Accueil > Résonances spirituelles > 6L217: Quo vadis, humanitas ? par Patrick Boulte

6L217: Quo vadis, humanitas ? par Patrick Boulte

Patrick Boulte – 4 avril 2026

Quo vadis, humanitas ?

 

La Commission théologique internationale vient de faire paraître sur le site du Vatican un texte intitulé « Quo vadis, humanitas ? » (*). Ce document risque de ne pas être suffisamment remarqué, alors que, semble-t-il, il constitue, dans le prolongement de la constitution « Gaudium et spes » du dernier concile, un événement en ce qu’il traite d’une question très actuelle, rarement abordée dans les sphères ecclésiales, celui de la construction de soi des personnes comme enjeu de l’existence, mais aussi de la cohésion de nos sociétés.

Attaché à l’idée que la personne humaine est le fruit d’un « don gratuit qui nous précède » et réaffirmant avec Benoît XVI que « le développement de la personne se dégrade si elle prétend être l’unique productrice d’elle-même », le texte finit par reconnaître qu’elle est d’abord une tâche à accomplir (et, pas uniquement, un don), renvoyant « à la condition dramatique du processus de réalisation de l’identité humaine. Le parcours de sa découverte, de sa maturation et de son accomplissement est complexe et laborieux : il passe par les circonstances historiques concrètes dans lesquelles chaque personne et chaque peuple doivent s’engager librement et s’exposent aussi à des risques, des chutes et des souffrances. » Ce dernier passage fait penser, sans toutefois qu’il soit cité, au rapport final du synode sur la synodalité où il est fait appel à la lecture théologique des expériences concrètes. Qu’est-ce à dire ? si ce n’est vouloir attirer l’attention sur et donner toute son importance au fait que c’est à travers ses propres expériences que la personne peut apprendre à se connaître, peut construire son humanité et acquérir sa solidité.

« Quo vadis, humanitas ? » ne traite, ni des conditions, ni des étapes de cette construction, mais le fait même qu’il remette la question au centre de notre attention est en soi important. On voit bien combien nos fonctionnements sociaux dépendent de la solidité de ceux qui les assurent, alors que se multiplient les signes de fragilité, les problèmes de santé mentale, mais aussi la montée des comportements violents et des extrémismes qui sont autant de symptômes des failles dans la construction identitaire des personnes et d’une certaine incapacité à intégrer les composantes de plus en plus foisonnantes et complexes de la réalité.

Le parcours de la construction de soi est, bien sûr, sans modèle, mais on peut trouver néanmoins certaines constantes dans les relations qu’en font ceux et celles qui en témoignent, parce qu’elle a fait, pour eux et pour elles, un objet essentiel de leur attention. Leur construction s’est faite dans les événements qui leur sont arrivés, pour autant qu’ils ont été pour eux occasion de se connaître, d’en apprendre sur soi, même rétrospectivement, d’avoir été attentifs à ce qu’ils provoquaient, d’avoir pris conscience de ce qui en soi tenait dans le changement, parfois le bouleversement, qu’il apportait. Attentif, ce qui n’est d’ailleurs pas dans les tendances de l’époque où la propension est surtout d’échapper coûte que coûte à cet effort par la distraction et l’imitation des comportements d’autrui plutôt que l’approfondissement et l’élucidation de sa propre expérience.

Ne fait événement dans sa biographie que ce qui contribue à faire avancer dans la construction de soi. À cet égard, il convient de se méfier des événements qui vous renverraient à une étape dépassée de sa propre biographie, ce qui ne pourrait que provoquer un recul, une rétro-action, ramenant à la mémoire des épisodes passés que l’on croyait avoir dépassé et, en même temps, se tenir toujours prêt à accueillir et à intégrer à son expérience ce qu’apportera de nouveau l’événement à venir.

Quels que soient notre place et les concours extérieurs dont nous pouvons disposer, il nous est toujours possible d’accroître notre capacité de décryptage du monde, de développer notre intérêt pour ce qui nous entoure, de rester curieux de la façon dont d’autres que soi le perçoivent et de croire à notre possibilité d’agir sur lui, nous rappelant que, en dépit de notre apparente et incontournable solitude sur chemin de la construction de nous-mêmes, nous ne sommes pas seuls dans cette aventure qu’est la vie.

 

(*) https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/cti_documents/rc_cti_doc_20260304_quo-vadis-humanits_fr.html

 

A propos Régis Moreira

Sur le même thème...

6L216: Le temps des recompositions? par Valérie Aubourg

Le temps des recompositions?   Cette année, carême et ramadan coïncident au point d’aiguiser les …

 

En continuant votre navigation, vous acceptez que ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Plus d'infos

En poursuivant votre navigation, vous consentez nous autoriser dans le but d'analyser notre audience et d'adapter notre site internet et son contenu pour qu'il réponde à vos attentes, que nous utilisions Google Analytics, service susceptible d'installer un ou plusieurs cookies sur votre ordinateur.

Fermer