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9L217: Le pardon : un chemin vers la liberté intérieure par Monika Wonneberger-Sander

Le pardon : un chemin vers la liberté intérieure

Quand la colère surgit

La haine déboule parfois sans prévenir. Une parole blessante, une humiliation, une trahison, et voilà qu’une vague immense de colère nous submerge. Elle éclate, envahit tout, puis finit par se retirer, laissant derrière elle fatigue, tristesse ou silence.

Alors une question émerge : comment retrouver la paix ?

Nous parlons facilement d’amour et de pardon. Pourtant, lorsque la souffrance est ravivée brutalement, ces mots semblent presque irréels. Pardonner n’a rien d’évident. C’est un chemin long, intérieur, souvent incertain. Mais peut-être est-ce aussi un chemin vers la liberté.

Être libre, ce n’est pas laisser sa vie dériver au gré des blessures et des habitudes. C’est reprendre la barre, choisir une direction malgré la tempête intérieure. C’est tenter de devenir maître de soi-même plutôt que de rester prisonnier de sa douleur.

Se former pour comprendre

Face à la blessure, le premier réflexe est souvent le repli. Pourtant, comprendre aide à avancer. Lire, réfléchir, rencontrer des penseurs ou des témoins permet souvent d’éclairer ce que nous vivons.

Marcel Proust écrivait : « Le bonheur est bon pour le corps, mais c’est le chagrin qui développe les facultés de l’esprit.»

Notre époque traverse de profondes tensions : guerres, violences sociales, fractures politiques, perte de repères. Dans ce contexte, comment apprendre à pardonner ? Comment retrouver sa dignité sans nier sa souffrance ?

Le philosophe Paul Valadier invite à ne pas fuir le réel mais à prendre nos responsabilités dans ce monde en transformation. Il ne s’agit pas d’atteindre une perfection morale, mais de rester vivant intérieurement, capable d’écoute, de créativité et de confiance.

Le pardon ne consiste pas à effacer le mal ou à nier la blessure. Il demande au contraire un immense travail de lucidité. Il oblige à reconnaître notre vulnérabilité commune et l’importance du dialogue pour reconstruire une relation — ou parfois simplement se reconstruire soi-même.

La fraternité comme chemin

Certaines rencontres changent une vie. Celle de Jean-Baptiste de Foucauld, fondateur du Pacte civique et de Démocratie & Spiritualité, a ouvert pour moi une réflexion nouvelle autour de quatre valeurs : fraternité, justice, créativité, sobriété.

Parmi elles, la fraternité tient une place particulière. Elle rappelle que nous ne pouvons pas vivre seuls. Sortir de soi nécessite l’autre, surtout lorsqu’il est différent de nous.

Dans notre monde marqué par l’isolement et l’anxiété, cette idée est essentielle. Le pardon devient alors moins un acte héroïque qu’un mouvement vers une relation plus humaine.

Aujourd’hui, nombreuses sont les personnes qui cherchent une dimension spirituelle à leur existence. Non pas pour fuir la réalité, mais pour y trouver du souffle. La spiritualité peut être cette ouverture à l’autre, cette capacité à accueillir l’événement sans se refermer sur soi-même.

Le silence pour se reconstruire

Le pardon demande du temps. Il demande aussi du silence.

Personnellement, le silence m’est devenu un appui essentiel. Dans ces espaces intérieurs, il devient possible de nommer ses émotions, d’écouter ses intuitions et de regarder ses propres limites avec davantage d’indulgence.

Ce chemin n’a rien de spectaculaire. Il passe souvent par des étapes discrètes : accepter sa fragilité, reconnaître ses contradictions, apprendre à rire de soi.

Peu à peu, les tensions s’apaisent.

Dans de nombreuses traditions spirituelles, le pardon apparaît comme une force de transformation intérieure. Non pas une faiblesse, mais une manière de refuser que la violence continue à vivre en nous.

Retrouver la confiance

Le théologien Paul Tillich écrivait :
« Acceptez d’être accepté. »

Cette phrase simple contient peut-être l’essentiel : croire qu’au-delà de nos erreurs, de nos lenteurs et de nos blessures, la confiance reste possible. Le pardon ne change pas le passé. Mais il peut transformer notre manière d’habiter le présent.

Lentement, presque à notre insu, il nous aide à redevenir nous-mêmes.

Une espérance simple

L’amour n’est pas forcément donné pour accomplir des grandes choses, mais pour avancer humblement, un jour après l’autre.

L’échec, l’erreur, les blessures ne sont pas la fin de l’histoire. Ils peuvent devenir des lieux de transformation et de création.

Pardonner ne signifie pas oublier. Cela signifie peut-être choisir de ne plus laisser la souffrance décider seule de notre vie. Et retrouver, malgré tout, le courage de faire confiance.

Monika Wonneberger-Sander, Mai 2026

A propos Régis Moreira

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