeune Afghane qui a bénéficié du statut de réfugiée pour « occidentalisation ». La Cour dispose de très nombreux documents sur la situation géopolitique dans chaque pays. Jacques Augustin explique combien le contact visuel au cours de l’audience avec la personne demandeuse d’asile est important. L’empathie est nécessaire comme pour les enfants qui rejoignent leurs parents.

Paul Alauzy, coordinateur à Médecins du monde et également à InterOrga, ce collectif qui regroupe plusieurs dizaines d’associations qui interviennent auprès des personnes à la rue à Paris, témoigne d’une situation qui s’aggrave d’année en année. Le problème, de ceux qui demandent l’asile en France tient notamment au fait qu’il leur est interdit de travailler avant d’obtenir leurs papiers, contrairement, semble-t-il, à ce qui se passe dans d’autres pays. Paul parle « d’un passage obligatoire par le trottoir ». Les demandeurs d’asile se retrouvent dans le froid ou pendant les périodes de canicule à dormir à même le sol dans des conditions d’insalubrité insupportable. Paul Alauzy pense qu’il faudrait un centre de premier accueil pour éviter que des campements se multiplient dans les rues de la capitale. Il a assisté à Stalingrad à des opérations de nasse consistant pour la police à encercler le campement pour pouvoir mieux expulser les exilés de l’endroit où ils ont mis leur tente. Paul Alauzy défend une politique de désobéissance civile pour résister à ce nettoyage social comme a su le faire le collectif Revers de la Médaille lors des Jeux Olympiques. Il dit son espoir car depuis qu’il a été élu le nouveau maire de Paris a reçu le collectif.

Parmi les intervenants de la table ronde, Vincent Chauvet, maire Modem d’Autun, était, pour moi, le plus étonnant. Loin d’être « un gauchiste inconscient des réalités économiques de ce monde » (pour paraphraser ce qu’on peut entendre), c’est au nom de la rentabilité que Vincent Chauvet prône l’hospitalité des demandeurs d’asile dans sa commune ! Autun est une ville moyenne de 14 000 habitants. Le solde démographique naturel y est négatif, ce qui pose le problème, comme ailleurs en France, du maintien des écoles et de la vie de la communauté. Il constate que la ville peut accueillir 4000 habitants sans problème car il y a beaucoup de logements vacants, comme dans de nombreuses villes de France, et des places dans les écoles. C’est donc cet accueil qu’il a entrepris d’organiser en veillant à l’intégration des nouveaux arrivés au niveau local. Cela commence, dit-il, par une offre de cours de Français de qualité pour tous. Pour l’accueil dans les logements, il travaille avec l’association Habitat et humanisme et également en étroite collaboration avec le préfet. On peut parler à l’échelle nationale d’échec de l’aménagement du territoire : à Autun on détruit des logements alors que 400 personnes survivent à Paris sous le métro.

Face au discours décliniste du RN, il est essentiel de savoir s’engager dans une politique dynamique, dit-il. Il faut revitaliser les campagnes pour combattre le sentiment de déclin, la déprise démographique qui font voter RN dans ces territoires. Il y a une incompréhension du fait migratoire dans la haute administration.

Puis vint, pour clore les échanges orchestrés par Jean-René Brunetière, président de Compostelle-Cordoue, le temps réservé aux témoignages de personnes qui, ayant elles-mêmes vécu l’exil en risquant leur vie, sont aujourd’hui plus ou moins bien installées à Paris. Celui d’une jeune Camerounaise qui a trouvé un travail aux horaires trop flexibles, d’un Guinéen, ingénieur en génie civil, qui a vécu une traversée dramatique de la Méditerranée, un Ivoirien arrivé à 15 ans secouru et accueilli par des bénévoles du Secours catholique.

Une jeune femme kurde enfin, venue de Turquie en 2020, qui a été accueillie par la communauté kurde en France mais a eu bien du mal à trouver des cours de français.

Le bénévolat des membres de différentes associations a été salué : SOS Méditerranée, financé par la société civile, dont le président a mentionné l’engagement et l’activité à la fois de protection à bord des bateaux et de témoignage des équipes, le Comède, comité pour la santé des exilés qui agit aussi pour la défense de leurs droits. « Ne jamais laisser la peur étouffer notre humanité » a conclu le président de la CINPA, Laurent Grzybowski.

 

Marie-Odile Terrenoire

1/ Tiers-lieu : Espaces de coworking, friches culturelles, fablabs, tiers-lieux nourriciers… ils ont en commun de mutualiser des espaces et des compétences, hybrider des activités et réunir un collectif citoyen engagé, favorisant la coopération pour répondre aux enjeux de leur territoire.

2/ Réfugiés : ce qu’on ne nous dit pas, Stock, 2025

A propos Régis Moreira

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